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Un peu moins de 10 ans après son installation en bord de Loire, sur le site du Carnet, le prototype de l’Haliade-150, première éolienne offshore française, va bientôt disparaitre. Développée initialement par Alstom avant la reprise de la branche énergie du groupe français par l’Américain General Electric en 2015, elle va être démantelée. C’est ce qu’a annoncé hier GE, qui précise que les travaux préparatoires ont débuté mercredi 6 octobre. Avec d’abord des opérations de terrassement et d’aplanissement du terrain en vue d’accueillir la grue qui servira à démonter l’éolienne.

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

L'éolienne du Carnet juste après la fin de son montage en avril 2012 (© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un mastodonte à démonter et recycler

Un chantier d’ampleur et assez complexe puisqu’il s’agit de déconstruire une machine impressionnante, constituée d’une fondation métallique de type jacket fichée dans le sol et supportant un mât où culmine, à une centaine de mètres de haut, une nacelle de 400 tonnes. Celle-ci abrite une turbine de 6 MW qui était entrainée par trois énormes pales en composite longues chacune de 73.5 mètres. L’ensemble atteint jusqu’à 176 mètres de haut quand l’une des pales est en position verticale. « Les opérations prévues de démantèlement, évacuation des déchets et remise en état du site sont conformes aux engagements pris dans le cadre du permis de construire précaire délivré par la Préfecture des Pays de la Loire. Par ailleurs, ces opérations intègrent les nouvelles exigences fixées par la réglementation sur les démantèlements de parcs éoliens terrestres notamment en matière de recyclage », précise GE, qui prévoit de recycler environ 90% des composants, les 10% restants allant être stockés pour être utilisés comme pièces de rechange pour des projets existants. « Pour cela, la découpe des composants métalliques se fera donc sur site avant leur expédition en fonderie. Les pales seront également découpées sur place, dans des camions spécialisés qui permettent une protection de l’environnement. Les composants électriques seront envoyés en recyclage spécialisé, et la nacelle sera stockée dans un premier temps, avant son recyclage prévu au cours de l’année 2022. Ce démantèlement s’inscrit dans la logique de développement de GE Renewable Energy, qui prend en compte tout le cycle de vie de ses produits. L’Haliade 150-6MW du Carnet est la première éolienne à être décommissionnée, ce qui permettra d’améliorer et de finaliser les procédures de démantèlement », détaille GE.

Les opérations de démantèlement vont prendre plusieurs semaines, alors que les travaux de remise en état du site sont prévus de mi-décembre à la fin du premier trimestre 2022.

Installée en 2012 pour qualifier la première éolienne marine française

Cette machine a pour mémoire été produite dans un premier atelier qu’Alstom avait aménagé dans d’anciens locaux des Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, avant de déménager son activité dans la nouvelle usine édifiée à Montoir-de-Bretagne, à quelques kilomètres de là. Avant de tester en mer cette éolienne offshore (qui était alors avec ses 6 MW la plus puissante au monde), il avait été décidé de construire un prototype terrestre supporté par un jacket, dont la réalisation a été confiée aux chantiers nazairiens. L’ensemble fut installé sur le site du Carnet (commune de Frossay) début 2012 (voir notre reportage réalisé à l'époque sur le chantier puis un article sur l'arrivée de la turbine), la machine étant opérationnelle en juillet de la même année. Elle a permis de valider le design, les performances et courbes de puissance de l’Haliade-150, dont un second prototype fut ensuite installé en mer, sur le parc belge Belwind en 2013, pour achever les qualifications.

 

Le jacket a été réalisé aux Chantiers de l'Atlantique (© : BERNARD BIGER)

Installation du mât sur le jacket début 2012 (© : GE)

Mise en place de la nacelle début 2012 (© : GE)

Montage des pales (© : GE)

 

La machine a produit de l’électricité jusqu’à l’arrivée des zadistes

Raccordée au réseau électrique, la machine du Carnet a continué de fournir de l’énergie pendant plusieurs années. Sa production s’est arrêtée suite l’occupation du Carnet par des zadistes à l’été 2020, les manifestant dénonçant un projet du port de Nantes-Nazaire qui voulait transformer la zone en parc industriel. Compte tenu des risques en matière de sécurité, on explique chez GE avoir stoppé la machine qui, de toute façon, avait vocation à être arrêtée et déconstruite à plus ou moins brève échéance. La création d’une ZAD au Carnet, finalement démantelée en mars dernier, n’a fait que retarder légèrement le processus.

L’Haliade-150 remplacée par l’Haliade-X

Après la qualification des prototypes, la production en série des Haliade-150 a débuté, mais ce modèle n’a pas eu le succès escompté. En 2016, cinq machines ont été produites pour le champ américain Block Island, une autre étant livrée à EDF pour le site d'essais en mer d’Østerild, au Danemark. L’usine de Montoir a également sorti en 2017 trois nacelles pour un parc pilote au large de la province chinoise du Fujian (projet Xinghua Gulf). Puis a enchainé sur son premier contrat pour une ferme commerciale, en l’occurrence le parc allemand Merkur, qui comprend 66 Haliade-150. Les machines ont été installées en 2018 en mer du Nord. Il était ensuite prévu d’enchainer avec trois parcs français développés par EDF, en l’occurrence Saint-Nazaire, Courseulles-sur-Mer et Fécamp, pour un total de 238 éoliennes. Finalement, seul le champ de Saint-Nazaire sera équipé d’Haliade-150, avec 80 machines de 6 MW, la production de ce modèle s’arrêtant avec ce projet. Face au développement rapide de la puissance des éoliennes offshore, GE a en effet décidé en 2019 de passer à la génération suivante, avec l’Haliade-X de 12 MW qui a déjà été retenue pour plusieurs parcs internationaux et dont le prototype, installé cette fois aux Pays-Bas, a été poussé à une puissance de 14 MW.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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