Aller au contenu principal

Le cadre est prestigieux. Dans les salons de l’hôtel de la Marine, rue Royale, les pilotes maritimes ont fêté, jeudi 15 mai, leur centième congrès. A leurs côtés, une délégation de dix pilotes allemands, symbole fort d’une amitié en cette année de commémoration de la Grande Guerre.  Mais également des pilotes américains, britanniques et sénégalais, ainsi que le canadien Simon Pelletier,  récemment élu à la présidence de la fédération internationale des pilotes maritimes.  « Si je calcule bien, avec 100.000 mouvements par an, les pilotes français en ont effectué 10 millions, depuis leur premier congrès », souligne ce dernier avec humour.

 

 

Le nombre d’opérations baisse, le volume augmente

 

 

99.733 opérations ont effectivement été effectuées par les 336 pilotes français l’année dernière. Un chiffre en baisse, au regard, par exemple des 106.292 mouvements de 2010. « Mais il est important de mettre en relation ces chiffres avec ceux du volume transporté », rappelle Frédéric Moncany, président de la Fédération française des pilotes maritimes. Là où le volume moyen en 2010 est de 37.041 tonnes de port en lourd, celui de 2013 s’élève à 41.211 tpl. En tout, les 31 stations françaises ont piloté 4.1 milliards de m3. « Il y a moins de bateaux mais ceux-ci sont plus gros ». Ce qui a pour effet de maintenir un chiffre d’affaires stable depuis plusieurs années, aux alentours de 123 millions d’euros. L’effectif est en baisse, « nous nous sommes adaptés à la baisse du trafic, à l’accroissement des navires et à la crise en ne renouvelant pas systématiquement les départs en retraite ou en n’ouvrant pas de poste. Mais il n’y a eu aucun licenciement ». Les stations de pilotages français emploient, en plus des pilotes, 260 marins, 12 personnels aériens (Dunkerque, Le Havre, Bordeaux) et 108 sédentaires.

 

 

L’adaptation aux grands navires

 

 

L’augmentation de la taille des navires, qui s’est accélérée ces dernières années, a fait évoluer le pilotage. « Jusqu’à 300 mètres, la manœuvre des navires est relativement similaire. C’est au-delà de 340 mètres que l’on voit un très gros changement dans  le comportement des bateaux ». Un changement de paramètres qu’il a fallu accompagner. « Nous avons des outils, notamment de simulation, qui nous permettent de nous entraîner et d’anticiper l’arrivée de ces gros navires. Il y a du tutorat interne, puisque, sur les grandes unités, il y a toujours deux pilotes, de manière à doubler la vigilance mais également à former les plus jeunes ».  

A cela s’ajoute des outils développés spécifiquement pour le pilotage comme le Pilot Portable Unit,  un instrument de localisation transportable dans une valise, qui donne une position très fine du navire. « En général, sur les deux pilotes qui embarquent sur les grosses unités, l’un d’entre eux supervise la manœuvre et l’autre surveille les outils d’aide à la navigation. Ces derniers sont des auxiliaires précieux : ils viennent combler ce que, désormais, l’œil humain ne peut plus voir à bord de très gros navires, comme les angles morts. Mais ce ne sont que des aides. L’expérience et les réflexes du pilote sont indispensables ».

 

 

Des missions de service public

 

 

Une expérience et un sens marin que les pilotes sont parfois amenés à utiliser dans le cadre de leur mission de service public. D’abord en participant aux équipes d’évaluation et d’intervention, comme ce fut le cas il y a quelque mois à bord du porte-conteneurs en difficulté Maersk Salina, au large de Cherbourg. Mais également dans le cadre de leur devoir de signalement récemment précisé par la Direction des Affaires Maritimes, en application de la directive européenne 2009/16 du paquet Erika 3. Les pilotes ont à ce titre pour obligation de signaler aux autorités maritimes tout défaut manifeste qu’ils constatent ou toute situation potentiellement dangereuse pour la navigation. « Nous saluons le fait que ce nouveau texte mette en place le retour d’information sur nos signalements par les centres de sécurité des navires ».

 

 

Maintenir le niveau de recrutement à l'ENSM

 

 

Dernier sujet majeur ayant occupé les pilotes lors de leur congrès : l’Ecole Nationale Supérieure Maritime. « Nous sommes tous anciens élèves de l’Hydro et recruteurs d’officiers. Nous sommes évidemment particulièrement attentifs aux réformes de l’enseignement en cours ». François Marendet, directeur de l’ENSM, a été d’ailleurs questionné lors du congrès. « L’enseignement maritime doit évoluer et cela nous le comprenons très bien. Il faut que nous, professionnels, accompagnons cette évolution tout en veillant à ce que l’enseignement garde son excellence. En ce qui nous concerne, nous avons besoin d’une école qui garde un certain niveau de recrutement. Dans une dizaine d’années, c’est environ un tiers des pilotes qu'il faudra renouveler et il nous aurons besoin d'officiers bien formés ».

Aller plus loin

Rubriques
Marine marchande
Dossiers
Pilotage et pilotes maritimes