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Il y a bientôt 39 ans, en juillet 1982, l’Argonaute, dernier des quatre sous-marins de la classe Aréthuse, effectuait sa dernière sortie en mer avant de rentrer à la base de Toulon, où il est retiré du service après plus de 23 ans de carrière. Il sera plus chanceux que ses trois jumeaux, les Aréthuse (1959-1979), Amazone (1959-1980) et Ariane (1960-1981), qui furent tous coulés en servant de cibles à d’autres unités de la Marine nationale. 

 

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© GIORGIO ARRA

L'Argonaute en juillet 1982 (© : GIORGIO ARRA)

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© GIORGIO ARRA

L'Argonaute en juillet 1982 (© : GIORGIO ARRA)

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© GIORGIO ARRA

L'Argonaute en juillet 1982 (© : GIORGIO ARRA)

 

En 1984, Charles Hernu, alors ministre de la Défense, accepte que l’Argonaute soit transformé en musée. Il est confié à une association, les « Amis du musée de la mer pour l’Atlantique », plus connue aujourd’hui sous le nom d’Amerami et qui a pour objectif de protéger le patrimoine maritime. A l’origine, elle est fondée en 1975 dans le but de créer un musée maritime à Port-Louis, face à Lorient. Un projet qui ne se concrétisera pas, ce qui ne l’empêchera pas, depuis, de sauver des dizaines de bateaux de toutes sortes ainsi que des pièces originales, comme la superbe machine à vapeur de l’ancien bateau-citerne Ondée de la Marine nationale.

Pour l’Argonaute, après des années d’incertitude, il est finalement décidé de l’installer à la nouvelle Cité des Sciences et de l’Industrie, édifiée au nord de Paris, à La Villette, où le site ouvre en mars 1986. Le vieux sous-marin français n’y arrive que trois ans plus tard. Avant de lui offrir une dernière demeure près de la Géode, il faut d’abord relever un défi logistique : le transporter jusque-là. Désarmé à Toulon, où il est resté en attente d’être fixé sur son sort, l’Argonaute est préparé par les équipes de l'arsenal (40.000 heures de travail) puis quitte la base navale varoise en août 1989. Il est convoyé sur une barge jusqu’au port du Havre, pour ensuite remonter la Seine jusqu’à Gennevilliers, le transit prenant pas moins de trois semaines. Remise à l’eau, la coque du sous-marin, qui est rouge après son décapage et n’a plus de kiosque (découpé pour permettre le passage sous les ponts), est flanquée de ballons flotteurs pour réduire son tirant d’eau à seulement 3 mètres. Elle doit en effet passer par le canal Saint-Denis et franchir sept écluses avant d’arriver à La Villette, via le canal de l’Ourcq, d’où elle est sortie de l’eau au moyen d’imposantes bigues.

 

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© AMERAMI

Le coque sortir du canal de l'Ourcq (© : AMERAMI)

 

Nous sommes le 10 octobre 1989. C’est sur une traine comprenant une centaine de roues qu’elle réalise la dernière étape de son périple, un cheminement par la terre de 400 mètres jusqu’au site choisi pour son exposition, la coque étant posée sur deux blocs en béton. Une fois installé, l’Argonaute est repeint, retrouve son massif et est aménagé afin de recevoir le public. C’est finalement en janvier 1991 qu’il accueille ses premiers visiteurs. Au travers d'une convention, Amerami a mis à disposition de l'établissement public EEPDCSI (qui gère le Palais de la Découverte et la Cité des Sciences) qui prend en charge l'exploitation de l'Argonaute ainsi que les bâtiments d'accès et d'exposition liés. 

 

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© AMERAMI

L'Argonaute après les travaux à La Villette (© : AMERAMI)

 

Il devient le second sous-marin français à être transformé en musée après l’Espadon (1960-1985), bâtiment du Narval ouvert au public en 1987 à Saint-Nazaire. Viendront ensuite Le Redoutable (1971-1991), premier sous-marin nucléaire lanceurs d’engins (SNLE) français transformé en musée à la Cité de la Mer de Cherbourg en 2002, puis la Flore (1964-1989), unité du type Daphné ouverte au public depuis 2010 dans l’ancienne base sous-marine de Keroman, à Lorient.

L’Argonaute est le plus petit des sous-marins de la Marine nationale qui ont été conservés. Long de 49.6 mètres pour une largeur de 5.8 mètres et un tirant d’eau de 4.1 mètres, le S 536 présente un déplacement de 543 tonnes en surface et 669 tonnes en plongée. Armé par une quarantaine de marins, il est équipé de quatre tubes lance-torpilles à l’avant, avec en plus des armes qui y sont logées quatre autres en réserve. Doté d’une propulsion diesel-électrique, soit deux moteurs diesels SEMT-Pielstick et un moteur électrique de propulsion entrainant une seule hélice, il peut atteindre jusqu’à 16 nœuds en plongée et un peu plus de 12 en surface pour une puissance totale de 1300 cv. Le sous-marin peut naviguer en immersion « profonde » pendant une heure à 14 nœuds, en puisant dans ses batteries au plomb, ou se rapprocher de la surface pour employer ses groupes diesels via un schnorchel (apportant l’air et évacuant les échappements). La profondeur d’immersion opérationnelle maximale est de 200 mètres, la coque épaisse étant conçues pour résister jusqu’à 400 mètres.

 

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© GIORGIO ARRA

L'Argonaute en juillet 1982 avec au second plan un sous-marin du type Daphné (© : GIORGIO ARRA)

 

Construit à Cherbourg, l’Argonaute est mis sur cale en mars 1955, mis à l’eau en juin 1957 et admis au service actif en février 1959 (selon Flottes de Combat 1982, une autre date d’ASA étant avancée, celle du 23 octobre 1958). Complétant les six Narval, plus gros (77.6 mètres, 1910 tonnes en plongée) et pouvant réaliser des missions hauturières, les Aréthuse sont réputés comme étant des bâtiments très manoeuvrants et silencieux, aptes à chasser d’autres sous-marins (mission pour laquelle ils ont été conçus) et des bâtiments de surface notamment en eaux littorales. Ils seront également employés pour le déploiement de commandos. En dehors de leurs essais, les quatre bâtiments de ce type passeront leur carrière en Méditerranée. Au moment de son retrait du service actif, le 31 juillet 1982, l’Argonaute totalisait 2000 jours de mer et 32.000 heures de plongée.

- La page de l'Argonaute sur le site de la Cité des Sciences et de l'Industrie

- Voir une belle collection de photos de l'histoire de l'Argonaute sur le site d'Amerami

- Plus d'informations et de photos sur les Aréthuse sur le site Netmarine.net

 

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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