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A la préfecture maritime de l'Atlantique, on se disait hier très inquiet quant au convoi de barges malmené par la tempête dans le golfe de Gascogne, la partie avant du Vestland ayant coulé dans la soirée au large de la Bretagne. Lundi, le Vestland s'est brisé en deux à environ 80 nautiques au sud de la pointe de Penmarc'h. Malgré une tentative de sauvetage de l'Abeille Bourbon, la partie arrière a sombré avant hier par 2000 mètres de fond. La partie avait, quant à elle, avait été prise en charge par le remorqueur panaméen Courbet (un ancien Brestois appartenant désormais à une société turque), chargé officiellement de convoyer le Vestland et une autre barge, l'Atlantic Trader, de Rotterdam à Lagos, au Nigéria. Malgré la tentative du Courbet, dans des conditions difficiles, de remorquer la partie avant du Vestland, celle-ci a donc fini par couler hier, vers 19 heures, à 50 nautiques de Penmarc'h. "Elle git par des fonds de 140 mètres. Aucune pollution n'est constatée, la partie avant de péniche ne comportant aucun produit polluant et celle-ci étant vide de toute cargaison", explique la préfecture maritime de l'Atlantique. Quant à l'Atlantic Trader, resté seul depuis la veille, il semblait poursuivre sa route, par ses propres moyens, vers l'Espagne. Car, si les deux bateaux convoyés ont été présentés par leur propriétaire et le convoyeur comme des barges, il s'agit en fait de péniches fluviales motorisées. Les Vestland et Atlantic Trader, longues respectivement de 90 et 109 mètres (pour 10 et 12 mètres de large), n'ont évidemment pas été conçues pour affronter une tempête en haute mer. Et les opérations de sauvetage lancées par les autorités françaises lundi ont mis en lumières des éléments troublants quant au convoi. L'avion de la Douane, envoyé surveiller la zone, a constaté que le Vestland n'était pas une simple barge remorquée, mais bien une péniche en pleine mer avec une passerelle occupée. En fait, au moment où elle s'est cassée en deux, trois hommes d'équipage étaient présents à bord. Ces marins ont été récupérés par le Courbet. La partie arrière du Vestland (© : DOUANE FRANCAISE) La partie avant du Vestland (© : DOUANE FRANCAISE) Soupçons quant à la seconde partie du convoyage L'Atlantic Trader a, quant à lui, repris son chemin seul, avec apparemment trois autres marins à son bord. En plus des conditions météo difficiles régnant sur zone, le problème est que personne n'a la moindre idée de l'endroit où se trouve désormais cette péniche, qui est dépourvue d'AIS (système d'identification automatique équipant les navires marchands). L'Atlantic Trader est devenu un véritable objet flottant non identifié, un « OFNI », comme on dit chez les marins. Les autorités françaises ne peuvent, de plus, lancer une enquête sur cette affaire, l'accident étant intervenu en dehors des eaux territoriales. Reclassées barges, les deux ex-péniches néerlandaises, conçues pour le transport d'hydrocarbures, n'auraient pas, non plus, d'immatriculation et de pavillon, ce qui rend encore plus difficile toute demande d'explication. Car, si le Vestland et l'Atlantic Trader ont apparemment bien été remorquées, depuis Rotterdam, en Manche et jusqu'à la sortie du Dispositif de Séparation du Trafic (DST) de la pointe Bretagne, des doutes se font jour quant à la possibilité d'un arrêt du convoyage dans le golfe de Gascogne. A l'abri des regards, les pseudo-barges devaient-elles, ensuite, gagner le Nigéria par leurs propres moyens ? L'observation des bateaux non remorqués, la présence de marins à leur bord ainsi que le fait que les soutes du Vestland contenait 7 m3 de gasoil de propulsion alimentent les soupçons. Mais l'impossibilité de lancer une procédure juridique empêche les autorités françaises d'avoir le fin mot de l'histoire. Seule l'Espagne, si l'Atlantic Trader pénètre dans ses eaux territoriales, pourra demander des comptes au propriétaire des péniches. Mais, pour cela, encore faut-il que la péniche se rapproche suffisamment des côtes et, bien entendu, qu'elle parvienne jusque là, ce qui, compte tenu de l'état de la mer ces jours-ci, n'a rien d'évident...

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