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Le Centre européen de formation continue maritime fête ses 20 ans. L’occasion de revenir avec Alain Pomès, son directeur, sur le parcours  et les projets de l’établissement qui forme près de 4000 marins par an en formation continue.

MER ET MARINE : Le siège du CEFCM est situé à Concarneau. Comment y est-il né ?

ALAIN POMES : Il y a 20 ans, il y a eu une grande restructuration de l’enseignement maritime, notamment des anciennes écoles d’applications maritimes. En Bretagne, il a été décidé de séparer la formation initiale, assurée par les lycées maritimes, de la formation continue, qu’on a voulu professionnaliser.  Et pour cela on a choisi le site de Concarneau. C’est ce qui a amené la création du CECFM, qui est un organisme public, né de la volonté de l’Etat, la région Bretagne, les départements ainsi que tous les secteurs professionnels maritimes : pêche, marine marchande, conchyliculture, nautisme.  A ce moment-là, trois missions ont été dévolues au CEFCM : pérenniser l’accès au métier de marin par la formation continue, assurer le perfectionnement des marins au cours de leurs carrières, notamment au regard de toutes les obligations de certificats et brevets liés à la convention STCW et enfin de répondre aux besoins de formation des entreprises maritimes de l’Union européenne.

Vous évoquez l’accès au métier par la formation continue. Est ce encore une voie professionnelle habituelle dans les métiers de la mer ?

Absolument ! Aujourd’hui deux marins sur trois entrent dans la profession par la formation continue.  Pour nous cela représente 500 marins par an. Nous avons notamment un public de personnes entre 25 et 35 ans qui, après une première expérience professionnelle ailleurs, se rapprochent des métiers de la mer, soit pour y trouver un emploi, soit pour un projet individuel d’ouverture d’une petite entreprise.

Nous nous apercevons néanmoins que le recrutement se tarit un peu, la reprise économique met les métiers de la mer en concurrence avec les autres secteurs. Et puis il faut également souligner que les exigences règlementaires ne facilitent pas. Un exemple concret est l’obligation récente d’avoir un certificat de matelot obligatoire, qu’il faut ensuite breveter après des temps de navigation pour pouvoir accéder au capitaine 200. C’est une vraie fausse bonne idée, cela dissuade par exemple les anciens cadres, venus à la mer par passion et qui veulent acheter un bateau  et y créer une activité, qui ne peuvent pas se permettre de multiplier les périodes de navigation. Idem pour les jeunes, le certificat de matelot n’est de loin pas aussi attractif que celui de capitaine 200. Pourquoi ne pas avoir garder le principe d’un capitaine 200, avec, pourquoi pas, une validation avec un temps de matelot obligatoire ? C’est une question d’attractivité. Aujourd’hui, communiquer uniquement sur les salaires, ça ne fonctionne pas. IL faut parler de compétence, d’évolution de carrière. Et cela passe aussi par un accès direct au commandement.

Votre mission de perfectionnement couvre-t-elle l’ensemble des certificats et compétences requises par la convention STCW ?

Nous avons des formations pour tout ce qui est existe et est nécessaire à l’exercice des métiers maritimes, du médical, à la sécurité, l’incendie, la sûreté, la survie, l’offshore, le CAEERS... Nous formons chaque année près de 4000 marins dans nos centres de Concarneau et de Lorient, ainsi que dans les quatre lycées professionnels maritimes bretons. Nous intervenons également directement chez nos clients nationaux et internationaux. Cela représente près de 60% de notre activité.

Et quid des besoins spécifiques des entreprises ?

C’est notre troisième mission et c’est celle que nous allons désormais développer. Et pour cela nous travaillons sur l’ensemble du secteur maritime : la construction et la réparation navale, la transformation de poisson et de produits de la mer, les biotechnologies, le portuaire et même le fluvial. Nous identifions les besoins et sommes en mesure de faire de l’ingénierie de formation. Ce qui signifie que nous pouvons créer l’offre pédagogique, mais également accompagner notre client dans la recherche de financement. Il y a une demande, notamment en Afrique où nous travaillons déjà beaucoup pour accompagner la montée en puissance des centres de formation ou la structuration de la pêche industrielle. L'international est une de nos très grandes priorités, même si nous avons, là aussi, des difficultés règlementaires : nous sommes obligés de faire passer tous nos diplômes en français, donc nous ne sommes pas compétitifs pour de nombreux secteurs. Nous avons toutes les ressources pour dispenser les formations en anglais, mais nous n'en avons pas le droit.

Enfin, concernant notre développement,  nous voulons aller encore plus loin que la formation . Nous voulons améliorer l’accompagnement de nos clients vers l’emploi et créer des outils d’informations, de diffusion de CV, des rencontres autour de la découverte des métiers, de la gestion des ressources humaines. Nous avons une base de données de 6000 personnes, il faut que ces gens se parlent !

Propos recueillis par Caroline Britz

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