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Mercredi 4 août 2021, la cérémonie de baptême du tout nouveau car-ferry Côte d’Opale de l’armement danois DFDS s’est tenue à Calais. Accosté à la passerelle n°11 du nouveau port de Calais qui sera inauguré à son tour le 09 septembre prochain, le plus grand navire à passagers du Détroit a fait sensation auprès de la soixantaine d’invités présents pour l’occasion.

 

 

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© MARC OTTINI

(© : MARC OTTINI)

 

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C’est Torben Carlsen en personne qui est venu présenter le nouveau-né de l’armement danois à la soixantaine d’invités présents ce 04 août. Sous l’œil attentif de la quasi-totalité de l’équipage, le Directeur Général s’est montré optimiste pour la croissance des échanges sur le Transmanche, assuré par un total de six unités modernes et performantes (© : MARC OTTINI)

 

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(© : MARC OTTINI)

 

Après une présentation du navire de type E-Flexer pris en affrètement coque nue auprès de Stena Line pour une période de dix ans – avec option d’achat –par Torben Carlsen, le Président Directeur Général de DFDS – (Det Forenede Dampskibs-Selskab), armement créé en 1866 à Copenhague par la fusion de quatre compagnies danoises – la parole fut donnée à l’un des quatre commandants qui officieront à bord. Mais auparavant le PDG danois n’oubliait pas de rappeler que la part du fret sur le Détroit représente 85% du chiffre d’affaires de la branche française et que celui-ci progresse malgré une dernière année très impactée par la crise sanitaire qui a entraîné une diminution du nombre de passagers. Il a également rappelé que DFDS réfléchit toujours à de nouvelles idées concernant des créations de lignes. Cependant, Calais reste un port important pour le Transmanche et après avoir débuté un service fret vers Sherness, un duty-free sera bientôt ouvert au nouveau port pour attirer les touristes anglais.    

 

 

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Le Côte d'Opale dans le port de Calais (© : MARC OTTINI)

 

David Poisson, le Senior Master a alors dévoilé avec ironie les péripéties du voyage en Chine pour rejoindre le chantier constructeur du Côte d'Opale, Avic Weihai à Jinling qui a été choisi pour construire les 12 E-Flexer commandés par Stena Line. Cette expédition a valu à la partie de l’équipage conviée d’être mise en quarantaine durant trois semaines sans aucun contact extérieur ou entre eux dans une basique chambre d’hôtel et de profiter d’une succulente alimentation dont ils se souviendront toute leur vie ! Au terme de cet isolement strict, les marins ont été autorisés à embarquer juste à temps pour effectuer les essais en mer, lesquels se sont montrés concluants. Puis, livré avec six semaines d'avance sur la date prévue, le Côte d’Opale a quitté son berceau pour mettre le cap sur Dunkerque. Au cours de ce périple marqué par une météo peu clémente, le ferry a fait des escales à Colombo (Sri Lanka) et Malte pour effectuer à la fois le soutage et un ravitaillement en vivres. Après quatre semaines de navigation, le navire s’est accosté dans le port nordiste.

Puis après des essais de passerelle effectués et validés par les autorités portuaires de Calais et Dunkerque mais aussi celles outre Manche de Douvres, le jour du baptême est arrivé. La parole a été donnée à Peggy Bouchet, choisie pour devenir la marraine du navire. Peggy est connue pour avoir tenté en mars 1998 une traversée de l’Atlantique à la rame sans assistance. Ingénieure dans une grande société française mais attirée par l’écologie, elle entame une première traversée entre les Canaries et la Martinique mais prise dans une tempête, elle est contrainte d’abandonner au bout de 79 jours de mer à 36 heures de la Guadeloupe. C’est avec son caractère bien trempé qu’elle repart le 18 novembre 1999 des îles du Cap Vert pour arriver en Martinique le 5 janvier 2000. Première femme à traverser l’Atlantique à la rame, elle a répondu favorablement au privilège d’être la marraine d’un navire moins gourmand en combustible que ses prédécesseurs et donc peu polluant. C’est précisément à 14h55 et au terme de la cinquième tentative que le magnum de champagne se brise sur la coque.

 

 

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 (© : MARC OTTINI)

 

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Entourée de trois des quatre Commandants du Côte d’Opale, la marraine du navire, Peggy Bouchet (© : MARC OTTINI)

 

Après les réjouissances, les invités étaient conviés à bord du Côte d’Opale en empruntant la rampe supérieure, celle du pont 5 réservé aux unités de fret – poids-lourds ou remorques non accompagnées, pour la visite. Sur ce pont, les camions sont rangés sur 8 lignes. En dessous, le pont 3 est aussi dédié aux poids-lourds. C’est d’ailleurs de ce dernier qu’il est possible d’accéder à la cale inférieure surnommée « calette » par une rampe fixe. Mais pour des raisons de temps d’escale, celle-ci - d’une faible hauteur de plafond - ne sera pas utilisée. Le pont 7, accessible par une rampe depuis le pont 5 offre un espace permettant de loger 120 voitures de tourisme.

 

 

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Les deux impressionnants pont-garages – ponts 3 et 5 – très lumineux permettent de débarquer et embarquer environ 160 poids-lourds en un temps record d’une trentaine de minutes. Les accès aux garages s’effectuent à travers 2 rampes sur l’avant et sur l’arrière. On aperçoit sur une photo l’un des deux ascenseurs du navire risquant d’être vite saturés lors des opérations commerciales (© : MARC OTTINI)    

 

Sur l’avant se trouvent deux salles de repos équipées de sièges inclinables de grand confort pour les chauffeurs routiers ainsi qu’un espace restauration. Le pont 8 est l’unique pont offert aux passagers. Tout à l’avant se trouve le Seven Seas Restaurant qui offre une vue imprenable sur la mer, doté d’un grand buffet et d’une petite estrade pour accueillir un orchestre. En allant vers l’arrière, après avoir passé le bureau de change, le bureau d’information ou encore l’espace jeux pour enfants, impossible de ne pas voir le duty-free d’une surface de 1000 m2 qui en fait le plus grand jamais créé à bord d’un car-ferry. Celui-ci est dominé par une verrière laissant voir le ciel bleu, gris ou étoilé du Détroit.

 

 

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(© : MARC OTTINI)

 

A la sortie de ce duty-free qui n’a rien à envier à ceux que l’on trouve dans les aéroports, un hall donne accès au Light House Café qui, comme le nom l’indique est une cafétéria-bar. Sur tribord, et uniquement accessible aux passagers s’étant acquittés d’un supplément, se trouve le Premium Lounge où il est possible de se restaurer mais aussi de se reposer en toute tranquillité. Enfin, on accède à l’extérieur, sur la plage arrière.

 

Diaporama orphelin : container

 

 

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Depuis la plage arrière du pont 8, la vue est imprenable sur le pont inférieur – Pont 7 - qui est uniquement réservé aux véhicules de tourisme et accessible par une rampe interne. Contrairement au Calais Seaways, le Côte d’Opale possède très peu d’espaces extérieurs (© : MARC OTTINI)

 

Le pont 9, doté de 100 luxueuses cabines est entièrement réservé aux soixante hommes et femmes constituant l’un des deux équipages embarquant alternativement pour une période de deux semaines. Comme à bord de tous les navires de commerce du monde, le service « Pont » a ses quartiers sur tribord tandis que le service « Machine » se réserve le côté bâbord.

 

 

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L’équipage bénéficie de spacieux et agréables locaux, dont des cabines individuelles. Il peut aussi disposer d’une salle de détente à l’ambiance feutrée (© : MARC OTTINI)

 

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(© : MARC OTTINI)

 

C’est aussi sur ce pont que se trouve une lumineuse, spacieuse et ergonomique timonerie équipée des instruments de navigation, de contrôle et de radiotélégraphie de dernière génération. Les larges baies vitrées des ailerons de passerelle offrent une vue imprenable sur les côtés de ce navire long de 215,90 mètres et large de 27,80. Ce qui est évidemment nécessaire pour les deux commandants de bordée qui seront en charge des vingt manœuvres quotidiennes.

 

 

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La passerelle (© : MARC OTTINI)

 

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Au pont 9, la spacieuse et très belle timonerie possède un design ergonomique qui se montrera être un précieux atout pour les Commandants, dont Michael Saint Martin ici au pupitre de l’aileron tribord. Avec un avancée centrale, la vue sur l’avant du navire est parfaite (© : MARC OTTINI)

 

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Les quatre commandants attitrés au Côte d’Opale, David Poisson (Senior Master), Michael Saint Martin, Jean-Christophe Masson et Antoine Paquet sont unanimes pour dire qu’il leur faudra quelques semaines pour bien « s’apprivoiser » avec ce géant du Détroit. Car, à la différence des Côte des Dunes et Côte des Flandres qui furent spécialement conçus et construits pour assurer la route courte entre Calais et Douvres, le Côte d’Opale n’est qu’un navire de série « adapté » pour assurer au mieux cette ligne. Contrairement aux Stena Embla, Stena Edda, Stena Estrid et au Galicia affrété à long terme par Brittany Ferries, le 5ème E-Flexer de la série ne dispose pas de cabines à passagers peu nécessaires pour ces traversées de 90 minutes. La différence est aussi visible sur l’étrave équipée d’un « bouclier » pour le positionnement dans les doubles rampes de Calais, Douvres et Dunkerque. Idem pour l’arrière, le Côte d’Opale ne possède pas de rampes, mais une porte en retrait de la poupe.

 

 

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Sur ces photos, on peut voir les modifications apportées au navire afin de le rendre performant sur cette ligne (© : MARC OTTINI)

 

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A bord de ce ferry à 9 ponts – celui de l’hélideck pouvant être considéré comme le 10ème – la capacité totale est de 2755 mètres linéaires de fret, soit une combinaison de 160 poids-lourds et 120 voitures, ainsi que 940 passagers, soit 55% de plus que le Calais Seaways proposait.  

Du côté de la « Machine » qui offre une puissance suffisante pour assurer une vitesse maximale de 24 nœuds – 22 de moyenne -, elle est équipée de deux compartiments séparés recevant chacun un moteur V12 Mak-Caterpillar de 12600 Kw (17140 ch) fonctionnant au LSFO (Low Sulfur Fuel Oil ou pétrole brut à faible teneur en soufre). De plus, chose innovante sur ces moteurs principaux, ils sont équipés d’un système de vérin pneumatique sur l’arbre à cames influant sur l’avance à l’injection en fonction de la charge demandée. Cette technologie a pour but de réduire considérablement les émissions de fumées à l’échappement. Par contre, a contrario des quatre précédents navires livrés par Avic Weihai, le Côte d’Opale n’a pas de scrubbers, laissant un vaste compartiment vide utilisé pour du stockage divers. Le service « Machine » placé sous les ordres des chefs mécanicien Hubert Molinard et Nicolas Taine compte une dizaine de personnes assurant un quart permanent. Il se compose d’un second mécanicien, trois officiers dont un polyvalent, un maître et trois ouvriers mécanicien, un maître « extérieur », un maître électricien et unnettoyeur. Un ouvrier électricien se partage également entre les deux équipages afin de suppléer le maître électricien.

Autre chose qui le différencie de ses prédécesseurs et spécialement prévu pour les manœuvres incessantes sous des conditions climatiques assez rudes, le dernier né de DFDS a été doté d’un troisième propulseur d’étrave. Aux deux de 2400 Kw d’origine, c’est donc un de 1700 Kw qui fut ajouté. Et pour faciliter les manœuvres, outre deux hélices à pales orientables, le navire possède deux gouvernails Becker.

 

 

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Le 4 août, Peu avant 21h00, sous les canons à incendie du Chambon Noroît, le Côte d’Opale a quitté la passerelle n°11 du nouveau terminal de Calais dont l’inauguration officielle est prévue le 09 septembre prochain. Le nouveau terminal est doté de trois passerelles à double-rampe et d’une importante zone d’évitage conçue pour les méga-ferries. A l’arrière du Côte d’Opale, la nouvelle gare maritime se dessine (© : MARC OTTINI)

 

Ce 4 août à 21h00, à la fin des festivités du baptême, le beau navire a quitté la passerelle n°11 pour s’accoster à la passerelle n°7 située dans le port historique afin d'embarquer les premiers camions, voitures et passagers pour sa traversée inaugurale dont le départ était fixé à 21h45.

Il ne reste plus qu’à souhaiter que cette unité construite en vingt mois pour une somme avoisinant les 121 millions d’euros - la quille avait été posée le 15 octobre 2019 – ait une carrière aussi longue que celle du navire qu'il remplace, le Calais Seaways, appelé à d’autres aventures mais qui aura agréablement marqué les esprits des équipages et de ses commandants.

Texte et photos: Marc Ottini

 

 

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C’est précisément à 20h43 que le Calais Seaways a franchi les passes du port de Calais pour la dernière fois sous ce nom, au grand regret de nombreux Officiers et Marins qui ont eu la chance de naviguer à bord. Construit en 1991 sous le nom de Prins Filip, ce car-ferry de 163 mètres aura rempli avec brio ses rotations aux côtés des Côte des Dunes et Côte des Flandres depuis la reprise des activités par DFDS (© : MARC OTTINI)

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