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Au Royaume-Uni, les traversées illégales de la Manche par des migrants à bord de fragiles embarcations est un sujet particulièrement sensible. Alors que le mois de juin a vu un record de traversées (plus de 2.000 personnes, selon la BBC), le ministère de l’Intérieur britannique (Home Office) a publié un projet de loi controversé, mardi 6 juillet.

Parmi un ensemble de mesures qui durcit la législation sur les traversées clandestines par la mer, le Nationality and Borders Bill prévoit, dans la clause 38, de modifier une infraction d’une loi sur l’immigration de 1971 pour toute personne assistant une immigration illégale ou un demandeur d’asile. La clause fait passer la peine de 14 ans de réclusion à la perpétuité. Mais, surtout, elle supprime la mention « pour le gain », qui limitait les poursuites aux seuls passeurs rémunérés.

Cela n’est pas passé inaperçu de défenseurs des droits des migrants. Ils se sont inquiétés que les sauveteurs de la Royal National Lifeboat Institution (RNLI), équivalent britannique de la SNSM, puissent se trouver poursuivis en cas de sauvetage de migrants en Manche s’il était considéré qu’ils avaient facilité une traversée. Ces derniers pourraient être menacés de la perpétuité. Ils ne seraient d’ailleurs pas les seuls concernés. Selon l’ONG Human Rights At Sea, « cela pourrait également s'étendre à la criminalisation potentielle des capitaines de navires commerciaux, des équipages de pêche et des acteurs privés agissant dans les limites d'actes humanitaires en mer en vertu de la convention pour la sauvegarde de la vie humaine en mer (SOLAS) de 1974 et de la convention des Nations unies sur le droit de la mer (UNCLOS) de 1982 ».

Avant même la publication du projet de loi, un article du Daily Mail a accusé la RNLI de se rendre dans les eaux françaises pour « ramener des migrants ». Pour sa part, le Brexiter d’extrême droite Nigel Farage l’a accusée d’être « un service de taxi pour l’immigration illégale ». S’en sont suivis de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux, selon la RNLI.

Cette dernière a répondu, le 5 juillet, être « incroyablement fière du travail humanitaire que nos équipages bénévoles de canots de sauvetage font pour sauver les personnes vulnérables en détresse ». Elle a rappelé : « Notre association existe pour sauver des vies en mer. Notre mission est de sauver tout le monde. Nos sauveteurs sont obligés d'aider ceux qui en ont besoin sans juger de la façon dont ils se sont retrouvés dans l'eau. Ils l'ont fait depuis la fondation du RNLI en 1824 et ce sera toujours notre philosophie ».

Elle souligne également que la HM Coastguard et la Irish Coast Guard peuvent faire appel à n’importe lequel de ses bateaux de sauvetage pour intervenir et que ces derniers opèrent « sous le droit maritime international, qui stipule que nous sommes autorisés et même obligés d'entrer dans les eaux d'autres territoires à des fins de recherche et de sauvetage. Là où nous pensons qu'il existe un risque pour la vie en mer, nous iront toujours. Nous ne contrôlons pas les frontières et, une fois le sauvetage terminé, nous confions la responsabilité des victimes aux services frontaliers britanniques et/ou à la police ».

- Voir notre article sur l'épuisement des sauveteurs français, face au drame des migrants.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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