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Nous vous emmenons aujourd’hui, en avant-première, à la découverte du tout nouveau navire de sauvetage hauturier de première classe (NSH1) de la SNSM. C’est le premier d’une série qui va succéder aux vénérables canots tous temps des sauveteurs en mer, à l’œuvre depuis plus de 30 ans le long du littoral français.

La cérémonie de bénédiction du Gustave Gendron se déroulera samedi 7 octobre au port de l’Herbaudière, sur l’île de Noirmoutier, où le nouveau navire de la Société Nationale de Sauvetage en Mer est basé. Un évènement pour l’association et ses 9000 sauveteurs bénévoles puisqu’il marque le début d’un vaste plan de renouvellement de la flotte, qui doit voir la livraison d’au moins 140 nouvelles unités de différents modèles dans la décennie qui vient. Les NSH 1 seront les plus grands navires de ce programme, dont la réalisation a été confiée au chantier Couach de Gujan-Mestras, en Gironde.   

Avant son inauguration officielle ce 7 octobre, le Gustave Gendron, qui prend le nom d’un ancien patron de la station de sauvetage de l’Herbaudière, a été testé durant trois mois par les équipes de la SNSM. Nous avons pu embarquer cet été durant ces essais et vous laissons découvrir ce reportage vidéo publié sur la nouvelle chaîne Youtube « Vincent Vous Embarque » :

 

 

 

Long de 17.44 mètres pour une largeur de 5.27 mètres, le Gustave Gendron est intégralement réalisé en matériaux composites. C’est un bateau auto-redressant, c’est-à-dire qu’en cas de chavirage, par exemple s’il venait à être couché par une violente vague, il doit se remettre à l’endroit.

Doté de deux moteurs diesels John Deere de 750 cv chacun et propulsé par deux lignes d’arbres, il peut atteindre la vitesse de 25 nœuds. « C’est du matériel moderne et nous avons beaucoup plus de place dans le compartiment moteurs que sur les anciens canots, c’est bien plus facile pour l’entretien et la maintenance », explique Jérôme, l’un des trois mécaniciens de la station, qui compte une quarantaine de navigants et réalise 70 à 80 opérations de sauvetage par an.

 

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Le compartiment machine du Gustave Gendron.

 

© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Jérôme, sauveteur bénévole à l'Herbaudière et l'un des trois mécaniciens de la station vendéenne. 

 

Derrière les machines se trouve un local, à la poupe, qui abrite des systèmes hydrauliques. Initialement, était également logé ici un petit diesel-alternateur, mais il a été débarqué dans le cadre des mesures destinées à alléger le bateau, dont le poids a dépassé les prévisions en fin de construction.

 

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Le local à l'extrême arrière. 

 

Avant de rejoindre Noirmoutier, le Gustave Gendron a donc fait l’objet d’importants travaux correctifs chez Couach, y compris l’étrave qui a été retravaillée. Et le chantier a pris les dispositions nécessaires pour déployer les améliorations sur les unités de série. Mais déjà, le prototype donne satisfaction chez les sauveteurs. « Oui, il va un peu moins vite que prévu, entre 24 et 25 nœuds, mais notre vieux Clemenceau ne file au mieux que 17/18 nœuds avec ses deux moteurs Iveco de 400 cv. On y gagne donc et la puissance supplémentaire est intéressante pour les remorquages. Et puis de toute façon, quand la mer est mauvaise et qu’on a 40 nœuds de vent, on va qu’à 15 nœuds ! Dans le sauvetage en mer, ce n’est pas forcément la rapidité qui compte, c’est surtout l’efficacité et ce nouveau bateau a tout pour répondre à cette exigence », nous explique Jean-Pierre Couton, l’un des patrons titulaires de la station.

 

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Jean-Pierre Couton aux commandes du Gustave Gendron. 

 

L'ancien pêcheur à la retraite est sauveteur bénévole depuis 1986. « J’ai commencé à l’époque sur le premier Georges Clemenceau et ça fait 32 ans que je suis sur le second. Avec le nouveau, j’en suis donc à ma troisième génération. Le premier bilan que l’on peut faire c’est que le Gustave Gendron est manœuvrant et très sécurisant, c’est un bateau qui va être performant en navigation. Il y a quelques modifications à faire, c’est normal puisque c’est un prototype, et on attend évidemment de l’éprouver dans les tempêtes, mais j’ai confiance à 100% dans ce bateau ».

 

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Conçu pour être mis en œuvre par six membres d’équipage, le NSH1 peut accueillir largement six naufragés dans son grand poste avant, pourvu de banquettes, de toilettes et de rangements pour le matériel (équipements de sauvetage et de sécurité, kits médicaux, matériels pour des plongeurs…) Cet espace est situé au même niveau que les machines, dont il est séparé par une porte étanche et insonorisée.

 

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Le poste avant du Gustave Gendron. 

 

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Le poste avant du Gustave Gendron. 

 

En prenant l’échappée, on débouche directement entre les consoles du poste de pilotage, d’où deux sauveteurs peuvent gérer la manœuvre, la propulsion, les communications et les capteurs au moyen de grands écrans dont certains tactiles. Leurs sièges sont montés sur amortisseurs de chocs, tout comme ceux pour quatre équipiers situés derrière eux.

 

 

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Le poste de pilotage du Gustave Gendron avec, entre les consoles, l'échappée menant au poste avant et aux machines. 

 

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La cabine du Gustave Gendron.

 

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La partie arrière de la cabine avec en haut une barquette et des rideaux permettant au besoin de séparer le poste de pilotage de l'espace médicalisé. 

 

Cette cabine offre un volume beaucoup plus important que sur les anciens canots tous temps auxquels les NSH1 vont succéder. Elle comprend sur l’arrière un espace conçu pour être médicalisé et servir au transport sanitaire. Deux banquettes peuvent ainsi recevoir des personnes allongées dans des barquettes (pièces rigides de couleur orange utilisées pour caler les blessés et faciliter leur évacuation, y compris par hélicoptère). Cela, sans entraver le passage entre le poste de conduite et la plage arrière. « Il a la même longueur que le Georges Clemenceau II mais il fait un mètre de plus en largeur, du coup a beaucoup plus de place, par exemple la coursive centrale qui est bien plus large ce qui sera très utile si on ramène des personnes mal en point. Niveau aménagements, équipements et confort, ce navire est super, on a de l’espace pour travailler et recueillir des naufragés, ce qui est extrêmement important quand nous sommes dans des situations d’urgence », souligne Jean-Pierre. En cas de grosse opération de secours et pour une courte période, le bateau est en réalité suffisamment grand pour recueillir plusieurs dizaines de personnes. En effet, si les espaces internes sont grands, la surface de pont est également importante, depuis la plage arrière jusqu'à la proue avec des accès aisés de chaque côté de la cabine et, partout, des rembardes et lignes de vie pour sécuriser les interventions à l'extérieur des sauveteurs. 

 

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La plage arrière avec le treuil et le biton de remorquage, ainsi que les panneaux amovibles qui abritent l'annexe pneumatique sous le pont. 

 

La plage arrière intègre, sous des panneaux amovibles, un logement pour une petite annexe pneumatique d’environ 3.5 mètres, alors que la poupe est équipée d’une structure basculante, l’écope, permettant de faciliter la récupération en sécurité de personnes à la mer ou la mise à l’eau de plongeurs. Le bateau compte également un treuil pour les remorquages, ainsi qu’une lance à eau destinée notamment à créer un rideau protecteur si les sauveteurs interviennent sur une embarcation en feu. Le Gustave Gendron est non seulement doté d’équipements de navigation modernes, mais aura aussi la capacité d’échanger des données avec le CROSS, chargé de coordonner les secours en mer. Cela facilitera les missions, de même que la présence d’une caméra électro-optique Flir pour la détection et l’identification de jour comme de nuit.

 

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La plage arrière. Remarquez les panneaux amovibles sur le pont masquant l'annexe pneumatique logée en dessous. 

 

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Le Gustave Gendron est équipé à l'arrière d'une écope qui se déploie dans l'eau et masque le logement de l'annexe pneumatique. 

 

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La caméra électro-optique (TV/infrarouge) du Gustave Gendron. 

 

© CHANTIER NAVAL COUACH

 

Conduits par la direction technique de la SNSM, les sauveteurs vendéens de l’Herbaudière mais aussi des sauveteurs d’autres stations, dont des Bretons et Charentais, les essais technico-opérationnels (ETO) ont eu pour but de tester le prototype des NSH1 et, avec le concours de différentes stations, évaluer les capacités du navire et de ses équipements afin de réaliser si nécessaire des modifications et évolutions pour les unités de série.

Arrivé à Noirmoutier le 17 juin, le Gustave Gendron a enchainé les essais durant l’été : navigation et manœuvres, recherche d’un bateau en difficulté et de naufragés de jour comme de nuit, récupération de personnes à la mer, mise en œuvre des nageurs de bord et plongeurs, de l’annexe gonflable logée sous le pont arrière, transferts de matériel et de personnel, toutes les situations liées aux aspects de sécurité (bon positionnement des sauveteurs, lutte contre les incendies et voies d’eau, avarie de moteur ou de barre, équipier tombé à la mer, mouillage d’urgence…) ou encore l’ensemble des tests relatifs aux systèmes électroniques et de communication, ainsi que le reconditionnement et la maintenance hebdomadaire du navire. Le NSH1 a également mené fin août, avec un hélicoptère Dauphin de la Marine nationale, ses premières manœuvres de treuillage, capacité indispensable pour les évacuations sanitaires urgentes, et a réussi ses tests de remorquage avec le JLD Ambre, navire de plus de 240 tonnes mis à disposition de la SNSM par l’armement Huchet-Desmars. « On s’est donné trois mois pour prendre le temps de faire les choses bien et prendre en main le navire », explique Sylvain Moynault, sauveteur rochelais mais aussi inspecteur SNSM pour l’Atlantique Sud et coordinateur des essais technico-opérationnels.

 

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Sylvain Moynault pendant les ETO. 

 

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Pendant les ETO, en juillet, les sauveteurs et la direction technique testent le matériel et échangent sur les procédures et les améliorations possibles. Ici notamment des tests de la ligne de mouillage et de la lance à eau.

 

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La lance à eau servirait notamment à diffuser une pluie de protection en cas d'intervention sur un bateau en feu. 

 

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Durant les ETO, fin août, le Gustave Gendron réalise ses essais de remorquage à puissance maximale avec le JLD Ambre, qui déplace plus de 240 tonnes. Le NSH1 le remorque avec succès à couple puis en ligne, le ramenant jusqu'au port de l'Herbaudière.

 

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Le Gustave Gendron lors de ses essais de remorquage avec le JLD Ambre fin août. 

 

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Les équipes de la SNSM et de l'armement LHD après les essais de remorquage. 

 

Des ETO qui viennent de se terminer et le nouveau fleuron de la SNSM sera donc officiellement inauguré et béni demain, à Noirmoutier, en présence de nombreux sauveteurs, soutiens de la SNSM et autorités. Le Gustave Gendron n’entre cependant pas en service immédiatement. Il va d’abord retrouver le bassin d’Arcachon et le chantier Couach pour quelques travaux, puis effectuera encore des tests avant d’être prêt pour ses premières missions, normalement d’ici la fin de l’année. Sachant que pour les sauveteurs, la période hivernale et ses habituelles tempêtes sur la côte atlantique constitueront l’épreuve de vérité pour le nouveau navire.

Quant à l’actuel canot tous temps (CTT) de l’Herbaudière, le Georges Clemenceau II, opérationnel depuis 1990 et que le nouveau NSH1 est appelé à remplacer, il ne va pas partir tout de suite. « Il est en bon état. Nous allons le garder encore deux ans car dans la zone, nous sommes assez faibles en moyens hauturiers. Si on a une indisponibilité sur un canot d’une autre station du secteur, on pourra le prêter ».    

 

© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le canot tous temps Georges Clemenceau II. 

 

Fort du retour d’expérience de la construction du Gustave Gendron puis de ses ETO, différentes modifications sont apportées au modèle, conçu par le bureau d’architecture Barrau-Neuman, afin que Couach puisse lancer la construction en série. Celle-ci doit commencer si tout a bien en novembre. La SNSM, dont la flotte vieillissante de CTT compte actuellement 41 unités, est en effet pressée puisqu’elle a prévu de commander cette année onze NSH1. Des bateaux destinés notamment aux stations de Goury-La Hague (Manche), La Cotinière (Charente-Maritime), l’Aber-Wrac’h (Finistère), Lège-Cap-Ferret (Gironde), La Ciotat (Bouches-du-Rhône), Propriano (Corse-du-Sud), Le Croisic (Loire-Atlantique) et Molène (Finistère).  Les sauveteurs du Croisic, par exemple, attendent le leur en 2024.

 

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© COUACH / BARREAU-NEUMAN

Les différents modèles de la future flotte SNSM (© : COUACH / BARREAU-NEUMAN)

 

Mais la nouvelle flotte de la SNSM, ce sont aussi des navires de sauvetage hauturiers de seconde classe (NSH2) longs de 14.5 mètres, des vedettes de 11.75 mètres appelées navires côtiers de première classe (NSC1) et des embarcations plus légères, avec des semi-rigides à cabine de 8.7 mètres (NSC2), des semi-rigides open de 6.4 mètres (NSC3) et au sein de la catégorie NSC4 des pneumatiques de 3.8 mètres et des jet-skis. Si les livraisons des plus petites unités ont déjà débuté, celles des NSH2 et NSC1 n’ont pas encore commencé, le prototype du NSC2 ayant quant à lui déjà réalisé ses essais.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.  

 

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