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Premier navire de Brittany Ferries à être équipé d’un système de lavage des fumées, le Normandie, exploité entre Caen-Ouistreham et Portsmouth, a été remis en service le 2 janvier. Du 15 octobre au 30 décembre, il est passé par le chantier espagnol Astander pour un arrêt technique majeur. Supervisé par STX France, en charge du projet, le cœur des travaux portait sur l’intégration à bord d’équipements permettant au Normandie de réduire au minimum ses émissions d’oxydes de soufre (SOx), comme imposé depuis le 1er janvier par l’Union européenne pour les navires exploités en Manche, mer du Nord et Baltique. « Ce fut un arrêt technique exceptionnel, tant par sa durée, de deux mois et demi au lieu de trois à cinq semaines habituellement, que sur ses aspects techniques. La mise en place de scrubbers est en effet une opération très lourde et complexe », souligne Frédéric Pouget, directeur du Pôle Armement, Opérations maritimes et portuaires de Brittany Ferries.

 

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© BRITTANY FERRIES

Le Normandie après son arrêt technique (© : BRITTANY FERRIES)

 

La technologie online de Greentech

Afin de réduire la teneur en soufre des émissions du navire sous la barre des 0.1%, comme le veut la nouvelle règlementation, tout en gardant comme combustible du fuel lourd, pas moins de sept scrubbers ont été installés. C’est une solution développée par Greentech qui a été retenue par l’armement breton. En matière de scrubbers, si le principe reste le même (utilisation de l’alcalinité de l’eau de mer pour produire une réaction chimique aboutissant à la réduction des oxydes de soufre), différentes technologies sont en effet disponibles. Certaines consistent à mettre en place, en « parallèle » de la cheminée existante, une sorte de marmite où les fumées sont « lavées ». C’est le système dit « offline », qui présente notamment le désavantage d’ajouter un poids important dans les hauts du navire. D’autres, comme celle proposée par Greentech, sont appelées « online ». Dans ce cas, les scrubbers remplacent les silencieux des échappements, les fumées étant traitées au fil de leur montée vers la cheminée.

 

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© BRITTANY FERRIES

Déconstruction de l'ancienne cheminée chez Astander (© : BRITTANY FERRIES)

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© BRITTANY FERRIES

La nouvelle cheminée du Normandie (© : BRITTANY FERRIES)

 

La ligne d’échappements reconstruite avec 7 scrubbers

Pour installer ce système, le Normandie a vu l’ensemble de ses conduits d’échappement démontés et remplacés par de nouveaux équipements. « Toute la ligne d’échappement a été reconstruite à neuf, avec l’installation de 7 scrubbers. C’est un beau challenge technique et une première mondiale à cette échelle et avec ce type de scrubbers. L’avantage de la technologie online est qu’elle limite les problématiques d’encombrement et de poids. Les scrubbers viennent notamment remplacer les silencieux, qui sont déjà lourds. Il faut souligner que nous avons pu mener la transformation sur le Normandie sans impact sur les espaces commerciaux ». Sans conséquence sur le niveau sonore puisqu’ils remplissent la même mission que les silencieux en plus du lavage des fumées d’échappement, les scrubbers onlines permettent, en outre, de minimiser les impacts visibles de l'extérieur aux seules cheminées.

 

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© BRITTANY FERRIES

Le Normandie avec sa nouvelle cheminée (© : BRITTANY FERRIES)

 

De nombreux cas de scrubbers offlines se traduisent en effet par l’apparition de nouvelles structures particulièrement imposantes et disgracieuses. Certes, la nouvelle cheminée du Normandie est plus volumineuse et massive que celle d’origine mais, quand on compare avec d’autres ferries aussi équipés de scrubbers, le rendu visuel aurait pu être bien pire. « Nous avons pu agir sur le design de la cheminée, qui a été travaillé pour son aspect visuel, mais il a évidemment fallu tenir compte de différentes contraintes  techniques, au poids et au coût global du projet. Le résultat est le fruit d’un compromis », note Frédéric Pouget.

 

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© BRITTANY FERRIES

Le Normandie dans sa configuration d'origine (© : BRITTANY FERRIES)

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© BRITTANY FERRIES

Le Normandie avec sa cheminée d'origine (© : BRITTANY FERRIES)

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© BRITTANY FERRIES

Le Normandie après travaux (© : BRITTANY FERRIES)

 

100 tonnes de plus et une consommation légèrement accrue

Au final, le ferry a été alourdi d’une centaine de tonnes, sans pour autant perdre en vitesse. « Nous avons la chance d’avoir des navires dont la puissance installée est importante. Cela résulte notamment des besoins en alimentation électrique des propulseurs, qui assurent une véritable autonomie en termes de capacité de manœuvre, même quand les conditions météo sont difficiles. Nous pouvons donc installer des scrubbers sans avoir à augmenter le niveau de production des usines électriques ». Car, au-delà des aspects liés à la vitesse, les systèmes de lavage de fumée consomment de l’énergie, soit quelques centaines de kW alors que la puissance installée sur un navire comme le Normandie est de l'ordre de 25 MW. Il en résulte une hausse de quelques pourcents sur la consommation et donc un surcoût opérationnel pour la compagnie.

 

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© BRITTANY FERRIES

Le Normandie (© : BRITTANY FERRIES)

 

« Un beau défi technique »

Au final, le directeur du Pôle Armement de Brittany Ferries se dit très satisfait : « Le Normandie est sorti de chantier il y a trois semaines et les scrubbers fonctionnent parfaitement, la teneur en oxydes de soufre des rejets étant inférieure à 0.1%, conformément à la règlementation. Nous sommes très satisfaits de cette opération, qui représente un beau défi technique. Il a été mené à bien sans que nous perdions le moindre espace fret ou passager, ce qui était notre challenge ».

 

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© GARY DELVAL

Le Cap Finistère (© : GARY DELVAL)

 

Cinq autres navires à transformer

Reste maintenant à mener la même transformation sur les autres navires de la flotte. C’est en cours sur le Cap Finistère, entré en cale sèche le 13 janvier à Santander et qui sera remis en service après transformation chez Astander le 24 mars. Il sera suivi par le Barfleur, pour lequel le chantier est prévu du 8 mars au 15 mai. L'Armorique, le Mont St Michel et le Pont Aven ne recevront leurs scrubbers qu’après la haute saison. Ils passeront en arrêt technique à partir du mois de septembre, le programme devant être achevé au cours du premier trimestre 2016. L’ensemble des travaux sur les six ferries représente un coût de 90 millions d’euros.

 

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© GARY DELVAL

Le Barfleur (© : GARY DELVAL)

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© GARY DELVAL

L'Armorique (© : GARY DELVAL)

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© GARY DELVAL

Le Mont St Michel (© : GARY DELVAL)

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© MICHEL FLOCH

Le Pont Aven (© : MICHEL FLOCH)

 

Le Bretagne passe au gasoil

Seul le Bretagne, considéré comme trop ancien (1989) pour justifier un investissement aussi coûteux, ne bénéficiera pas de cette évolution. Faute de mieux, le navire a été d’ores et déjà adapté pour fonctionner au gasoil. Un carburant qui par nature limite les rejets de SOx mais qui coûte beaucoup plus cher que le fuel lourd.

 

Le Bretagne (© : KARL GOLHEN)

 

Pas de réduction des NOx et du CO2 contrairement au GNL

Pour mémoire, il n’est pas inutile de rappeler que les scrubbers limitent uniquement les émissions de SOx. Ils sont sans effet sur les rejets d’oxydes d’azote (NOx), qui seront soumis à limitation à partir de 2016 mais, cette fois, seulement sur les navires neufs. Les scrubbers ne limitent pas non plus les émissions de CO2. Ils les augmentent même très légèrement, du fait de l’énergie nécessaire à leur fonctionnement.  Au final, comme on l'a volontiers rappelé chez Brittany Ferries ces derniers mois, cette solution est bien moins intéressante d’un point de vue environnemental que le recours à une propulsion au gaz naturel liquéfié, qui n’engendre pas de SOx ni de NOx, tout en réduisant de 20% les émissions de CO2. Le GNL, c’est la voie dans laquelle la compagnie française s’était engagée mais elle a été obligée de suspendre son projet, faute d’avoir obtenu de l’Europe une dérogation de deux ans pour le mettre en œuvre. 

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