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Les frontières terrestres et maritimes entre la Grèce et la Turquie sont sous haute tension depuis qu’Ankara a décidé, en fin de semaine dernière, de laisser passer des milliers de migrants. Une décision qui fait suite à la détérioration de la situation à Idlib, en Syrie, où des combats ont opposé l’armée turque aux forces de Bachar el-Assad, un bombardement attribué par Ankara à Damas ayant notamment tué une trentaine de militaires turcs. Recep Tayyip Erdogan, qui cherche un soutien politique international en Syrie, et réclame des aides supplémentaires pour gérer l'afflux de nouveaux réfugiés, joue de nouveau le jeu du chantage à l’immigration avec l’Europe. Et a donc décidé d’ouvrir les vannes, menaçant au passage de mettre fin au pacte migratoire conclu avec l’UE en 2016 et au travers duquel la Turquie s’est engagée à garder sur son sol les migrants voulant passer en Europe, notamment via la Grèce. Cela, moyennant une aide financière européenne de plusieurs milliards d’euros versés à des ONG travaillant auprès des 3.6 millions de réfugiés présents en Turquie.  

Résultat, depuis le 28 février, les Turcs ont laissé passer vers le poste frontière de Kastanies et le fleuve Evros qui sépare les deux pays des milliers de migrants. Des hommes, femmes et enfants qui se retrouvent bloqués à la frontière, où les forces de l'ordre grecques les repoussent à coup de gaz lacrymogène et de canons à eau, parfois de tirs en l’air. En début de semaine, on estimait qu’environ 15.000 personnes étaient massées dans le secteur. La situation est également très compliquée en mer, à proximité des îles grecques de la mer Egée proches des côtes turques, plus de 40.000 réfugiés étant déjà présents à Lesbos, Chios ou encore Samos. Des îles que des centaines de migrants qui ne sont plus arrêtés par les autorités turques tentent de rejoindre à bord d’embarcations surchargées. A Lesbos, des scènes de tension encore inédites se sont produites, des habitants s’en prenant aux nouveaux arrivants, mais aussi à des responsables du Haut-Commissariat aux Réfugiés et à des journalistes couvrant l’évènement.

Face à cette situation, la Grèce mobilise ses forces (4000 policiers et militaires ont été déployés à la frontière) pour empêcher le passage des migrants, ce qui est particulièrement compliqué en mer, où une cinquantaine de bateaux de la marine et des garde-côtes helléniques sont actuellement mobilisés sur cette mission. Une vidéo, qui pourrait venir des autorités turques mais dont l’origine comme la date restent incertaines, a été largement diffusée sur les réseaux sociaux. Elle montre une vedette de 20 mètres du type Lambro 57 des garde-côtes grecs, la LS 605, qui tente d’empêcher la progression d’un pneumatique chargé de nombreuses personnes. Elle réalise notamment une évolution rapide et dangereuse très près du canot des migrants, chahuté par les vagues générées. Puis on voit des garde-côtes de la LS 605 et d’un semi-rigide d’intervention venu en renfort, essayer de repousser le pneumatique sans ménagement à coups de gaffe. La dernière partie de la vidéo montre un homme de la vedette armé d’un fusil mitrailleur et juste après, sans qu’on le voie directement faire usage de son arme, un autre plan avec deux tirs de semonce soulevant des gerbes d’eau à proximité de l’embarcation. Des actions aussi intimidantes que brutales mais qui ne prouvent en rien une volonté des garde-côtes grecs de couler le bateau des migrants (ce qui aurait du reste imposé un sauvetage, situation dans ce cas contre-productive), comme on a pu le lire ici et là, y compris dans le titre choisi pour la vidéo ci-dessous.  

 

 

L’Union Européenne et plusieurs de ses membres, dont la France et l’Allemagne, ont apporté leur plein soutien à la Grèce et dénoncent la position de la Turquie. Un « chantage absolument inacceptable » a dit le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian. « Il est inacceptable que le président Erdogan et son gouvernement expriment leur mécontentement sur le dos des migrants », avait pour sa part réagi lundi la chancelière allemande Angela Merkel. La présidente de l’UE, Ursula von der Leyen, accompagnée du président du Conseil européen Charles Michel et du président du Parlement européen David Sassoli, s’est rendue hier sur place, notamment à Kastanies, « pour envoyer un message clair de solidarité et de soutien à la Grèce », a-t-elle expliqué. « Ceux qui cherchent à tester l'unité de l'Europe seront déçus. Nous resterons fermes et notre unité l'emportera. Les autorités grecques font face à une tâche très difficile. Notre priorité est de nous assurer que l'ordre est maintenu à la frontière grecque, qui est aussi une frontière européenne », a déclaré Ursula von der Leyen, qui a annoncé une aide de 700 millions d’euros (dont la moitié immédiatement) à la Grèce et le renforcement des moyens de Frontex. L’agence européenne de garde-frontières et garde-côtes, dont le comité directeur s’est réuni en urgence, a confirmé hier le renforcement de ses moyens déjà présents en Grèce pour participer au contrôle des frontières terrestres et maritimes. Plusieurs navires et une centaine de garde-frontières européens vont être dépêchés en Grèce, 530 agents de Frontex étant déjà présents sur place.

Plusieurs réunions, notamment des ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères européens, sont par ailleurs prévues à Bruxelles cette semaine. Tout en restant ferme, l’Europe cherche à trouver une solution avec la Turquie, en particulier la poursuite du pacte migratoire conclu avec Ankara en mars 2016.

 

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