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Une tragédie s’est déroulée dans le détroit du Pas-de-Calais, mercredi 24 novembre. Une embarcation à bord de laquelle avaient pris place des migrants tentant de gagner l’Angleterre a fait naufrage. Selon le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui s’est rendu à l'hôpital de Calais dans la soirée, « à notre connaissance, 33 personnes ont chaviré au large de Dunkerque et de Calais, il y a aujourd’hui 31 personnes mortes ou inanimées et deux rescapés qui sont actuellement soignés et dont les jours sont malheureusement en danger ». Parmi les personnes ayant perdu la vie se trouvent « cinq femmes et une petite fille ». Le ministre a également rapporté que quatre passeurs présumés avaient été arrêtés et qu'ils pourraient être liés au drame.

D'importants moyens déployés

Un bateau de pêche a donné l’alerte dans l’après-midi au Centre Régional Opérationnel de Surveillance et de Sauvetage (CROSS) de Gris-Nez, signalant plusieurs personnes à la mer, alors que la température de l'eau n'excède pas 13 degrés. Le CROSS a dépêché sur place le patrouilleur de service public (PSP) Flamant de la Marine nationale, la vedette côtière de surveillance maritime (VCSM) Escaut de la Gendarmerie maritime, le canot tous temps Notre Dame Du Risban des sauveteurs en mer de la station SNSM de Calais, l’hélicoptère Dauphin de l'aéronautique navale basé dans la région, ainsi qu'un hélicoptère britannique du MRCC (Maritime Rescue Coordination Centre) de Douvres.

Selon la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord, le Dauphin, arrivé sur zone, a hélitreuillé deux naufragés inanimés qui ont été déposés à l’hôpital de Calais. Le PSP Flamant a, pour sa part, trouvé deux naufragés très affaiblis et 17 naufragés inanimés. Au même moment, la VCSM Escaut a récupéré deux naufragés inanimés qui ont été transférés sur le PSP Flamant. Enfin, le canot Notre Dame Du Risban a récupéré six corps.

Il semble que les migrants avaient pris place dans une embarcation gonflable, sans fond rigide, pouvant facilement chavirer.

Le ministre de l'Intérieur a indiqué que 780 policiers et gendarmes étaient déployés aujourd'hui pour surveiller le littoral. Quelque 255 migrants ont réussi à passer de l'autre côté de la Manche, tandis que 671 autres en ont été empêchés. Ce même jour, 106 personnes ont été récupérées en mer par le Flamant, l'Escaut et le canot de sauvetage Jacques Huret de la station SNSM de Boulogne-sur-Mer. Elles ont été déposées à quai dans les ports de Boulogne, Dunkerque et Calais, où elles ont été prises en charge par la Police aux Frontières et les pompiers. 

Des traversées qui se multiplient

Jamais le naufrage d’une embarcation de migrants ne s’était soldée par un bilan aussi lourd dans cette zone. Cependant, en octobre 2020, sept personnes avaient déjà disparu en mer. Plus récemment, début novembre, une personne avait été retrouvée inconsciente en mer et n’avait pu être réanimée, tandis qu'une autre était portée disparue. Le même jour, un corps avait également été découvert sur la plage de Wissant. Fin octobre, deux navires de commerce, l'Arco Dijk et le Thun Garland avaient appuyé les secours et envoyé leurs embarcations de sauvetage après qu'un bateau dans lequel se trouvaient 39 naufragés ait sombré.

Depuis plusieurs mois, les tentatives de traversée sur de fragiles embarcations se multiplient dans le détroit du Pas-de-Calais. D'après Gérald Darmanin, depuis le début de l'année, 7800 personnes ont été sauvées en mer. Le 23 novembre, le Home Office britannique affirmait que 25.700 migrants étaient parvenus à traverser sur de petites embarcations, soit trois fois plus que pour l’ensemble de l’année précédente.

De leur côté, les sauveteurs français sont sur-sollicités et ont fait part de leur épuisement. Outre-Manche, le Royaume-Uni cherche de son côté à organiser des « pushbacks » pour repousser les embarcations de migrants, même si ces opérations sont dangereuses, illégales et que la Border Force s'y refuse tandis que la RNLI avait dû réaffirmer qu'elle poursuivrait ses sauvetages.

« La France ne laissera pas la Manche devenir un cimetière, les réseaux de passeurs mettre en péril des vies et défier ce que nous sommes. Nous le devons aux victimes, aux orphelins, aux familles. Nous nous le devons », a déclaré le président Emmanuel Macron dans un communiqué dans la soirée du mercredi 24 novembre. Il a appelé à une réunion d’urgence des ministre européens et demandé le renforcement des moyens de l’agence Frontex. Pour sa part, le premier ministre britannique Boris Johnson a convoqué une réunion de crise.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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