Aller au contenu principal

Plusieurs fois repoussé en raison de la pandémie, Seanergy va finalement pouvoir se tenir du 21 au 24 septembre à Nantes et Saint-Nazaire. Le forum international dédié aux énergies marines renouvelables organisé par BlueSign va permettre aux acteurs de la filière de se retrouver à travers une zone exposants et conférences, des ateliers techniques, rendez-vous d’affaires et visites de sites. A quelques semaines de l’ouverture de cet important rendez-vous réunissant habituellement 3500 participants, Marc Lafosse, océanographe, président de BlueSign, revient avec Mer et Marine sur la bonne santé du secteur.

MER ET MARINE : La pandémie vous a contraint à différer plusieurs fois l’organisation de cette édition de Seanergy. Dans quel état d’esprit êtes-vous à quelques semaines du lancement de l’événement ?

MARC LAFOSSE : La Covid nous a obligé à repousser à trois reprises cette édition. La dernière avait eu lieu à Dunkerque en juin 2019. Nous devions organiser Seanergy en juin 2020 à Nantes. Nous avons repoussé dans un premier temps en septembre 2020, après l’été, mais ça n’a pas été possible. Nous avons ensuite gardé juin 2021, mais comme vous pouvez le constater, ça n’a pas été possible non plus. Donc nous nous sommes rabattus en septembre. Nous sommes très heureux que cela puisse maintenant se faire, c’est un très gros soulagement.

On a senti l’ambition et l’enthousiasme de la filière quand on a annoncé septembre. Que ce soit en France ou à l’international, car il y a 45% d’étrangers sur le salon qui, avant l’été, avaient souvent interdiction de prendre l’avion. On sent aussi que cela fait deux ans que les gens ne se sont pas parlés, ne se sont pas vus. Tout le monde va pouvoir se donner rendez-vous sur cette édition qui sera, je pense, très dense avec beaucoup de beau monde.

Comment va se dérouler l’événement ?

On conserve la formule habituelle avec un triptyque : expositions, conférences et BtoB. Sans compter ce qu’on peut greffer de festif et de sympa pour faire du réseau. Dans la partie exposition, on aura une forte représentativité des pavillons régionaux, mais aussi des pavillons internationaux, avec notamment la Norvège en présence de la ministre de l’Energie qui nous a confirmé sa venue. Seanergy se déroule aussi sous le haut patronage du Président de la République et celui du ministère de l’Energie de Barbara Pompili. Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée chargée de l’Industrie, et Arnaud Leroy, président de l’Ademe, ont aussi confirmé leur présence. Du côté des filières, elles seront toutes représentées : l’éolien posé qui est très mature, ainsi que l’éolien flottant, l’hydrolien, le houlomoteur… Il y a même quelques sujets de valorisation qui commencent à apparaître comme le solaire flottant dans des atolls par exemple, avec des Français qui se positionnent aux Maldives. On sent que la filière du photovoltaïque ne veut pas passer à côté de sa maritimisation.

Quant aux conférences, si le programme est quasiment publié dans sa version définitive, il sera très dense, avec beaucoup d’ambitions et de beaux orateurs. Il y aura une vraie dynamique d’information pour savoir ce qui s’est passé en France et à l’étranger depuis la dernière édition. Vu le contexte sanitaire, les conférences seront aussi enregistrées et diffusées en streaming. D’ailleurs, le salon continuera numériquement les deux jours d’après. Les participants pourront continuer de faire du BtoB lundi et mardi la semaine suivante.

Enfin, Seanergy se déroule dans une zone très intéressante, les Pays de la Loire où nous avons tenu à rester, malgré les reports successifs. Cette région a un tissu industriel et académique extraordinaire qui vont nous permettre des visites techniques un peu avant et un peu après le 21 et 24 septembre. On pourra aller visiter le SEM REV, le port de Nantes Saint Nazaire, l'IRT jules Vernes ou encore la base industrielle de construction du parc éolien offshore d’EDF Renouvelable. J’entends souvent que c’est la première fois au monde qu’un salon se tient aussi proche d’un parc offshore. Dans les réservations des visites, on sent que les équipes en rêvent depuis longtemps et vont se faire plaisir pour aller toucher l’industrie au plus proche.

Depuis la dernière édition, la construction des premiers parcs éoliens offshore français a débuté. Comment voyez-vous le marché ?

L’ensemble des énergies marines a énormément progressé. L’éolien posé, bien sûr, avec la construction des premiers parcs. Mais l’éolien flottant a aussi concrétisé ce passage vers la ferme commerciale, avec l’appel d’offres en Bretagne Sud et le débat public en méditerranée on sent une dynamique multifaces maritimes. On espère d’ailleurs qu’à l’occasion de Seanergy la ministre de l’Energie annoncera les lauréats entrant dans le dialogue compétitif.

Sur l’hydrolien, il y a de belles réalisations, notamment avec le projet européen Tiger, un programme Interreg réunissant plusieurs turbiniers français et anglais. En France, le test d’Hydroquest se termine en ce moment sur le site de Paimpol-Bréhat. En parallèle, Hydroquest s’est associé à Qair et a déposé à l’Ademe un projet de ferme pilote pour reprendre la concession d’EDF dans le raz Blanchard. L’alliance avec Qair est une très bonne nouvelle, cela signifie que des énergéticiens s’intéressent à autre chose que l’éolien. Pour sa part, Sabella avance bien dans le golfe du Morbihan avec deux machines qui vont bientôt être lancées en construction pour être déposées au fond de l’eau dans le courant de la Jument. Il y a une dynamique intéressante en France, sans laissés-pour-compte. Les vieux démons, comme l’arrêt de Naval Energies dans l’hydrolien, semblent derrière. Je crois que ça a donné un nouvel élan à la filière en termes de maturité et d’objectifs, afin de montrer patte blanche au gouvernement sur les coûts et les capacités pour développer ces projets.

Côté houlomoteur, ça bouge aussi, notamment chez les Bretons qui ont de nombreuses sollicitations pour des projets houlomoteurs avec des technologies plutôt européennes. Il y a quand même une technologie française qui est lauréate de l’Ademe depuis quelques semaines sur une digue à énergie positive, c’est l’association entre Geps Techno et le génie civiliste breton Legendre pour une digue qui ferait 1 MW de production du côté de la baie d’Audierne.

Les filières connaissent-elles toujours des difficultés structurelles ?

Le point bloquant actuel, c’est l’acceptabilité. A Saint-Brieuc, c’est très compliqué, même si Ailes Marines semble tenir son timing. Mais il est important que la filière française parvienne à mieux communiquer. Ce n’est pas normal qu’on lise encore tant de fausses informations sur les impacts environnementaux de l’éolien offshore.

Mais parmi les critiques des opposants à l’éolien offshore, on a entendu qu’il n’y avait pas assez de sous-traitants français, et c’est vrai. En réaction, les cinq clusters industriels régionaux - Wind’Occ, Bretagne Ocean Power, Normandie Maritime, Neopolia et Aquitaine Blue Energy – ont produit une intéressante charte du « local content » qui peut inciter les futurs parcs à faire au mieux pour que les retombées économiques soient locales au maximum. Que ce soit au niveau des études, dans la logistique portuaire, dans le suivi des réalisations des travaux, dans les travaux...

Si les choses évoluent, la France semble toujours en retard sur ses voisins du nord de l’Europe.

Bien sûr, il y a encore besoin de dorer la vitrine, de la remplir avec les nouveaux parcs qui seront en production dans peu de temps. Mais j’ai le sentiment que ces années de retard dans l’éolien ont aussi permis aux entreprises de se positionner fortement sur l’export. La nature ayant horreur du vide, les industriels ont misé sur l’export, ce qui veut dire que nos prix, nos savoir-faire, nos références trouvent leur place en Europe. En France, les entreprises des énergies marines renouvelables réalisaient 90% de leur chiffre d’affaires à l’export en 2018, selon l’Observatoire des énergies de la mer. Ce chiffre s’est maintenant réduit avec l’arrivée du marché domestique (29%, ndlr), mais les turbiniers continuent de vendre à l’export, les chantiers de l’Atlantique vendent leurs sous-stations à l’export.

Et puis il y a l’éolien flottant. On est le seul pays au monde à avoir quatre fermes pilotes en projet. C’est bien parti avec la ferme d’Engie (Eoliennes flottantes du Golfe du Lion, EFGL) qui sera la première à sortir de l’eau. Si le secteur arrive à faire la démonstration de ces vitrines en France, il sera bon sur l’export. C’est intéressant et c’est maintenant que ça se joue. De plus, quand on peut montrer, l’acceptabilité est meilleure, ce qui nous porte un gros préjudice avec l’éolien posé, car on n’est pas capables de montrer en France ce qu’est une éolienne posée.

Avez-vous vu émerger de nouveaux sujets pendant cette longue interruption ?

Le couplage des énergies marines avec l’hydrogène a pris de l’ampleur. C’était balbutiant lors de l’édition à Dunkerque, en 2019.

Il y a le projet Lhyfe, sur le site du SEM-REV au large du Croisic, où il y aura une plateforme flottante avec un électrolyseur, sur la plateforme houlomotrice Geps techno. Cet électrolyseur fera la démonstration qu’on peut produire de l’hydrogène en mer. Cela arrive très vite.

On voit maintenant des choses très intéressantes, avec des coûts de raccordement pour l’hydrogène moins chers qu’avec du câble électrique, notamment dans des endroits isolés, sur des sites insulaires par exemple, où la bathymétrie complique les raccordements. On peut alors imaginer de produire l’hydrogène en mer et le ramener par bateau. Je pense que dans les futurs modèles économiques réfléchis avec l’arrivée du vecteur hydrogène, ces coûts seront à mettre en concurrence avec le raccordement électrique.

Et il ne faut pas s’imaginer l’hydrogène seulement pour l’éolien. On voit apparaître des solutions d’hydroliennes embarquées, tractées par un bateau lors de ses navigations. C’est un relais de croissance pour l’hydrolien qui pourrait arriver dans cinq ou dix ans.

Propos recueillis par Gaël Cogné © Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

Aller plus loin

Rubriques
Energies marines