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En route pour un chantier de démolition à Klaipeda, en Lituanie, l’ancien Charlesville belge a sombré dans la soirée du 30 mai au large des côtes polonaises de la mer Baltique. Le navire avait quitté le port allemand de Rostock deux jours plus tôt, en remorque de l’Ajaks, un vieux remorqueur polonais de 335 tonnes âgé de 39 ans. On ne connait pas avec précision les circonstances de la perte du navire, qui suscite des interrogations. « C’est sans doute pour prendre de court toutes les protestations que l’ex-Charlesville a quitté précipitamment le port de Rostock. La préparation au remorquage en haute mer aurait été bâclée. Certains hublots et d’autres ouvertures n’auraient pas été hermétiquement fermés », précise l’association Robin des Bois, qui dénonce une nouvelle fois l’exportation de vielles coques contenant des matières dangereuses : « Il y a au fond de la mer Baltique une nouvelle épave avec de l’amiante, des hydrocarbures et des PCB. Après l’affaire du Lyubov Orlova et son remorquage raté depuis le Canada jusqu’à Saint-Domingue, l’affaire de l’ex-Charlesville démontre elle aussi l‘incompétence et la désinvolture de l’Europe en matière de démolition des navires. L’Allemagne, à ce petit jeu, est très habile. Elle a failli exporter dans l’indifférence des déchets dangereux et amiantés. A cause de ses négligences, ils sont aujourd’hui au fond de la Baltique ».

 

 

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© CMB

Le Charlesville dans les années 60 (© CMB)

 

 

Vestige de l’histoire maritime et coloniale

 

 

Dernier d’une série de cinq paquebots mixtes construits pour la Compagnie Maritime Belge entre 1948 et 1951, le Charlesville assurait à l’époque, comme ses sisterships, le transport de fret et de passagers vers le Congo belge. Baptisé du nom d’une ville de cette ancienne colonie belge d’Afrique, le navire avait été lancé le 12 août 1950 à Hoboken, près d’Anvers, et mis en service en mars 1951. Long de 153.4 mètres pour une largeur de 19.8 mètres, il pouvait transporter 250 passagers. Il affichait un port en lourd de plus de 9000 tonnes et disposait de 18 mâts de charge pour débarquer les marchandises transportées. Au sein de la flotte de la CMB, le Charlesville a été exploité vers le Congo au départ d’Anvers, desservant notamment les villes de Matadi et Boma, tout en réalisant aussi des escales à Lobito, en Angola, où le territoire congolais pouvait être atteint par le chemin de fer. Il s’arrêtait également à Tenerife, aux Canaries, où il regarnissait ses soutes.  

Le Charlesville a cessé ses rotations vers le Congo en 1967, soit 7 ans après l’indépendance du pays. Vendu à un armateur allemand et rebaptisé Georg Büchner, il a navigué jusqu’en 1977, notamment vers Cuba. Puis il a été conservé à quai, à Rostock, d’abord comme navire de formation, puis comme auberge de jeunesse et hôtel. Mais compte tenu de son âge, les frais d’entretien sont devenus trop lourd, d’où l’arrêt de son exploitation et la décision de le vendre à la démolition. Cela, malgré l’action de plusieurs associations qui ont tenté de sauver ce vétéran de l’histoire maritime et coloniale belge. D’autant que le navire renfermait apparemment de nombreux objets d’époque et qu’une partie de ses locaux étaient d’origine.

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