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Le revêtement antifouling des coques de navire serait-il une source majeure de pollution micro-plastique en mer ? C’est en tout cas la conclusion d’une étude menée par un groupe de chercheurs en géochimie environnementale de l’université allemande d’Oldenburg sous la direction de la docteure Barbara Scholz-Boettcher. Les travaux ont été publiés en février dans la publication Environmental Science & Technology.

Pour mémoire, l’antifouling est un revêtement à usage principalement biocide appliqué, et renouvelé régulièrement, sur la coque des navires qu’ils soient de commerce, militaires ou de plaisance. L’OMI a réglementé la composition de ces derniers, en interdisant notamment l’utilisation du TBT (tributylétain) et en régulant la teneur de certains composés chimiques polluants. L’Union européenne prévoit elle aussi un cadre règlementaire et de contrôle dans les chantiers navals.

Une distribution étonnante des types de plastiques

Mais, jusqu’ici, la corrélation entre le revêtement de peinture des navires et la pollution plastique n’avait pas encore été explicitement documenté. Les chercheurs d’Oldenburg ont mené, pour cela, plusieurs campagnes de prélèvements à bord du navire de recherche Heincke dans la zone de la baie allemande (German Bight) en mer du Nord. Ils ont utilisé des tamis en inox pour filtrer des particules de moins d’un millimètre dans l’eau de mer échantillonnée. Ils ont ensuite analysé leur composition chimique en les chauffant à 600°. Cette montée en température provoque la fragmentation des particules et permet le regroupement de ses composés dans les différents types de polymères. Cette méthode autorise également la quantification de la masse de chaque sorte de plastique.

La surprise des chercheurs est arrivée au moment du dépouillement des résultats. Les sortes de plastique dominant toutes les autres étant le PVC, les acrylates et les polycarbonates qui représentaient près des deux tiers, voire 80%, des micro-plastiques dans les échantillons. Hors ces plastiques ne sont pas ceux des emballages (comme le polyethylène, le polypropylène ou le PET), qui, eux, représentaient une proportion bien plus faible dans les échantillons. Cette distribution a beaucoup étonné les scientifiques.

Le plastique comme liant de la peinture

Ils ont donc poussé les analyses et ont découvert que les plastiques « d’emballage » se trouvaient majoritairement le long des côtes alors que les échantillons de haute mer et à proximité des routes maritimes recelaient les autres types. « Nous pensons que ces particules proviennent du revêtement de peinture des navires où ils sont utilisés comme liants, par exemple entre les peintures acryliques et la résine epoxy ». Ce qui amène les chercheurs à penser qu’une part bien plus importante qu’imaginée auparavant de pollution micro-plastique est générée directement en mer.

L’équipe de l’université allemande a décidé de continuer ses analyses, avec une attention particulière sur les estuaires et leurs sédiments.

- Lien vers la publication scientifique (en anglais)

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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