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Si le photovoltaïque a gagné les plans d’eau intérieurs, l’offshore en est encore à ses balbutiements. Mais SolarinBlue, une petite start-up française, tente de relever le défi, alors que les premiers projets commencent à voir le jour dans le monde.

L’entreprise a été créée par Armand Thiberge, un entrepreneur du monde de la Tech. Il a notamment fondé SendinBlue, une plateforme de marketing digital pour les PME permettant de communiquer avec ses clients par courrier électronique ou SMS. Si SolarinBlue, qui emploie six salariés en France avec des profils d’ingénieurs en recherche et développement et deux autres en Inde, a vu le jour il y a près de deux ans, son existence n’a été révélée au public qu’à l’occasion du salon Seanergy, organisé à Nantes.

Un système qui surplombe l’eau

L’entreprise a annoncé avoir développé un système de flotteur en PEHD (polyéthylène haute densité) avec une structure en acier et aluminium pour soutenir des panneaux solaires. N’excédant pas 10 tonnes, chaque flotteur mesure 12 mètres de long, par 10 de large. Le système est évolutif. Les modules peuvent être « dupliqués à l’infini » et « assemblés comme on veut, à la manière d’un puzzle », explique Antoine Retailleau, directeur général de l’entreprise. Si un module est défaillant, l’unité peut être facilement remplacée. De plus, pour laisser passer la lumière vers le milieu marin, les unités solaires sont espacées de plusieurs mètres.

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© SOLARINBLUE

(© SOLARINBLUE)

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© SOLARINBLUE

(© SOLARINBLUE)

 

Les panneaux photovoltaïques, juchés sur les flotteurs, sont équipés d’un « tracker solaire ». Il oriente le panneau face au soleil (penché vers l’est le matin, à plat quand le soleil est au zénith, et orienté vers l’ouest le soir) et ainsi de gagner « 20% de production par rapport à un système classique ». Les panneaux se trouvent à 3 mètres au-dessus du niveau de la mer pour ne pas être affectés par les vagues. En cas de mauvais temps, le tracker permet aussi de les coucher pour éviter la prise au vent et aux vagues. Quant aux flotteurs, ils ont été pensés pour être « assez flottants, légers, afin d’avoir un "effet tapis" et de suivre le mouvement des vagues ». L’idée est d’éviter que « les paquets de mer viennent toucher les flotteurs et endommager les modules ».

 

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© SOLARINBLUE

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Essais

Par ailleurs, « tout un travail sur le dimensionnement de l’ancrage » a été réalisé. « C’est très spécifique car c’est une technologie qui n’existe pas pour le moment et on ne peut pas appliquer toutes les logiques d’ancrage de l’offshore classique ou de l’éolien offshore. Cela nécessite de développer des ancrages spécifiques à nos fermes », indique le dirigeant. « Nous faisons ce travail en interne et validons certaines solutions par des bureaux d’études spécialisés ».

Après avoir développé le système, SolarinBlue a conçu des maquettes afin d’affiner et valider le travail réalisé en CFD (Computationnal fluid dynamics). « Nous avons pu valider le comportement marin à Cork », où se trouve le bassin d’essais du centre de recherches hydrauliques et maritimes (HMRC) de l’University College Cork, explique Antoine Retailleau. Ce bassin permet notamment de simuler des vagues à l’échelle 1/50e.

Installation en Inde

SolarinBlue doit encore concrétiser son projet en installant, en Inde, plusieurs modules en mer d’Arabie à partir de décembre pour « valider le modèle » et observer son comportement en mer. Cette ferme équivalent à 100 kW, mais qui n’aura pas de câble d’export, comptera 9 unités flottantes, soit un carré d’environ 40 mètres de côté. Si SolarinBlue reste évasif sur la localisation exacte, elle se situera dans les environs de Goa, à 10 km de la côte, par des fonds de 20 mètres.

 

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© SOLARINBLUE

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Les flotteurs sont actuellement en cours de construction dans un chantier naval attenant au site. Un choix qui s’inscrit dans la stratégie de la start-up. Tout d’abord, les flotteurs ont été conçus pour être facile à construire ou assembler, ne nécessitant pas d’équipements lourds et pouvant être montés sans qualifications particulières. SolarinBlue envisage qu’ils soient entièrement fabriqués à proximité des futurs parcs, ou livrés en kits à ses clients par conteneurs pour être assemblés sans compétences spécifiques.  « Le but n’est pas qu’ils soient construits dans de grands chantiers, mais qu’un simple hangar avec une possibilité de mise à l’eau suffise ». Ensuite, l’entreprise avait la « volonté de travailler en local avec des partenaires indiens », explique son directeur général. « On estime qu’il y a un marché très important en Asie où il y a une combinaison entre des territoires à forte densité avec une population vivant au bord de la mer et un besoin énergétique croissant ». En effet, SolarinBlue anticipe le développement du photovoltaïque flottant dans des zones denses où la pression sur le foncier contraint l’installation de nouveaux parcs solaires, alors que la nécessité d’augmenter les puissances va de pair avec l’utilisation de zones étendues.

Bientôt en France

Si la start-up regarde vers les marchés asiatiques, elle ambitionne aussi d’installer son système en France avec « un projet en cours de développement en Méditerranée qui devrait voir le jour en 2022 », sans qu'elle livre davantage de détails pour le moment.

Autre axe de développement, le couplage avec de l’éolien. « Une fois le modèle commercial validé, on aimerait réfléchir à des synergies avec des parcs offshore existants ou en construction. Cela permettrait de bénéficier du câble d’export qui représente un coût très important dans le cadre d’un projet et d’étudier la complémentarité des deux systèmes. On peut penser, notamment, quand il y a beaucoup de vent, il y a moins de soleil et inversement ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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