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Les Journées du Patrimoine se déroulent ce week-end. L’occasion, par exemple, de visiter ou redécouvrir le sous-marin Espadon, à Saint-Nazaire, où il a été transformé en musée en 1987 après avoir servi 25 ans dans la Marine nationale. Un bâtiment qui vient de bénéficier d’une véritable cure de jouvence. Mer et Marine vous emmène à la découverte de ce témoin de la guerre froide, fraîchement restauré et qui a été rouvert au public en juillet après plusieurs mois de travaux intenses.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

L'Espadon après restauration (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un chantier remarquable, piloté par Saint-Nazaire Agglomération Tourisme, qui a non seulement permis de soigner les dommages du temps, plus de 30 ans après l’installation de l’Espadon dans l’ancienne écluse des bassins fortifiée par les Allemands pendant la guerre, mais aussi son environnement pour mieux le mettre en valeur. Avec une nouvelle scénographie et un nouveau parcours de visite très réussis. « Aujourd’hui, sa vie en tant que musée est plus longue que sa vie militaire. C’est un objet patrimonial qui nécessite un entretien constant mais jamais nous n’étions allés aussi loin dans sa restauration », confient Tiphaine Yvon, responsable du pôle Patrimoine de Saint-Nazaire Agglomération Tourisme et Agathe Doufils, en charge des collections et de la conservation. « Nous avons réalisé un carénage partiel en faisant descendre d’1 mètre le niveau de l’eau dans l’écluse. La partie sous l’eau était en bon état mais au niveau de la ligne de flottaison et au-dessus, le sous-marin était très endommagé. Il a fallu nettoyer la coque puis traiter les points de corrosion, en meulant ou en remplaçant certaines parties, puis appliquer un revêtement anticorrosion et enfin remettre le bateau en peinture. La base du massif a par exemple été complètement refaite ». Un travail assuré par des équipe du chantier nantais de L’Esclain.

 

 

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© SAINT-NAZAIRE TOURISME - J. BOSGER

Travaux sur la coque pendant le chantier de restauration (© SNAT - JEROME BOSGER)

 

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© SNAT - JEROME BOSGER

Travaux sur la coque (© SNAT - JEROME BOSGER)

 

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© SNAT - MAELWENN LEDUC

Travaux sur la coque (© SNAT - MAELWENN LEDUC)

 

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© SAINT-NAZAIRE TOURISME

Travaux sur la coque (© SNAT - JEROME BOSGER)

 

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© SAINT-NAZAIRE TOURISME - J. BOSGER

Remise en peinture de la coque (© SNAT - JEROME BOSGER)

 

L’attention s’est également portée sur l’intérieur du vieux sous-marin, qu’il fallait « assainir ». Car, après bientôt trois décennies d’inactivité, cet environnement fermé et extrêmement dense en équipements et autres tuyaux, les locaux, en particulier ceux moins accessibles, s’étaient encrassés et corrodés, avec aussi l’apparition de moisissures qu’il fallait traiter pour éviter la dégradation du bateau. « Du sol au plafond, il a fallu tout nettoyer en profondeur, chaque tuyau, chaque vanne ou manette, dans les moindres recoins, à l’aspirateur, au chiffon sec, à la brosse à dent et au savon noir. Quatre personnes s’en sont occupées non-stop pendant quatre mois », souligne Agathe Doufils. Le chantier intérieur a donc commencé par d’importantes opérations de nettoyage avant l’arrivée des restaurateurs, qui poursuivent encore les interventions quand le musée est fermé. « C’est un travail très méticuleux qui prend beaucoup de temps et va se poursuivre jusqu’à l’automne », précise Tiphaine Yvon. « Il y a de nombreux points d’intervention, sachant que l’on trouve à bord des matériaux très différents que l’on ne traite pas de la même manière, plusieurs types de métaux, du plastique, du composite ou encore du cuir, du bois. Et les restaurateurs doivent travailler ensemble car les matières sont souvent imbriquées, sachant qu’il ne s’agit pas de remettre à neuf mais d’essayer de garder au maximum les éléments d’origine ». Avec aussi, parfois, quelques casse-têtes, par exemple quand les équipes découvrent une pièce qui, avec le temps, a fini par se décrocher et tomber. « Quand on n’arrive pas à trouver d’où elle vient, on travaille alors avec d’anciens sous-mariniers pour identifier cette pièce, pouvoir la replacer et, au passage, apprendre à quoi elle servait ».

 

 

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© SAINT-NAZAIRE TOURISME

Travaux de restauration à l'intérieur du sous-marin (© SNAT - JEROME BOSGER)

 

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© SAINT-NAZAIRE TOURISME - J. BOSGER

Travaux de restauration à l'intérieur du sous-marin (© SNAT - JEROME BOSGER)

 

Suite à ce grand chantier, conduit après plusieurs années de diagnostiques et d’études pour assurer la préservation à long terme de l’Espadon, un plan de conservation préventif sera mis en place tous les ans.

Au-delà du sous-marin, le chantier a également porté sur la rénovation de son environnement et la mise en place d’un nouveau parcours, qui permet de faire tout le tour de l’Espadon, et d’une scénographie moderne. L’éclairage a été complètement revu, ce qui permet de bien mettre en valeur le bateau, alors que des films sont projetés sur les murs en béton de l’écluse-fortifiée, qui servait pendant la guerre à garantir l’accès à la mer des U-boot allemands stationnés dans la grande base sous-marine de Saint-Nazaire. Des explications sont également judicieusement projetées sur la coque de l’Espadon pour expliquer aux visiteurs la nature de tel ou tel équipement, ou encore, sur le kiosque, montrer en surimpression les mâts qu’il abritait et qui ne sont pas visibles.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Un film diffusé sur le mur du bunker contextualise la mission polaire de 1964 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Des explications sont projetées sur certains endroits de la coque (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© SNAT

(© SNAT)

 

Et puis la visite, qui se déroule de la poupe à la proue à travers les différents compartiments, des moteurs à la salle des torpilles en passant par le central opération et les logements de l'équipage. Elle se déroule en audioguide, est basée sur un nouveau récit, l’histoire vraie d’une mission exceptionnelle, et secrète à l’époque, que l’Espadon a accomplie au printemps 1964 avec l’un de ses frères, le Narval. Partis de leur base de Lorient, les deux bâtiments sont envoyés vers le Grand Nord et deviennent les premiers sous-marins français à franchir le cercle polaire arctique et plonger sous la banquise. Alors qu’un film avec des images historiques, des explications et cartes, sont projetés sur les murs pour contextualiser ce déploiement encore inédit en pleine guerre froide, l’histoire de cette mission polaire est racontée aux visiteurs par « Marc », un reporter qui raconte la progression de l’Espadon vers les glaces, son récit étant agrémenté au fil de la visite d’une mise en scène dans les différents locaux du sous-marin, par exemple au « central opérations » dont la table à cartes retrace le périple. Une histoire adaptée est également disponible pour les enfants, racontée par un autre personnage, « Jean » le bidou. « Nous nous sommes appuyés sur l’histoire d’un reporter qui a réellement existé, des archives et témoignages d’anciens sous-mariniers pour permettre aux visiteurs de s’immerger dans la vie de l’Espadon à travers une histoire vraie, qui plus est une mission exceptionnelle ». Avec au final un visite très intéressante et le plaisir de découvrir, ou redécouvrir, ce vieux sous-marin redevenu rutilant, son fonctionnement et les conditions de vie pour le moins spartiates de son équipage. Et pour ceux qui le souhaitent l'aventure se poursuit après la visite grâce à un QR Code, qui permet l’accès à quelques newsletters post-visite donnant des nouvelles de Marc. Après cette mission vers la banquise, le reporter raconte les différentes escales de l’Espadon et les expériences de son équipage, jusqu’à leur retour à Lorient.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le poste arrière abritent les machines (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Porte étanche entre les moteurs électrique et leur poste de commande (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Poste de commande des moteurs électriques (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Compartiment des moteurs diesels (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le Central opération (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Carré des officiers (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Coursive (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le poste d'équipage (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Missing Paragraphe.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

La salle des torpilles (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Les six Narval de la Marine nationale

L’Espadon fait partie de la série des six unités du type Narval, premiers sous-marins mis en chantier par la France après-guerre. Ils sont inspirés des bâtiments allemands du type XXI, dont un exemplaire avait été cédé à la marine française (l’U 2518, rebaptisé Rolland Morillot). Long de 77.8 mètres pour une largeur de 7.2 mètres, les Narval affichaient un déplacement de 1200 tonnes en surface. Armés par une soixantaine de marins, ils peuvent atteindre la vitesse de 18 nœuds en plongée et 16 en surface, avec une propulsion diesel-électrique alimentant deux hélices. Elle comprend trois générateurs diesels SEMT-Pielstick de 3000 cv chacun et quatre moteurs électriques, dont deux deux principaux d'une puissance unitaire de 1500 cv. L'autonomie peut atteindre 90 jours, les sous-marins étant capables de rester jusqu'à 5 jours en plongée à très petite vitesse. 

 

 

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© BERNARD PREZELIN

L'Espadon en 1982 (© BERNARD PREZELIN)

 

Pouvant plonger à 200 mètres mais n'étant pas capables selon un ancien marin de tirer leurs torpilles au-delà de 100 mètres, ils sont équipés à l'origine de huit tubes lance-torpilles, six à l’avant et deux à l’arrière, ces derniers étant débarqués lorsqu'ils sont refondus entre 1966 et 1970. En plus des tubes, 14 torpilles peuvent être stockées en réserve, les bâtiments pouvant aussi embarquer une vingtaine de mines. Après le Narval, le Marsouin, le Dauphin et le Requin, construits à Cherbourg où ils sont mis sur cale en 1951 et 1952 pour une mise à l’eau en 1954-55 et une entrée en service en 1958, les deux derniers sous-marins de cette classe voient le jour en Normandie. L’Espadon est réalisé par les chantiers Augustin Normand au Havre et le Morse par les Ateliers et Chantiers de la Seine-Maritime, au Trait. Mis sur cale en 1956-57 et lancés en 1958, ils sont opérationnels en 1960 et sont basés à Lorient l’année suivante. L’Espadon et le Marsouin se distingueront en étant les premiers sous-marins français à plonger sous la banquise, en mai 1964.

 

 

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© Photographe : Gilles Luneau. Collection Saint-Nazaire Agglomération Tourisme-Écomusée.

Arrivée de l'Espadon le 22 août 1986 dans le bassin de Saint-Nazaire. La base sous-marine est à gauche et l'écluse fortifiée à droite (Photographe : Gilles Luneau. Collection Saint-Nazaire Agglomération Tourisme-Écomusée)

 

L’Espadon est retiré du service en 1985 après 25 ans de carrière et rejoint Saint-Nazaire l’année suivante en remorque depuis sa base de Lorient. Il n’est en effet plus en état de naviguer à cette période suite à des travaux préparatoires à sa nouvelle vie de musée. Les batteries en plomb ont par exemple été débarquées, ce qui était impératif pour des questions de sécurité. Mais ces équipements pesaient extrêmement lourd et, pour compenser leur poids et maintenir l’assiette du bateau, il a fallu couler du béton. Une batterie inerte a néanmoins été laissée en place pour être montrée au public.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Concernant les autres sous-marins de ce type, le Marsouin est le premier à être désarmé, en 1982, suivi par le Narval en 1983 puis le Requin (modifié en 1980 pour rester le missile antinavire SM39) en 1985, peu après l’Espadon. Alors que le Morse tire sa révérence en 1986, le Dauphin aura une vie un peu plus longue puisqu’il est converti en bâtiment d’expérimentation et d’essais pour le développement d’équipements destinés aux nouveaux sous-marins nucléaires. Allongé de près de 3 mètres pour les besoins de sa nouvelle mission, il reprend la mer après transformation en 1986 et sert jusqu’en 1992.

Pour mémoire, l’Espadon est l’un des quatre anciens sous-marins français transformés en musée et le seul encore à flot. Les trois autres sont l’Argonaute, qui a servi dans la Marine nationale de 1958 à 1982 avant d’être installé à la Cité des Sciences de La Villette, où il est ouvert au public en 1991 ; il y a ensuite eu Le Redoutable (1971-1991), transformé en musée à la Cité de la Mer de Cherbourg en 2002, puis la Flore (1964-1989) ouverte au public depuis 2010 dans l’ancienne base sous-marine de Keroman, à Lorient.

- Pour vous informer sur les visites de l'Espadon, consultez le site de Saint-Nazaire Tourisme

- Pour plus d'informations sur l'Espadon et son histoire, voire cette page dédiée au sous-marin

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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