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C’est un triste record qu’a annoncé hier le Haut Commissariat aux Réfugiés. Selon cette agence de l’ONU, au moins 3419 migrants ont péri depuis le mois de janvier en tentant de traverser la Méditerranée. Une route migratoire que le HCR qualifie désormais de « plus mortelle du monde », la comparant au golfe du Bengale et à la région de la corne d’Afrique, où 540 et 240 décès ont été recensés en mer cette année.  

 

207.000 personnes ont traversé la mer

 

Liée aux conflits, troubles intérieurs, famines et persécutions qui se sont démultipliés de l’ouest à l'est du continent africain et jusqu'aux rivages de la mer Noire, la pression migratoire sur l’Europe s’est fortement accentuée ces dernières années. Ainsi, le HCR évalue à 207.000 le nombre de migrants ayant traversé en 2014 la Méditerranée pour rejoindre l’Europe, soit trois fois plus qu’en 2011, où l’on avait estimé, suite au printemps arabe, que 70.000 personnes s’étaient embarquées pour tenter de trouver une vie meilleure de l’autre côté de la Grande Bleue. Les conditions de traversées sont épouvantables, hommes, femmes et enfants étant entassés par centaines sur de fragiles embarcations avec très peu d’eau et de vivres. Les pannes sont fréquentes, les naufrages aussi et, sans les importants moyens déployés par l’Italie pendant un an, le nombre de victimes aurait probablement été encore plus important.

 

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© MARINA MILITARE

Migrants recueillis sur un bâtiment italien (© MARINA MILITARE)

 

La Libye, tremplin vers l’Europe

 

La Libye, où la situation sécuritaire s’est considérablement dégradée depuis la chute du colonel Kadhafi en 2011, est aujourd’hui le principal tremplin migratoire du bassin méditerranéen, concentrant 80% des tentatives de passage. Loin devant les autres pays d’Afrique du nord et la Turquie. C’est ce qui explique que Malte et les îles italiennes, comme Lampedusa, proches des côtes libyennes, font office de principaux points de chute.  Selon le HCR, Syriens et Erythréens sont les deux principales nationalités chez les migrants traversant la Méditerranée, soit respectivement 60.000 et 34.500 arrivés cette année en Italie.

Face à cette situation, le HCR, tout comme le haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, ont vivement critiqué les pays européens pour leurs politiques migratoires et le manque d’intérêt pour cette tragédie qui se joue devant les côtes de l’UE.

 

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© MARINA MILITARE

Migrants secourus par la marine italienne (© MARINA MILITARE)

 

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© MARINA MILITARE

Migrants tentant de traverser la Méditerranée (© MARINA MILITARE)

 

Une situation inextricable

 

Au-delà des grands discours survenant après chaque drame majeur, il faut bien reconnaitre que l’Europe semble quelque peu dépassée par la situation. Avec des désaccords entre Etats membres, certaines capitales d’Europe du nord estimant que ce problème est celui des pays du sud. Et nombreux sont ceux qui rechignent à s’engager, non seulement pour des questions de coûts, mais aussi de peur de devoir accueillir sur leur sol une partie des réfugiés sauvés en mer. Alors que les centres d’accueil italiens et maltais arrivent à saturation, l’Europe, qui peine à trouver un consensus politique sur la question, redoute aussi des effets pervers. En clair, démultiplier les moyens de sauvetage devant les côtes entrainerait une sécurisation de la route de passage. Avec pour conséquence de réduire les risques et donc, potentiellement, d'inciter encore plus les candidats à l'exil, trompés et rackettés par des passeurs sans scrupule qui, déjà, n'hésitent sans doute pas à se servir de la présence des moyens de secours européens comme argument pour rassurer les migrants. Dans le même temps, ne pas renforcer la surveillance du littoral revient à s’exposer à de possibles débarquements sur les côtes et une multiplication des drames en mer. De plus, si surveillance il y a, ne pas intervenir en cas de situation d’urgence s’appelle de la non assistance à personne en danger, un acte puni par la loi. Le serpent se mord donc la queue, sachant que la seule vraie solution au problème demeure la stabilisation des pays d’où sont originaires les réfugiés.

 

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© MARINA MILITARE

Migrants recueillis sur un bâtiment italien (© MARINA MILITARE)

 

L’Italie et Malte en première ligne

 

En attendant, l’Italie et Malte, en première ligne face à ce phénomène, ont pu mesurer les dissensions qui règnent entre Européens. Faute de soutien de ses partenaires, l’Italie a suspendu fin octobre Mare Nostrum. Une opération de grande envergure mise en place après la mort de plus de 360 migrants devant Lampedusa en octobre 2013. En un an, les moyens navals et aériens italiens ont permis de secourir quelques 150.000 personnes et d’interpeller plus de 350 passeurs. Mais cette vaste opération, tant de surveillance que de sauvetage, a coûté très cher à l’Italie (une centaine de millions d’euros) qui estime que ce n’est pas à elle seule d’assumer un problème qui concerne toute l’Europe. Rome a donc mis sa menace à exécution en suspendant Mare Nostrum, non sans avoir arraché à Bruxelles le lancement d’une nouvelle opération.

 

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© FRONTEX

Avion de surveillance finlandais engagé dans Triton (© FRONTEX)

 

Triton, pâle successeur de Mare Nostrum

 

Baptisée Triton, elle a été confiée à l’agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières de l’Union (FRONTEX). Officiellement lancée le 1er novembre, au lendemain de la fin de Mare Nostrum, Triton est dotée d’un petit budget de 2.9 millions d’euros par mois, soit trois fois moins que ce que dépensait l'Italie. Ses capacités d’action reposent en fait sur la mise à disposition de moyens par les Etats participant (sur la base du volontariat) à l’opération. L'objectif affiché par l'agence est de pouvoir positionner en Méditerranée centrale deux patrouilleurs hauturiers, quatre bateaux côtiers, deux avions de surveillance et un hélicoptère. Le déploiement des unités est coordonné par FRONTEX mais elles sont placées sous le commandement du ministère italien de l’Intérieur et agissent en coopération avec la Guardia di Finanza et la Guardia Costiere. Triton vient en effet compléter les moyens italiens et maltais dans les eaux territoriales de ces pays ainsi que dans leurs zones de responsabilité en matière de recherche et de sauvetage. Mi-octobre, seuls huit pays avaient annoncé leur intention d’y participer : la France, l’Espagne, le Portugal, les Pays-Bas, la Finlande, l’Islande, Malte et la Lituanie. Avec à l’arrivée des moyens bien faibles par rapport à Mare Nostrum, surtout que tous les volontaires, dont la France, ne sont pas encore à pied d'oeuvre. En fait, loin de se substituer à l’opération italienne, Triton apparait comme un simple renforcement des activités maritimes de FRONTEX, dont la mission est avant tout de surveiller les frontières. Le secours en mer, comme on le souligne volontiers à Bruxelles, demeure une prérogative des Etats. Après, il y a la réalité du terrain et, compte tenu du nombre d'embarcations en difficulté qui arrivent des côtes africaines, les maigres moyens de Triton sont évidemment sollicités. C'est ainsi que, ces dernières semaines, le patrouilleur portugais Viana do Castello et un avion de surveillance finlandais ont contribué au sauvetage de plusieurs centaines de personnes. 

 

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© FRONTEX

Les moyens de l'opération Triton engagés dans un sauvetage de nuit (© FRONTEX)

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