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L’Aeolus était immobilisé, mardi, sur le chantier de construction du futur parc éolien de Saint-Brieuc après une fuite d’huile hydraulique survenue lors d’opérations de forage. Le navire jack-up de l’armement néerlandais Van Oord, en charge de l’installation des fondations des 62 éoliennes du projet d’Ailes Marines, a déclaré lundi, à 6h30, au Cross Corsen, une fuite de 100 litres d’huile, selon la préfecture maritime.

Ailes Marines a expliqué mardi que le navire a rencontré « un problème technique à l’occasion de la deuxième série de forages réalisée ». La filiale d’Iberdrola qui conduit le projet éolien a indiqué qu’il avait « entraîné l’écoulement de fluide hydraulique Panolin HLP SYNTH utilisé dans les systèmes de guidage des foreuses ». Elle a voulu temporiser, indiquant que : « Ce fluide, spécialement conçu et développé pour les travaux en mer, est biodégradable selon les critères internationaux de l’OCDE 301B. Il est considéré dans l’industrie comme l'un des plus respectueux de l’environnement. Il est largement utilisé pour des applications sous-marines, pour les travaux en mer, en raison de son faible impact sur le milieu ».

Le satellite Cleanseanet et un avion des douanes ont confirmé lundi la présence d’une nappe de 8.6 milles de long par 1.8 de large. La préfecture maritime de l’Atlantique a transmis les éléments observés au procureur de la République, désormais en charge du dossier. Par ailleurs, elle a engagé le  Sapeur, bâtiment de soutien et d’assistance affrété (BSAA) par la Marine nationale, avec son matériel de lutte antipollution. Il qui a appareillé dans la nuit de lundi à mardi et se trouvait sur zone mardi matin. Le Sapeur est équipé de 300 mètres de barrage flottant, de boudins absorbants et d’un système de récupération qui peut aspirer les polluants. Le bâtiment d’expérimentation de guerre des mines (BEGM) Thétis se trouvait aussi sur place - où il réalise des prélèvements -, ainsi que le bâtiment-école (BE) Panthère. Un second survol, par un Falcon 50 de l'aéronautique navale , mardi, a permis de constater que l'irisation avait disparu, l'huile s'étant rapidement dispersée. Ce qu'ont également constaté les navires sur zone.

 

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© PREFECTURE MARITIME ATLANTIQUE

(© PREFECTURE MARITIME ATLANTIQUE)

 

Après cet incident, l’Aeolus a dû interrompre les travaux dans l’attente d’une inspection technique du gabarit de forage par les autorités. Des officiers de police judiciaire et de la gendarmerie maritime se sont rendus à bord du jack-up, redescendu de ses jambes, afin de procéder à des autions et des prélèvements d'huile. Ils doivent être transmis au Cedre pour analyse. Ces premières constations réalisée, le navire retournera aux Pays-Bas, à Flessingue vraisemblablement, pour une inspection technique complète du jack-up et de ses outillages. Les outils de forage sont soumis à rude épreuve avec des roches très dures sur le fond marin au large de Saint-Brieuc, qui ont nécessité de développer des systèmes spécifiques.

Cet incident perturbe sérieusement le chantier qui ne peut se dérouler qu’à la belle saison, de mai à octobre. L’Aeolus, en charge de forer les trous avant d’installer les pieux pour maintenir les jackets, n’avait achevé le travail, depuis mai, que sur une seule des 62 positions et travaillait sur la deuxième, où s’est produite l’incident. Ailes Marines espérait qu’après le réglage des outils de forage, le rythme pourrait atteindre une semaine par position. D’autres navires participent aux travaux, notamment l’Aethra, affrété par Prysmian pour réaliser le prétranchage en vue de la pose des câbles.

Le chantier d’Ailes Marines est vivement contesté localement, notamment par les pêcheurs. Dans un communiqué, le comité départemental des pêches a annoncé qu’il allait porter plainte contre Ailes Marines et invité « tous les citoyens, usagers de la mer et associations de protection du littoral et de l’environnement marin à faire de même ».

La ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, a annoncé sur Twitter, qu’elle convoquait « immédiatement » les responsables d’Iberdrola pour qu’il s’expliquent, affirmant qu’elle ne tolérerait « aucune négligence dans le déploiement des parcs éoliens ». Pour sa part, la ministre de la Mer, Annick Girardin, a réitéré son soutien au projet expliquant qu'« il est capital pour notre développement énergétique », tout en ajoutant que « les conditions de sa construction doivent toutefois être irréprochables ». Le président de la région Bretagne, Loïg Chesnais-Girard, a déclaré que « l’enquête devra déterminer précisément les causes de cette pollution et mesurer ses impacts ». Il a appelé Ailes Marines à « faire preuve de la plus grande responsabilité et transparence dans ce dossier », exigeant son exemplarité « à toutes les étapes du projet ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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