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Il partage son temps entre le siège de sa société à Plouzané (29) et les rendez-vous professionnels dans les locaux flambant neufs du village high-tech des Capucins, à Brest, mais en vérité son regard aiguisé balaie sans relâche les eaux internationales. En lançant Eodyn, fin 2015, Yann Guichoux a frappé un grand coup de tonnerre dans le monde silencieux de la mer. Sa spécialité ? Mesurer avec une précision inégalée les courants de surface, qui rythment quotidiennement le trafic des océans du globe.

« Grâce aux capteurs AIS (boîtes noires présentes sur les bateaux, NDLR), nous collectons nos propres données météorologiques et, ensuite, notre logiciel peut fournir 100 000 points de mesure des courants marins en temps réel, une solution moins coûteuse et plus performante que les six satellites actuellement en orbite autour de la terre pour effectuer la même mesure ». Une authentique révolution.

La fameuse Breizh Touch

À 46 ans, ce Brestois pur souche tire profit de ses expériences professionnelles passées, en tant qu’océanographe puis administrateur de sécurité maritime. Avec un légitime sentiment de fierté lié à cet environnement local qui le stimule. « Recevoir une Victoire de la Bretagne, je ne m’y attendais pas forcément mais j’avoue que cela a fait sens pour moi et mes proches, explique Yann Guichoux. On dispose, ici à Brest, d’un écosystème particulièrement propice à l’innovation et une culture marine à laquelle les décideurs politiques et économiques sont très sensibles ». Cette fameuse Breizh Touch, sur laquelle il surfe volontiers, le porte désormais bien au-delà des frontières régionales.

Après une première levée de fonds concluante en avril 2017 (une autre est prévue en septembre de cette année), Eodyn a pu recruter de nouvelles forces vives et compte aujourd’hui quatre salariés et deux sous-traitants. Mieux, la petite société nord-finistérienne a récemment ouvert un bureau à Seattle (États-Unis). « Mon associé, Stéphane Bennour, y noue des contacts de haut niveau pour lancer des projets ambitieux, en Europe et aux États-Unis ». Ses interlocuteurs ont pour nom la Nasa ou encore l’Agence spatiale européenne, excusez du peu.

Enjeux environnementaux

Reste à trouver des complémentarités entre ces différents acteurs aux intérêts convergents mais aux méthodes bien distinctes. « On a aussi des projets plus avancés avec le groupe CMA-CGM et la Britanny Ferries, notamment sur l’optimisation du carburant dans le transport maritime », ajoute Yann Guichoux, pour qui les enjeux environnementaux font également partie de l’équation. À terme, les compagnies de transport, les pêcheurs et même les plaisanciers y trouveront leur compte, pour cohabiter sur l’eau tout en préservant la planète.

Autre développement envisagé dans les années qui viennent : les courses nautiques. Afin d’aller toujours plus vite, les données collectées par l’algorithme d’Eodyn pourraient s’avérer d’une aide précieuse pour les skippers. « J’ai eu quelques échanges avec Jean Le Cam à ce sujet, mais rien de concret pour le moment », temporise l’entrepreneur brestois. Et surtout, l’analyse scientifique des courants devrait bientôt s’étendre à celle des vents et de la houle. Une nouvelle révolution en perspective ? Tout semble possible quand on ne connaît pas ses limites…

Un article de la rédaction du Télégramme

 

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