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En 1985, l’armement danois Mercandian prenait livraison de l’un des cinq rouliers de 15375 tonneaux de jauge brute commandés au chantier Danyard de Frederikshavn. Baptisé Mercandian Continent, ce roulier doté de superstructures placées tout à l’avant offrait un garage à trois niveaux de 2500 ml (ou 558 evp) dont l’accès se faisait par une porte-rampe arrière. Mercandian l’exploitait dès sa mise en service sur une route vers l’Afrique du Nord jusqu’au début de l’année 1996 et le met en vente. Long de 161 mètres et large de 22, il devient le RoRo Sentosa et fait d’ailleurs quelques escales sous ce nom au Havre et à Marseille. Puis, en août 2000, le RoRo Sentosa accoste pour la dernière fois dans sa configuration de roulier le long d’un quai du chantier Victor Lenac de Rijeka (Croatie). Il doit être transformé en câblier. Virtuellement il prend le nom de Kraka le 13 septembre suivant et les travaux de conversion commencent peu de temps après par le sectionnement de sa poupe sur une quinzaine de mètres qui entraîne la suppression de sa porte-rampe. Ensuite, le navire est entièrement coupé dans toute sa longueur avant que ne soit ajouté un nouveau bloc d’emménagements beaucoup plus grand et plus haut. Dans ce même temps, il reçoit une nouvelle poupe correspondant à ses futures missions de poseur de câbles. Mais avant même que les travaux de gros œuvre soient totalement terminés et la coque peinte, tout est stoppé. Le navire reste alors à l’abandon le long d’un quai de Rijeka pendant plus de six ans et tandis que tout le monde pense que cette coque rouillée est vouée à la démolition, le Kraka – nom qui n’aura jamais été apposé dessus – est visité puis acheté par l’armement danois Lauritzen pour une modeste somme. La coque quitte le port croate derrière un remorqueur qui le remonte à Hambourg, port qu’il atteint en septembre 2007. Très rapidement, il est mis au sec sur l’un des docks flottants du chantier Blohm + Voss et les travaux reprennent pour de nouvelles transformations. Et c’est au début du second semestre 2009 que le navire retrouve son élément naturel sous le nom de Dan Swift. Il est méconnaissable car c’est désormais un ASV – Accomodation and Support Vessel – autrement dit un hôtel flottant navigant de dix étages mis à disposition des personnels travaillant sur des chantiers offshore, qu’ils soient dans l’éolien ou le pétrolier/gazier. Ses emménagements sont conçus pour loger 256 techniciens dans des cabines de grand confort. Aussi, ces derniers peuvent également compter sur des installations de loisirs, une salle de vidéo conférence, un auditorium de 60 places, des bureaux, des ateliers, un mini hôpital ainsi qu’un vaste et chaleureux restaurant tenu par un excellent Chef Cuisinier entouré de son équipe. L’équipage quant à lui, compte 35 membres au total, dont un médecin.

Mais Lauritzen qui pourra se targuer d’avoir réalisé la première conversion de ce type avec le Dan Swift a équipé son superbe outil de travail de deux passerelles télescopiques en aluminium orientables sur 180° capable de déposer le personnel en totale sécurité sur une plate-forme fixe ou mobile à 38,50 mètres du bord. Ces dernières sont placées sur l’avant de la timonerie de façon à avoir une vue imprenable sur les opérations de transfert. Sur l’arrière, à  côté d’un pont de travail de 575 m2, on trouve une grue à flèche articulée et à compensation active d’une force de levage de 100 tonnes qui permet également d’effectuer des travaux divers en haute mer ou des opérations de manutention.

Avec sa longueur hors-tout de 149,66 mètres et sa largeur de 22,31 le Dan Swift possède un tirant d’eau maximal de 7,80 mètres pour une jauge brute de 16562 tonneaux. Du côté de la propulsion et de son système de positionnement dynamique DP2, l’impressionnant navire a été délesté  de ses deux moteurs Atlas-MaK de 4897 Kw avant de recevoir quatre diesel-alternateurs capables de fournir la distribution électrique du bord et alimenter son système de propulsion. Pour cela, il possède trois propulseurs d’étrave en tunnel de 1200 Kw chacun ainsi que deux propulseurs azimutaux de 1500 Kw. A l’arrière, il est équipé de trois autres propulseurs azimutaux – 2 de 1200 Kw et un de 2000 Kw. Cette puissance cumulée de 11000 Kw lui permet de naviguer à 11,5 nœuds et se maintenir dans une position fixe à quelques centimètres près dans une mer formée avec des creux de 3,5 mètres. Et pour assurer le confort maximal des 291 personnes présentes à bord, le Dan Swift a été doté d’un système de stabilisation anti-roulis. Equipé par des appareils de navigation et de télécommunications très sophistiqués, le navire-hôtel a reçu un hélideck prévu pour accueillir des appareils d’un poids maximal de 12800 kilos.

Après avoir travaillé au large du Brésil pour Pétrobras pendant plusieurs années consécutives, le Dan Swift est revenu en Europe et se trouve actuellement en attente d’un nouveau contrat à Malte.

Que sont devenus les quatre sister-ships du Dan Swift ? Seuls trois naviguent toujours en avril 2021. Le Mercandian Sea II est devenu en 1992 le Seaboard Caribe, puis ensuite les Crowley Express, Express, Maestro Sea et Lyktos depuis juillet 2018. Sous le pavillon des iles Marshall, il navigue actuellement entre Porto Rico et Saint Domingue. Le Mercandian Sun II a suivi le même chemin puisqu’il est devenu le Seaboard Sun en 1993 puis Crowley Sun sept ans plus tard. En 2008, il est devenu le Maestro Sun et navigue sur l’Afrique du Nord. Comme les précédents, le Mercandian Universe est devenu Seaboard Universe en 1992 puis Crowley Universe en 2000. En 2008, il devient le Maestro Universe et navigue actuellement entre la Méditerranée et l’Afrique de l’Ouest. Le quatrième nommé Mercandian Gigant a changé plusieurs fois de nom au cours de sa carrière. Affrété comme Cumana entre 1985 et 1989, il est aussi passé par l’armement Seaboard en tant que Seaboard Gigant en 1992. Renommé ensuite successivement Rocon 1, Superroro 200, Caribe Merchant, Amirouche pour la CNAN Algérienne de 2009 à 2015, il est parti naviguer aux Philippines sous le vocable de Super Shuttle RoRo 12. Mais la dernière position du navire connue date de 2018 lorsque le navire était à Batangas, ce qui laisse présager une démolition.

Texte: Marc OTTINI

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© PASCAL BREDEL

Le Maestro Sea sous les couleurs de l’armement néerlandais VanUden remonte l’Escaut en direction d’Anvers. (Photo Pascal Bredel)

 

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© MARC OTTINI

Le Maestro Sun est en entretien à Drapetsona (Grèce) avant de repartir naviguer entre la Méditerranée et l’Afrique du Nord. (Photo Marc Ottini)

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© MARC OTTINI

Le Dan Swift dans sa version finale photographié récemment à La Vallette. Notons que lorsque l’on regarde bien la coque, il est possible d’apercevoir quelques lignes de sa version Ro-Ro. (Photo Marc Ottini)

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© MARC OTTINI

Identique à celle placée à bâbord, la passerelle télescopique de tribord a une zone de travail de 180° et se déplie en coulissant jusqu’à 38,50 mètres. (Photo Marc Ottini)

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© MARC OTTINI

Outre la grue de 100 tonnes que l’on voit en premier, on en aperçoit une plus petite sur bâbord. Notons que l’arrière du Dan Swift a conservé la nouvelle poupe qu’il a reçue au chantier croate. Comme l’on remarque, celle-ci était destinée à la pose de câbles. (Photo Marc Ottini)      

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