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Dans sa dernière analyse du marché, l’armement Mærsk estime que les difficultés subies par les chaînes logistiques conteneurisées vont durer au moins jusqu’au Nouvel an chinois, en février 2022. Le groupe danois propose des mesures pour améliorer la situation. Un article d'Hervé Deiss de Ports et Corridors

Le décompte du nombre de navires en attente devant Los Angeles pourrait faire croire au dernier jeu sur Internet. Il n’en est rien. Il s’agit de la triste réalité. Le 28 septembre, Lars Jensen, expert maritime, dénombre 67 navires devant Los Angeles/Long Beach, contre 71 une semaine plus tôt, et 24 navires devant Savannah, contre 29 la semaine précédente. Les premiers signes d’un retour à la normale pour les chaînes logistiques conteneurisées ?

Un trimestre encore plus difficile

La réponse est assurément négative. Dans sa dernière analyse du marché datée du 27 septembre, Mærsk, premier armement mondial, estime que le dernier trimestre de cette année sera encore difficile. « La semaine en Or en Chine, les fêtes de Noël et le Nouvel an chinois vont renforcer la demande dans la conteneurisation sur le dernier trimestre 2021 », écrit le groupe danois.

Congestion portuaire et schedules déréglés

La situation compliquée va encore durer sur les prochains mois. La congestion portuaire en Amérique du Nord et en Europe et les retards dans les horaires des services des compagnies maritimes vont aggraver la situation. Selon Sea Intelligence, seuls 33% des services respectent les schedules. Et pour l’observateur britannique, le temps de retard moyen des navires sur les horaires est estimé à environ 7,57 jours.

Le retour à la métronomisation

Pour tenter de revenir dans une véritable « métronomisation », comme l’appelle de ses vœux Jérôme de Ricqlès depuis plusieurs mois, les annulations d’escales seront encore au menu de ces prochains mois. Pour faire front à cette crise, qui semble vouloir s’installer dans le temps, les donneurs d’ordre se tournent vers le ferroviaire et le système des Routes de la Soie mais aussi le fret aérien. Autre élément qui va entrer en ligne de compte dès le début du mois d’octobre : la réouverture des usines du Vietnam, fermées depuis plusieurs semaines en raison de la pandémie.

Reconstituer les stocks

Dans ces conditions de marché, Mærsk indique que les stocks en Europe et aux États-Unis sont tombés à des niveaux bas entraînant des ruptures sur certains produits. « Cela signifie que même si la demande devait se réduire dans les prochaines semaines, il faudrait du temps pour reconstituer les stocks dans ces deux continents », continue l’armement danois. Ainsi, l’armateur prévoit que sur l’ensemble de l’année la croissance de la demande devrait atteindre entre 6% et 8%.

La mise en cause de la capacité portuaire

Pour l’armement, « le véritable facteur de cette crise vient de la congestion portuaire ». Les temps d’attente des navires ne cessent d’augmenter, notamment devant les ports de la côte ouest américaine. Avec des pointes à plus de 100 navires devant Los Angeles/Long Beach, c’est la capacité portuaire qui est mise en cause. De plus, continue Mærsk, les capacités de stockage dans les ports ont été réduites en raison de la congestion tant du côté portuaire que du côté terrestre. Enfin, le retour des conteneurs vides vers l’Asie s’apparente à un défi quotidien pour les opérateurs logistiques et, ce malgré les actions menées par les armements pour assurer un flux plus rapide.

La rationalisation des services

Parmi les mesures prises par l’armement, Mærsk rappelle qu’il a « rationalisé » les horaires de ses services pour repositionner les conteneurs vides. De plus, sur les derniers mois, l’armateur danois a aussi triplé le nombre de conteneurs secs disponibles pour les clients. Des actions que les autres grands armateurs ont prises, à l’image de Hapag Lloyd et de MSC. Le premier a commandé plus de 3000 conteneurs en septembre pour répondre à la demande. « Cependant, continue l’armement, l’entrée en flotte de ces nouveaux conteneurs ne suffit pas pour répondre à la demande. Il est important que les équipements puissent retourner rapidement chez les chargeurs qui en ont besoin ».

Vietnam: jeter de l’huile sur le feu

Outre les difficultés générales que subissent les chaînes logistiques conteneurisées, la réouverture du Vietnam pourrait jeter de l’huile sur le feu. Depuis le début du mois de septembre, le pays connaît un confinement en raison d’une nouvelle vague de la pandémie. Les autorités vietnamiennes ont décidé de lever les restrictions au début du mois d’octobre. Les ports, qui tournaient jusque-là en sous régime, vont reprendre leur rythme normal de production. Un retournement de situation qui va aggraver l’état actuel des rotations d’équipements entre la Chine et le Vietnam. Et la pénurie de chauffeurs routiers dans le pays pourrait rendre la situation plus difficile. Ils doivent présenter des test PCR négatifs de moins de 3 jours.

La demande restera forte

Du côté maritime, les prévisions pour les prochaines semaines restent sur une tendance élevée. Au départ d’Asie vers l’Europe et l’Amérique du Nord, la demande va rester forte en raison des fêtes de fin d’année et du futur Nouvel an chinois. « Nous nous attendons à voir survenir un pré-Nouvel an chinois dès le mois de décembre », indique l’armateur. Pour y faire face, l’armement a décidé de réduire le nombre d’escales dans certains ports sur les services Asie-Europe, sans préciser lesquels seront touchés.

Des ports avec plus de trois jours d’attente

Dans son relevé portuaire mensuel, Mærsk place les ports de Charleston et de Lomé avec moins d’un jour d’attente. Ceux de Miami, Houston, Cotonou, Tema, Le Cap, Port Elizabeth et Balbo varient entre un et trois jours. Anvers, Rotterdam, Long Beach, Los Angeles, Seattle, Vancouver, Prince Rupert, Savannah, Apapa, Onne, Durban, Dar es Salaam et Port Soudan sont rangés dans les ports dont l’attente dépasse les trois jours. En Asie, Busan, Ningbo, Shanghai et Yantian viennent grossir cette liste des ports avec plus de trois jours d’attente.

Le manque chronique de chauffeurs en Grande-Bretagne

Enfin, parce qu’un malheur n’arrive jamais seul, en Europe, les ports britanniques subissent une crise de recrutement des chauffeurs routiers. Le manque chronique se répercute directement sur la productivité des ports anglais qui ne peuvent évacuer efficacement les conteneurs. À Rotterdam, les prémices d’un manque de routiers commencent à se faire sentir. Le port néerlandais a, cependant, l’avantage de pouvoir proposer des évacuations par voie fluviale et ferroviaire. L’armement danois a le mauvais goût de ne pas parler de Haropa comme port non congestionné.

© Un article de la rédaction de Ports et Corridors. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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