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Alors que le naufrage d’un bateau chargé de migrants pourrait avoir fait 300 à 360 morts, le premier ministre français, rejoignant la demande des autorités italiennes, a souhaité samedi que l’Union européenne se saisisse du problème. « Il est important que les responsables européens en parlent, et vite. C'est à eux de se réunir pour trouver la bonne réponse. C'est un drame terrible, qui ne peut que soulever notre compassion, notre solidarité, mais au-delà des mots, je crois qu'il est important que l'Europe se préoccupe de cette situation particulièrement dramatique», a déclaré Jean-Marc Ayrault. Le sujet devrait notamment être évoqué demain à Luxembourg, à l’occasion d’une réunion des ministres de l’Intérieur de l’Union Européenne.

 

 

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© MARINE NATIONALE

300 personnes entassée sur un bateau de pêche (© : MARINE NATIONALE)

 

 

Une agence déjà en place et des moyens qui se renforcent

 

 

Celle-ci dispose déjà d’une structure dédiée à la lutte contre l’immigration clandestine, y compris en mer. Il s’agit de l’Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières, plus connue sous le nom de FRONTEX. Créée le 26 octobre 2004 en raison du développement de l'immigration clandestine et de l'ouverture des frontières entre Etats membres, cette agence est chargée de la coordination opérationnelle entre pays européens aux frontières de l'UE, dont une grande partie est maritime. Dans ce cadre, la marine française, comme les autres forces maritimes européennes, à l’instar des garde-côtes italiens, déploie régulièrement des moyens navals et aériens au profit de FRONTEX. Compte tenu de l’ampleur croissante du phénomène, l’Italie, aux premières loges du flux migratoire traversant la Méditerranée, a même décidé de construire des bâtiments spécialisés, en l’occurrence deux patrouilleurs hauturiers conçus notamment pour pouvoir recueillir plus de 60 naufragés. Le premier vient d’être livré à la Guardia Costiera, le second devant l’être début 2014.

 

 

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© MARINA MILITARE

Migrants secourus par un patrouilleur italien en juin (© : MARINA MILITARE)

 

 

Ces pays qui laissent partir les migrants, cette misère qui les pousse à l’exil

 

 

Le renforcement des moyens nautiques et aériens, quoiqu’indispensable pour surveiller les vastes espaces maritimes et porter secours aux bateaux en perdition, ne constitue toutefois pas une solution pérenne. Celle-ci se trouve d’abord dans les pays d’où partent ces migrants, à commencer par la Libye et la Tunisie. Il ne faut pas non plus oublier le Maroc et les pays d’Afrique de l’ouest, où les candidats au départ vers l’Europe, via les Canaries par exemple, sont de plus en plus nombreux et ont d’ailleurs imposé un renforcement des moyens aéromaritimes espagnols. L’Europe doit donc œuvrer auprès des Etats concernés pour les inciter à mieux surveiller leur littoral. Dans le même temps, il ne faut pas négliger l’origine du phénomène : des guerres, des troubles intérieurs, des persécutions et des famines  qui poussent hommes, femmes et enfants à risquer leur vie pour atteindre une terre d’espoir, à savoir l’Europe. Tant que la misère et l’instabilité règneront dans les pays du sud, il est illusoire de penser que la pression migratoire diminuera. La tendance est plutôt inverse depuis quelques années.

 

 

Les recherches ont repris hier au large de Lapedusa

 

 

Concernant le drame survenu dans la nuit du 2 au 3 octobre au large de l’île italienne de Lampedusa, les recherches ont repris hier, après avoir été interrompues suite à de mauvaises conditions météorologiques. Les chances de retrouver des survivants sont minimes. En revanche, de nombreux corps ont été extraits par les plongeurs de l’épave du bateau, qui gît par une cinquantaine de mètres de profondeur, à un demi-mille d’un îlot inhabité tout proche de Lampedusa. Entre 480 et 520 personnes, de nationalités érythréenne et somalienne, s’étaient entassées dans l’embarcation, partie selon les témoignages des survivants du port libyen de Mistrata. Hier soir, on comptait 180 victimes, mais le bilan final pourrait, en comptant les disparus, s’élever entre 300 et 360 morts. Seuls 155 naufragés ont pu être secourus, notamment par des pêcheurs italiens. En signe de solidarité, le maire de Rome a décidé de les accueillir. La ministre italienne de l'Intégration a, quant à elle, annoncé le triplement des places d'accueil de réfugiés à Lampedusa, la capacité des centres de rétention devant passer de 8000 à 24.000 places pour faire face à l'afflux incessant de migrants. 

 

 

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© JACQUI BISCHOFF

Sauvetage de 120 syriens le 26 septembre (© : JACQUI BISCHOFF)

 

 

Un phénomène malheureusement courant

 

 

Ce naufrage a eu un retentissement très important en Italie, et au-delà dans toute l’Europe, où l'opinion publique a découvert un phénomène malheureusement courant et dont habituellement peu de monde se soucie. Des milliers de clandestins tentent en effet chaque année de traverser la Méditerranée pour gagner l’Europe, au terme d’un périple extrêmement dangereux. Des familles entières, entassées par des passeurs peu scrupuleux sur des embarcations surchargées menaçant de sombrer dès que la mer devient mauvaise. Les naufrages sont réguliers et, selon les organisations non gouvernementales, au moins 500 personnes périraient en mer chaque année. Le flot de réfugiés s’est accentué cet été suite à la guerre civile en Syrie. Plusieurs milliers de ressortissants de ce pays auraient, ainsi, tenté de gagner l’Europe en franchissant la Méditerranée. L’une de ces embarcations, transportant 120 Syriens,  a été secourue le 26 septembre au large des côtes calabraises par le paquebot Costa Pacifica et les garde-côtes italiens (voir notre article sur le sujet). 

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