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« On part de zéro, il n’y a plus aucune péniche de transport sur la Rance maritime et les canaux bretons. La dernière s’est arrêtée en 2016 ». Une activité que Pierre-Yves Glorennec entend bien relancer avec son association, Avel Marine, pour proposer de transporter des produits locaux sur la Rance maritime (l’axe Dinan-Saint-Malo) en s’appuyant sur des circuits courts avec une péniche propulsée par de l’électricité verte et la voile.

Un Luxe Motor

L’association, qui compte une dizaine de personnes actives, a été créée il y a quelques années. Cela lui a permis de mûrir le projet qui s’est récemment concrétisé avec le rachat aux Pays-Bas, il y a un an, d’un Luxe Motor, bateau néerlandais à fond plat adapté à la mer comme à la rivière, rebaptisé La Mouette (traduction de son ancien nom : Zeemeeuw). Un bateau en acier de 19.50 mètres de long pouvant embarquer 15 tonnes de marchandises. Ramené par les canaux jusqu’à Dunkerque, le bateau qui servait de crevettier a ensuite pris la mer pour rejoindre Cherbourg, puis Saint-Malo.

 

263515 La Mouette Avel Marine
© PIERRE-YVES GLORENNEC

(© AVEL MARINE)

 

Il se trouve actuellement au chantier de La Passagère, en amont du barrage de la Rance, à Saint-Malo, pour subir un retrofit et le « certifier pour qu’il soit conforme aux normes actuelles ». Déjà, l’architecte naval Jérôme Delaunay a travaillé à la modélisation et réalisé les plans d’aménagement ». Il pourra accueillir une dizaine de passagers de jour avec une cabine, dans un but de sensibilisation. C’est la société de classification italienne Rina qui s’occupe de la classification du navire.

Voile rigide et propulsion verte

Avel Marine, qui a reçu le soutien du département d’Ille-et-Vilaine et de la fondation EDF, a doté la péniche d’une propulsion auxiliaire à la voile. Déjà, rappelle Pierre-Yves Glorennec, les anciennes péniches utilisaient la voile dans l’estuaire de la Rance. La voilerie Armor Voiles et Grééments de Saint-Malo a donc confectionné une voile-aile affalable et rigide, en deux volets. Un mât de 13 mètres en bois a aussi été préparé et une réflexion est en cours pour une voile sur un mât d’artimon.

 

263517 La Mouette Avel Marine
© PIERRE-YVES GLORENNEC

(© AVEL MARINE)

 

Par ailleurs, l’association cherche à changer le système de propulsion diesel pour le remplacer par une solution plus écologique. Deux options sont envisagées : utiliser un moteur électrique alimenté par des batteries biodégradables Redox Flow développées par l’Université de Rennes 1 ou avoir recours à une propulsion par air comprimé conçue par l’entreprise normande (Rouen) Anthos Air Power. « Ils ont un démonstrateur qui est un Master de chez Renault qui a une autonomie de 200 km, ce qui est raisonnable pour des circuits courts. L’avantage, c’est que cela permet le retrofit du moteur existant, alors que les moteurs existants ont l’inconvénient de demander du cuivre et des métaux rares ». La Mouette devrait naviguer à vitesse réduite, probablement à 5 nœuds.

« Modèle économique »

Une fois la péniche certifiée et hybridée, Avel Marine veut créer une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) et embaucher deux marins. Pierre-Yves Glorennec espère pouvoir lancer les premières rotations dès le printemps pour rechercher une « viabilité économique ». La Mouette naviguera entre Dinan, Dinard et Saint-Malo, voire d’autres ports, à raison de trois allers-retours par semaine.

Cependant, « on ne s’intéresse pas simplement au bateau, mais à un modèle économique », insiste Pierre-Yves Glorennec. Il s’agit de s’appuyer sur des circuits terrestres courts dans la zone économique des ports en passant des conventions avec des transporteurs en circuit court, triporteurs ou camions, qui mutualisent les transports, « car il serait aberrant de voir un semi-remorque diesel venir charger et décharger des bateaux ». Ainsi, le bateau doit être le trait d’union entre des producteurs et distributeurs. L’association insiste sur « la proximité, le territoire », en transportant ce qui est « produit et consommé localement » : vêtements, boissons, conserves, produits d’entretien… Il s’agit donc de réaliser des économies de carburant, tout en revivifiant l’activité sur le littoral. Enfin, l’association se tourne vers l’écoomie sociale et solidaire.

 

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© MER ET MARINE - GAEL COGNE

(© MER ET MARINE - GAEL COGNE)

 

A terme, Avel Marine aimerait faire renaître une flotte qui pourrait caboter sur le littoral breton, mais aussi faire revivre le transport sur les canaux bretons et tout un patrimoine. « Le transport maritimo-fluvial n’existe plus, on sait qu’il faut être modeste », dit-il. Ce qui ne l’empêche pas d’être « confiant, car on est dans un contexte où il faut présenter des solutions bas carbone et la prise de conscience est en train de se faire. Même si le projet est ambitieux, il est réaliste ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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