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120 millions d’euros pour les quatre fermes pilotes de l’hydrolien français. C’est ce qu’a annoncé le président de la République François Hollande, hier matin, à Cherbourg. Le cahier des charges de cet appel à manifestation d’intérêt figure dans le Journal Officiel de ce jour. 

L’annonce était attendue depuis le mois de mai dernier et la remise d’un rapport sur la question à la ministre de l’époque Delphine Batho. De nombreux industriels français et européens ont commencé à poser des jalons dans ce qui s’annonce comme un important marché énergétique : le potentiel d’énergie hydrolienne des eaux françaises est estimé entre 3 et 5 GW.  « Nous pensons que la France peut être leader en matière d’énergies renouvelables et surtout d’énergies renouvelables marines », a souligné François Hollande. Et il ne faudrait pas, comme cela a été le cas dans le secteur de l’éolien offshore, se laisser distancer par d'autres pays européens. 

 

 

Un prix de revente de 173 euros/MW

 

 

Cette première étape va d’abord concerner la mise en place de fermes pilotes de 5 à 10 machines : deux d’entre elles seront situées dans le raz Blanchard, au large du cap de la Hague, dans le Cotentin ; deux autres seront dans le Fromveur, le courant qui circule entre Ouessant et Molène, dans le Finistère. Le raz de Barfleur, à l’Est du Cotentin, a été écarté de ce premier projet. Les futures fermes devront avoir une capacité de 80 MW. Le prix de revente fixé est de 173 euros/MW, soit beaucoup moins que les références qui avaient été indiquées dans le rapport initial et qui situait celui-ci entre 250 et 400 MW. Un tel tarif le situe légèrement en dessous du tarif de l’énergie provenant de l’éolien offshore.

 

 

La nouvelle alliance entre GDF Suez et Alstom

 

 

Malgré ces contraintes, les industriels se bousculent au portillon. De manière très opportune, l’énergéticien GDF Suez a profité de la présence du chef de l’Etat pour annoncer sa nouvelle alliance avec l’industriel Alstom. Le groupe rajoute donc un nouvel acteur dans son projet de ferme-pilote du Raz Blanchard, annoncé en février dernier. GDF Suez avait en effet déjà signé un premier accord de collaboration avec Voith, les chantiers CMN, Cofely-Endel et ACE pour l’assemblage et la maintenance à Cherbourg d’une installation pilote de turbines. La première machine,  baptisée Hytide et d’une capacité d’1 MW, est sortie de CMN en juillet dernier et est actuellement en test au Centre européen d’énergie maritime (EMEC) en Ecosse. Dans le panier de la mariée, Alstom amène sa propre turbine, également d’1 MW, qui est en essai à l’EMEC depuis janvier dernier. GDF Suez est, par ailleurs, également présent en Bretagne, en partenariat avec la société Sabella. Cette dernière finalise la construction de l’hydrolienne D10 qui effectuera des test grandeur nature dans le Fromveur..
 
 
 
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© ALSTOM
La machine d'Alstom (© ALSTOM)
 
 
DCNS – Openhydro et son prototype Arcouest
 
 
De son côté, le groupe DCNS s’est positionné depuis plusieurs années sur ce secteur, en prenant le contrôle en 2012 de la société d’ingénierie irlandaise Openhydro. C'est elle qui a développé l’hydrolienne Arcouest, testée en France. Présentant un diamètre de 16 mètres et un poids de 850 tonnes, Arcouest est le prototype d'une série de machines devant équiper le parc expérimental développé par EDF au large des Côtes d’Armor (Paimpol-Bréhat). Après une première campagne en mer d’octobre 2011 à janvier 2012, qui a permis de tester l'hydrolienne en conditions réelles, la seconde immersion, plusieurs fois retardée par des avaries, doit intervenir dans les prochains mois. Par ailleurs, EDF doit toujours commander à OpenHydro trois autres hydroliennes, qui seront réalisées à partir des développements menés sur Arcouest. Le parc de Paimpol-Bréhat, dont le raccordement au réseau électrique terrestre est prévu en 2014 via un câble sous-marin long de 15 km, pourra, lorsqu’il sera complet, alimenter 2000 à 3000 foyers en électricité. Le groupe DCNS a par ailleurs déjà prospecté sur des marchés étrangers et notamment dans les îles anglo-normandes, où il a signé un accord avec Alderney Renewables Energy.
 
 
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© EDF
L'hydrolienne Arcouest ( © EDF)
 
 
 
Siemens, le nouvel arrivé 

 

 

En parallèle, l’industriel allemand Siemens, décidément très communicant sur ses intentions dans les marchés d’énergies renouvelables en France, a fait part de sa volonté de s’installer dans le secteur. Le groupe a profité de l’occasion pour présenter sa machine « deuxième génération » SeaGen, qu’il présente comme « l’hydrolienne la plus puissante au monde ». « Fruit d’une longue expérience dans les technologies hydroliennes, la première génération SeaGen produit, depuis 2008, de l’électricité éco-compatible au large de Strangford Lough, en Irlande du Nord. Cette hydrolienne a déjà fourni plus de 8 gigawatt-heures d’électricité et a pu démontrer sa capacité à fournir 1 GWh en 68 jours sur le réseau », affirme Siemens.
 
 
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© SIEMENS
La SeaGen de Siemens ( © SIEMENS)
 
 
 
Cherbourg, futur base industrielle
 
 
Pour séduire, les industriels insistent beaucoup sur les répercussions locales de cette future filière. Particulièrement en pointe sur celle-ci, Cherbourg, qui pourrait devenir le lieu d’assemblage des machines. En mars 2012, DCNS et Ports Normands Associés, structure de gestion du port de Cherbourg, ont conclu un accord permettant d'allouer à DCNS des surfaces situées sur le terre-plein du quai des Flamands, ainsi que son extension vers la grande rade. C'est là que le groupe souhaite développer, d’ici 2014, une usine de production, d'assemblage et de maintenance d'hydroliennes. Alstom a également annoncé hier la signature d’un accord avec PNA pour « la création d’une base industrielle ». La création de centaines d’emplois est évoquée d’un côté comme de l’autre.
 
 
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© CMN
L'hydrolienne Voith sort des CMN en juillet dernier ( © CMN)
 
 
Des interrogations sont soulevées
 
 

Quelques opinions dissidentes se sont fait également entendre. Ainsi, le comité régional des Pêches de Normandie, reçu par François Hollande, rappelle que, bien que les pêcheurs soient « conscients des bénéfices en terme d’emplois et de retombées écologiques et économique, il ne faut que cela se fasse au détriment de la filière ». 

L’organisation environnementale Robin des Bois dresse, quant à elle, un portait peu flatteur de ce qu’elle qualifie de «  dernière née des lubies énergétiques issues de l’alliance des multinationales du mégawatt et des écolos brevetés transition écologique » . « Transformer le Raz Blanchard en zone industrielle sous-marine au bout de la presqu’île nucléaire de la Hague expose l’environnement, les poissons, les crustacés, la faune et la flore benthique et les mammifères marins à des pollutions et nuisances supplémentaires : bruit, mutilation, pertes d’huile, câblages électriques, destruction de l’habitat. Le Raz Blanchard est inclus dans une zone Natura 2000. Le rôle de ce torrent marin dans l’écosystème de la Manche est méconnu ». Avant l’installation à titre expérimental de ces machines sous-marines métalliques et composites, Robin des Bois souhaite une enquête publique. «  Elle permettra d’informer les populations et les acteurs économiques des vulnérabilités et des risques de la construction, de l’exploitation, de la maintenance et du démantèlement de cette nouvelle filière miracle ».
 
 
 

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