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Aujourd’hui, nous revenons 60 ans en arrière grâce à ces photographies d’époque de Giorgio Arra. On y voit deux anciens avisos de la Marine nationale lors d’une escale à Brême, en Allemagne, vers 1962. Il s’agit des Cdt Amyot d’Inville et Cdt de Pimodan. Non pas les deux ex-avisos du type A69 mis en service en 1976 et 1978, dont les noms étaient d’ailleurs légèrement différents puisqu’ils s’appelaient Amyot d’Inville et Commandant de Pimodan, mais les deux derniers représentants de la longue série des avisos dragueurs de mines de 640/647 tonnes dont la construction avait été lancée en 1936 dans différents chantiers (Lorient, Nantes, Port-de-Bouc, Dunkerque).

 

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© GIORGIO ARRA

L'aviso Cdt de Pimodan au début des années 60 (© GIORGIO ARRA)

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© GIORGIO ARRA

L'aviso Cdt de Pimodan au début des années 60 (© GIORGIO ARRA)

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© GIORGIO ARRA

L'aviso Cdt Amyot d'Inville au début des années 60 (© GIORGIO ARRA)

 

Ces bâtiments de 78.3 mètres de long pour 8.7 mètres de large sont équipés de deux moteurs diesels Sulzer pour une puissance de 4000 cv, ce qui leur permet d’atteindre la vitesse de 20 nœuds, avec une autonomie importante, qui atteint 5200 nautiques à 15 nœuds et 10.000 à 9 noeuds. L’équipage est de 100 marins et l’armement d’origine porte sur deux canons de 100 mm et 8 mitrailleuses de 13 mm à vocation antiaérienne (il sera modifié ensuite selon les bateaux). Ils doivent être par ailleurs équipés d’un système de dragage des mines, mais n’officieront jamais dans cette fonction.

La série de divise en deux classes aux caractéristiques quasiment identiques, si ce n’est un déplacement de quelques tonnes de plus sur la seconde. Celle-ci (classe Chamois) se voit en effet pourvue d’une étrave plus haute, alors que le modèle initial (classe Elan) se distingue par un avant très bas sur l’eau et souvent submergé quand la mer est mauvaise. Alors que le Chamois avait été modifié pour servir d’école de pilotage, cette architecture avec teugue surélevée est reprise pour les avisos destinés au service plus lointain dans les colonies.

En tout, 25 unités doivent être réalisées mais le programme est en pleine montée en puissance quand la guerre éclate. Les premiers avisos-dragueurs n’entrent en service que début 1939 et, si la production est accélérée, permettant d’en achever plusieurs dans les mois qui suivent, la plupart des bâtiments mis en chantier sont inachevés au moment de la signature de l’armistice, en juin 1940. Les unités supplémentaires commandées au début du conflit sont annulées et plusieurs coques en cours de construction dans les ports de la zone occupée par les Allemands sont abandonnées. On terminera cependant des avisos-dragueurs réalisés en zone libre, comme les Matelots Leblanc, Rageot de Latouche et Amiral Sénès, lancés en 1942 aux Ateliers et Chantiers de Provence.

 

259725 La Capricieuse U 92 aviso dragueur
© Beadell, S J (Lt), Royal Navy official photographer

La Capricieuse a été armée par la Royal Navy sous le numéro U 92 de 1940 à 1945. Il s'agit de l'un des avisos dragueurs à teugue basse (© Beadell, S J (Lt), Royal Navy official photographer)

 

Certains aviso-dragueurs vont poursuivre le combat dans le sillage du général de Gaulle, s’illustrant au sein des Forces Navales Françaises Libres (FNFL), comme le Commandant Dominé, le Commandant Duboc, le Chevreuil et La Moqueuse. Saisie comme eux par les Britanniques lors de l’opération Catapult en juillet 1940, La Capricieuse passera quant à elle la guerre armée par la Royal Navy, avant d’être restituée à la flotte française en 1945. D’autres, demeurés comme le gros de la Marine nationale fidèles au maréchal Pétain, subiront des sorts divers, participant parfois à des affrontements fratricides. La Surprise et La Gazelle combattent par exemple en septembre 1940 contre la tentative de prise de Dakar par une force anglo-gaulliste comprenant notamment les Duboc et Dominé. Puis, en novembre 1942, lors du débarquement anglo-saxon en Afrique du nord, La Suprise est coulée au large d’Oran par les alliés alors que la Gazelle, comme toutes les unités françaises survivantes à cette opération, rallie ensuite la France libre. D’autres avisos dragueurs, à l’image du Chamois, sont perdus peu après lors du sabordage de la flotte à Toulon. Certains, enfin, sont saisis par les Allemands et les Italiens, servant finalement au sein de la Kriegsmarine et la Regia Marina. C’est le cas des Matelot Leblanc et Rageot de la Touche et Amiral Sénès, qui ne survivent pas à la guerre.

Au sortir du conflit, il reste tout de même douze avisos-dragueurs à la Marine nationale. Et celle-ci va pouvoir en achever trois autres. A la libération, on constate en effet que trois coques dont la construction avait été abandonnée suite à l’invasion allemande, peuvent être récupérées et terminées. C’est le cas de L’Ambitieuse, qui avait été mise sur cale en 1939 à l’arsenal de Lorient. Renommé Enseigne Bisson, le bâtiment est finalement mis à l’eau en mars 1946 et entre en service en septembre 1947. Et puis il y a deux coques, celles de La Victorieuse et de l’Alfred de Courcy, dont la construction avait été également lancée en 1939 chez Dubigeon-Penhoët pour la première et non loin de là, aux Ateliers et Chantiers de la Loire, pour le second. Pour libérer les cales, et parce que les Allemands souhaitaient achever ces navires, les deux coques avaient été lancées en 1941. Elle ne furent cependant pas achevées sous l’occupation et survécurent aux bombardements alliés qui dévastèrent les ports de Saint-Nazaire et Nantes. Leur achèvement reprend donc après la guerre. Il est décidé de les rebaptiser pour rendre hommage à deux officiers décédés durant le conflit. Ainsi, La Victorieuse devient Cdt Amyot d’Inville, en l’honneur d’Hubert Amyot d’Inville, ancien de la marine marchande qui s’engage dès juillet 1940 dans les FNFL, forme avec Robert Détroyat le premier bataillon de fusiliers-marins et participe à de nombreux combats avant de trouver la mort à l’âge de 34 ans lors de la campagne d’Italie, en juin 1944. Quant à l’Alfred de Courcy, il prend le nom de Cdt de Pimodan, en mémoire d’Henri de Pimodan, capitaine de corvette de la Marine nationale. Il entre dans la résistance après le sabordage de la flotte en novembre 1942 à Toulon, où disparait le croiseur Jean de Vienne sur lequel il était affecté. Arrêté par la gestapo en février 1944, il est torturé puis déporté (sans avoir parlé) dans un camp de concentration en Allemagne, où il meurt en avril 1945 à l’âge de 33 ans.

Le Cdt de Pimodan et le Cdt Amyot d’Inville sont respectivement mis en service en octobre et décembre 1947. L’armement principal est constitué d’une tourelle de 100 mm à l’arrière, un canon de 40 mm à l’avant, quatre affûts de de 20 mm, ainsi que des mortiers et grenadeurs. Les deux avisos coloniaux partent rapidement pour Saïgon et mènent de nombreuses opérations durant la guerre d’Indochine, qui s’achève en 1954. Ils sont repositionnés ensuite en Méditerranée pour une autre guerre d’indépendance, celle d’Algérie. Enfin, ils terminent leur carrière en tant que bâtiments pour la formation des marins. Rattachés à l’Ecole navale, où ils réalisent des corvettes au profit des élèves, notamment au sein d’une division école comprenant également les escorteurs-rapides Le Corse, Le Boulonnais et Le Bordelais mis en service en 19565-56. D’autres anciens avisos dragueurs assureront également cette fonction sur leur fin de vie, alors que l’Enseigne Bisson (désarmé en 1964) termine sa carrière comme école de pilotage. C’est finalement en janvier 1965 et janvier 1966 que les Cdt Amyot d’Inville et Cdt de Pimodan sont respectivement désarmés. Leurs noms seront ensuite repris pour deux des dix-sept avisos du type A69, les second et septième de la série, mis en service en 1976 et 1978. Retirés prématurément du service en 1999 pour des raisons budgétaires, ils furent vendus à la Turquie avec quatre autres unités de ce type (D'Estienne d'Orves, Drogou, Quaertier-maître Anquetil et Second-maître Le Bihan). 

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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© GIORGIO ARRA

L'aviso du type A69 Commandant de Pimodan en 1982 (© GIORGIO ARRA)

 

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