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En mer, le chantier de construction du parc éolien de Saint-Brieuc est comme assoupi. Le 31 octobre, les travaux se sont interrompus le temps que passe l’hiver et ses conditions météorologiques difficiles. Ils devraient reprendre, au plus tard, le 1er mars pour une deuxième saison qui verra notamment l’installation des fondations jackets et de la sous-station électrique.

Une demande importante

Mais à terre, en ce début d’année 2022, on s’affaire déjà à anticiper l’appel d’air pour les futurs techniciens en charge de la maintenance, même si le parc ne sera mis en service qu’en 2023. Pour assurer le bon fonctionnement des 62 éoliennes de 8 MW Siemens Gamesa (SG 8.0-167 DD), « l’activité de maintenance mobilisera environ 80 emplois », selon Ailes Marines, filiale d’Iberdrola en France qui développe le parc, « avec des variations saisonnières », l’activité étant plus importante en été qu’en hiver, « compte tenu des conditions météo-océaniques ». Une mission qui sera principalement remplie par les équipes du fabricant des turbines (Siemens Gamesa) qui a passé avec Iberdrola un contrat pour la maintenance.

Recruter rapidement des dizaines de techniciens n’est pas une mince affaire. Dans l’industrie, les techniciens de maintenance sont déjà une denrée rare. Et l’éolien a ses contraintes spécifiques. Parmi les exigences du métier, il ne faut pas être sujet au vertige ni perturbé par les espaces exigus, être prêt à travailler en binôme, avoir une maîtrise minimum de l’anglais technique, et être en mesure de se déplacer régulièrement (même si la multiplication des parcs entraîne l’ouverture de centres régionaux), voire de passer du temps loin de chez soi. En effet, les futurs techniciens de maintenance, quand ils ne seront pas envoyés à la journée par les navires de transfert rapide de personnel depuis Lézardrieux, pourraient passer 14 jours en mer et 14 jours à terre à bord d’un SOV (navire de soutien à l’éolien offshore) partant de Saint-Malo. Ces navires servant à la fois de base technique avancée et de bateau hôtel.

Une formation à Loudéac

En Bretagne, seul le lycée Fulgence-Bienvenüe de Loudéac, dans les Côtes-d’Armor, propose un BTS maintenance des systèmes éoliens. Lancé en 2014, il a eu pour vocation de répondre à la demande des professionnels de l’éolien terrestre. Auparavant, « les techniciens étaient recrutés par des centres de formation pour adultes, c’était des gens en reconversion professionnelle qui avaient déjà des compétences dans la maintenance ou des BTS électrotechnique ou de maintenance industrielle », explique à Mer et Marine Hubert Bouquet, directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques du lycée. Si 14 places sont ouvertes, ils sont environ une dizaine de diplômés chaque année. Rare, récente et originale, la formation, bien que notée sur Parcoursup, est méconnue et le Covid n’a pas facilité les choses avec l’annulation des portes ouvertes.

En tout, dix lycées proposent ce type de formation en France pour une centaine de nouveaux techniciens formés chaque année, qui trouvent immédiatement un emploi à l’issue de leurs études et sont rémunérés autour de 1600 à 1800 euros net à leurs débuts. Pourtant, le besoin serait de « quasiment 200 chaque année », selon Hubert Bouquet. Aujourd’hui, le diplôme ne différencie pas les techniciens travaillant à terre ou en mer, mais le technicien sur une éolienne offshore devra passer, avec l’aide de l’employeur, des habilitations liées à cet environnement, comme le sauvetage en mer, par exemple.

Des formations mises en places

Alors, pour répondre à la demande et recruter une main d’œuvre locale, des dispositifs ont été imaginés. La Région Bretagne a annoncé qu’elle présentera ce jeudi 20 janvier une formation de trois mois (525 heures) qui sera lancée en mars en vue du recrutement de 12 stagiaires (1). Cette formation dispensée au pôle formation de l’UIMM (Union des indisutries et métiers de la metallurgie) et financée avec l’entreprise Vulcain, sous-traitant d’Ailes Marines implanté à Pleudaniel en charge de la maintenance des jackets, et Pôle Emploi, préparera des techniciens dits de « préservation ». Employés par Vulcain, ils interviendront sur la partie basse des éoliennes. En effet, dès l’installation des jackets, avant même la pose des machines, ils seront en charge de l’entretien, du nettoyage, de la vérification des systèmes électriques pour la navigation, du contrôle des soudures et anodes sacrificielles, etc.

Pour la partie haute (turbine, pales), Siemens Gamesa pourra piocher dans les effectifs formés à Loudéac, ou dans les autres établissements français. Mais ils ne seront certainement pas suffisants, d’autant que plusieurs parcs éoliens en mer vont être mis en service presque simultanément (Saint-Nazaire en 2022, Fécamp comme Saint-Brieuc en 2023, Courseulles-sur-Mer et Dieppe Le Tréport en 2024…). L’UIMM et le lycée Fulgence-Bienvenüe vont donc lancer une formation pour adultes spécifiquement consacrée à l’éolien offshore. « On part sur une formation plus longue, de 850 heures environ, qui se découpera en deux parties », explique Frédéric Guiomar, responsable emploi à l’UIMM des Côtes-d’Armor. Le recrutement d’une quinzaine de personnes doit commencer dès la fin du mois. « En formation, on va leur donner de la compétence en maintenance industrielle au sens large : mécanique, électricité industrielle, un peu d’automatisme… Ensuite, ils seront recrutés en contrat en alternance ». Ils s’exerceront d’abord sur l’éolien terrestre avant de travailler en mer.

Par ailleurs, le lycée Fulgence-Bienvenüe voudrait ouvrir en septembre prochain une section dédiée à l’apprentissage, explique Hubert Bouquet. Pour les turbiniers, dans un contexte de tension sur la main d’œuvre, « l’avantage de l’apprentissage c’est qu’ils sont sûrs de les garder ensuite après les avoir formés sur leurs parcs, leurs machines, pendant deux ans. Nous faisons le complément sur la partie théorique et eux, derrière, ils peuvent définitivement embaucher ».

(1) Quatre réunions d'information seront organisées sur le site de l'UIMM à Plérin le mercredi 26 janvier, les mardi 1er et 8 février et le jeudi 10 février. Les inscriptions peuvent se faire auprès de l'UIMM à recrutement@uimm22.fr ou au 06.79.76.27.25.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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