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Après les parcs du premier appel d’offres français sur l’éolien offshore attribués en 2012 (Saint-Nazaire, Saint-Brieuc, Courseulles-sur-Mer et Fécamp) dont les travaux sont en cours en vue de mises en service à partir de 2022, vont venir ceux du second round, dont les lauréats ont été désignés en 2014. Tous deux sont aujourd’hui portés par des sociétés de projet, EMDT (Eoliennes en Mer Dieppe Le Tréport) et EMYN (Eoliennes en Mer Iles d’Yeu et de Noirmoutier), détenues par un consortium emmené par Ocean Winds (coentreprise d’Engie et de l’espagnol EDPR) pour 60.5%, le groupe japonais Sumitomo (29.5%) et la Caisse des Dépôts (10%).  

Christelle Céleste, nouvelle directrice des relations extérieures d’EMYN et EMDT, fait aujourd’hui le point avec Mer et Marine sur l’avancée de ces deux projets.

MER ET MARINE : Vous avez pris vos fonctions en début d’année et vous connaissez bien le secteur des énergies renouvelables, où vous travaillez depuis une quinzaine d’années, mais aussi les parcs dont vous vous occupez aujourd’hui, en particulier celui de Yeu-Noirmoutier…

CHRISTELLE CELESTE : Oui, j’ai succédé à Lucile Forget en janvier mais je travaille sur le projet de Yeu-Noirmoutier quasiment depuis ses débuts car il a été attribué en juin 2014 et j’ai intégré l’équipe en janvier 2015. Je m’occupais précédemment des aspects socio-industriels du projet avec notamment les organismes chargés du développement économique des territoires et les entreprises régionales. Nous avons réalisé un gros travail pour nous faire connaitre, connaitre les entreprises intéressées et intéressantes, voir les implications d’un tel projet… Tout cela nous a conduit à avoir déjà signé des contrats avec une cinquantaine d’entreprises des Pays de la Loire, essentiellement en Vendée et en Loire Atlantique. Et un travail analogue a été mené pour Dieppe-Le Tréport, avec à ce jour près de 70 entreprises impliquées, principalement dans la Somme et en Seine-Maritime.

Pouvez-vous nous rappeler les caractéristiques de ces deux futurs parcs ?

Chacun sera équipé de 62 éoliennes Siemens-Gamesa de 8 MW, soit une puissance de 496 MW pour Yeu-Noirmoutier et autant pour Dieppe-Le Tréport. Cela représente 30% de la puissance éolienne en cours de développement au large des côtes françaises. Les deux parcs permettront à terme de fournir la consommation en énergie d’1.6 million de personnes, ce qui représente en cumulé les habitants des villes de Toulouse, Marseille et Nantes. Nous allons donc participer activement à la transition énergétique du pays mais ces projets ont aussi de fortes retombées pour l’économie et l’emploi dans les territoires. La construction des deux parcs va générer environ 1500 emplois sur deux ans, auxquels il faut ajouter un nombre équivalent d’emplois pour la fabrication des 124 turbines et des pales de ces éoliennes, qui seront produites par les nouvelles usines de Siemens-Gamesa au Havre. Et puis il y aura après la mise en service tout le volet lié à l’exploitation et la maintenance. Quant à notre équipe, elle doit évidemment monter en puissance. Aujourd’hui, nous sommes 80 pour les deux parcs, soit 70 à Paris La Défense avec les équipes techniques, qualité, HSE, juridique… Il faut y ajouter une dizaine de personnes dans les deux territoires, où notre présence va s’accroître au fil du développement des projets, afin de répondre au besoin de se rapprocher des acteurs locaux.

Et ces projets génèrent aussi des emplois en régions. Vous avez mentionné le fait que des dizaines de contrats avaient déjà été signés avec des entreprises locales. De quoi s’agit-il concrètement ?

Ce sont des contrats divers et variés pour accompagner la phase de développement des projets, par exemple au niveau de la logistique terre-mer, le recours à des bureaux d’études, des campagnes maritimes… Ces parcs éoliens sont des projets de territoires, par conséquent autant que possible nous passons par des entreprises locales et ces retombées ont vocation à fortement augmenter dans les années qui viennent.

Initialement, ces projets devaient voir le jour vers 2022 mais comme ceux du premier appel d’offres, ils subissent un important retard lié aux longues procédures administratives et aux nombreux recours déposés contre l’implantation de ces éoliennes au large des côtes vendéennes et normandes. On rappellera à ce titre que ces projets ont été attribués avant la simplification des procédures intervenue avec le permis enveloppe mis en place fin 2018. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

L’attribution des zones est donc intervenue en juin 2014. Fin 2018 pour Yeu-Noirmoutier et début 2019 pour Dieppe-Le Tréport, nous avons obtenu les autorisations administratives. A partir de là, nous sommes entrés dans une phase de préparation pour la construction et l’installation des deux projets.

A ce stade, nous avons encore des contentieux qui sont remontés au Conseil d’Etat, dont nous espérons que les décisions iront dans le même sens que celles de la Cour de Nantes (spécialisée dans les litiges sur les énergies marines, ndlr) qui nous sont favorables. Nous ne sommes pas maîtres du temps mais nous espérons que le Conseil d’Etat prendra ses décisions entre la fin de cette année et le début de l’année prochaine.

Dès lors, et si tous les recours sont purgés, les décisions finales d’investissement seront prises dans la foulée ?

Ces décisions finales d’investissement sont aussi liées aux appels d’offres que nous avons lancés entre décembre 2020 et au premier trimestre 2021 sur les lots majeurs des parcs, par exemple les sous-stations électriques. Nous allons travailler de manière rapprochée avec les entreprises candidates de manière à établir une short-list et travailler ensuite sur le closing, ce qui va donc prendre du temps car il nous faut aussi le retour du Conseil d’Etat pour consolider les projets.

Il sera donc très difficile de tenir le dernier objectif qui visait une mise en service des parcs en 2024…

En 2024 nous en serons normalement à la pose des câbles, des fondations et de la sous-station. Aujourd’hui nous estimons plutôt une mise en service des parcs à l’horizon 2025.

Quand les projets ont été attribués en 2014, les machines de 8 MW faisaient partie des plus puissantes au monde. Mais la technologie a beaucoup évolué et désormais les nouvelles éoliennes marines dépassent sensiblement les 10 MW. Avez-vous songé à modifier la configuration des parcs avec des turbines moins nombreuses mais plus puissantes ?

Non, il n’est pas question de changer les éoliennes car cela reviendrait grosso-modo à recommencer le travail. Là, l’idée est de s’appuyer sur les machines de 8 MW produites par Siemens-Gamesa et qui permettront de lancer la filière au Havre.

Dans le cadre de l’accélération de la transition énergétique, l’un des grands enjeux du moment est le développement de l’hydrogène comme carburant mais, pour que le modèle soit vertueux, il faut pouvoir le produire à partir d’une électricité d’origine renouvelable. Dans cette perspective, des projets sont lancés notamment en Europe du nord pour pouvoir s’appuyer sur la production de champs éoliens offshore afin de produire de l’hydrogène. Est-ce une piste envisageable pour vos projets de parcs en Vendée et en Normandie ?

Ocean Winds, qui détient les deux parcs, regarde avec attention ces sujets mais pour les projets de Yeu-Noirmoutier et Dieppe-Le Tréport, la question n’est pas ouverte.

Qu’est-ce qui vous en empêche ?

Ces projets n’ont pas vocation à faire cela, notamment pour des raisons techniques et commerciales car au moment où ils ont été développés ils n’ont pas du tout été pensés pour un tel usage.

Avez-vous choisi les ports qui assureront la logistique de ces projets, pour le pré-assemblage des machines notamment ?

Pour les turbines, elles partiront du Havre pour être directement installées sur les zones. Il se pourrait cependant que nous ayons besoin de ports secondaires pour servir de zones tampons durant la phase de construction, un en Manche et un en Atlantique. En ce qui concerne les autres lots, nous sommes en discussions avec les ports de la façade atlantique et de la Manche pour ce qui concerne par exemple les fondations, qui seront de type jacket, les mâts et les câbles.

Comme pour les parcs éoliens du premier appel d’offres, vos projets rencontrent des oppositions plus ou moins fortes selon les zones, par exemple des pêcheurs. Quelle est la situation aujourd’hui ?

L’accueil des pêcheurs est différent selon les parcs. Pour Yeu-Noirmoutier nous travaillons en bonne intelligence avec le Corepem (Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins), nous savons notamment les craintes sur la phase d’installation et nous travaillons avec eux pour montrer ce que nous avons l’intention de faire, limiter les impacts et quand il y a un impact avéré qu’il ne peut être réduit, le compenser. Pour Dieppe-Le Tréport, il y a une opposition historique sur la zone d’implantation. Un groupe de médiation a été mis en place depuis un an et nous espérons y arriver. Nous avons en tous cas l’intention de faire ce qu’il faut pour que les impacts avérés soient évités ou compensés.

Et concernant les associations environnementales et celles de riverains ?

Avec les associations environnementales nous travaillons plutôt bien, elles ont le souci de la défense de l’environnement et nous essayons d’être le plus clair possible pour trouver des solutions sur les sujets à prendre en considération, pour faire autrement ou si on ne peut pas éviter certaines choses parvenir à une réduction de l’impact. Quant aux oppositions venant de riverains, c’est quelque chose de traditionnel que l’on trouve pour la plupart des grands projets, pas seulement dans l’éolien.

Mais s’il y a des oppositions, il faut souligner que nous avons aussi de nombreux soutiens dans les deux zones. Les deux campagnes de financement participatif lancées en 2019 ont été de ce point de vue assez révélatrices, puisque nous avons collecté 1 million d’euros en cinquante jours, avec entre 900 et 1000 participants par projet qui vont bénéficier d’un taux de rentabilité sur leur investissement allant jusqu’à 6%. Ce niveau de participation pour une démarche novatrice comme celle-ci est assez remarquable et cela trace l’acceptabilité et le soutien aux deux projets.

Propos recueillis par Vincent Groizeleau © Mer et Marine, avril 2021

 

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