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Cesser d’exploiter ses navires vers Douvres d’ici six mois et ce pour une période de deux ans.  C’est la décision prise hier, à l’encontre de MyFerryLink, par l’autorité britannique de la concurrence, la Competition Commission, qui a par ailleurs interdit à la compagnie française d’utiliser dans le détroit deux de ses trois navires, les ferries Rodin et Berlioz, pour une durée de 10 ans.  Un véritable coup de massue pour l’armement, dont la fin est assurée si cette décision est mise en œuvre. Dans ces conditions, les ferries de la compagnie tricolore, qui emploie 533 personnes en France et 71 au Royaume-Uni, se verraient, en effet, interdire l’accès au port de Douvres.

 

 

L’alliance entre la Scop et Eurotunnel  

 

 

Avant d’en venir aux motivations de la Competition Commission, il n’est pas inutile de rappeler le contexte de l’affaire. MyFerryLink a été lancée par des anciens salariés de SeaFrance suite au naufrage de cette ex-filiale de la SNCF. Créée sous forme de société coopérative (Scop), la nouvelle compagnie calaisienne n’avait pas les moyens d’acquérir de navires. Un accord a donc été conclu avec le groupe Eurotunnel, que le tribunal de commerce de Paris, chargé de la liquidation de SeaFrance, a choisi en juin 2012 comme repreneur des Rodin, Berlioz et Nord Pas-de-Calais (Eurotunnel était le seul candidat proposant de reprendre les trois navires, les autres dossiers - LD Lines, DFDS, Stena - ne portant que sur deux bateaux). Pour un montant total de 65 millions d’euros, la société exploitante du tunnel sous la Manche a donc acquis l’ex-flotte de SeaFrance, mais aussi  ses outils, comme le fichier clients et le système de réservation. L’ensemble a été loué à la MyFerry Link, qui en assure l’exploitation, la nouvelle compagnie ayant débuté ses rotations entre Calais et Douvres en août 2012.

 

 

La Competition Commission parle d’une réduction de concurrence

 

 

C’est cette alliance entre MyFerryLink et Eurotunnel qui est dans le collimateur de la Competition Commission. Celle-ci avait déjà, dans un rapport préliminaire publié en février dernier, fait part de ses craintes quant à une surcapacité sur le détroit, mais également une position renforcée d’Eurotunnel pouvant amener une hausse des prix. Et dans son avis final, elle estime que MyFerryLink réduit, en définitive, la concurrence maritime faite au tunnel sous la Manche.  Une position contestée par les intéressés, qui rappellent qu’en novembre 2012, l’Autorité française de la concurrence, à l’issue d’une enquête de cinq mois, avait donné son feu vert au rachat des ex-navires de SeaFrance par Eurotunnel.  L’Autorité avait notamment estimé que la concurrence était suffisante sur le détroit, avec la présence d’autres compagnies de ferries (P&O, DFDS), et avait jugé les engagements d’Eurotunnel suffisants sur le marché du fret, avec le renoncement à des offres couplées ferry/tunnel, ainsi que des ventes et contrats réalisés par des équipes commerciales distinctes.

 

 

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© MY FERRY LINK

Le Nord Pas-de-Calais (© MYFERRYLINK)

 

 

Eurotunnel et MyFerryLink vont faire appel

 

 

C’est pour ces raisons qu’Eurotunnel et MyFerryLink ont décidé de faire appel de la décision britannique. Eurotunnel estime qu’elle est « incompréhensible » et « disproportionnée ». Selon le groupe, cette sentence « organise de fait l’activité maritime du Détroit en duopole, au détriment du consommateur ; interdit l’accès à un port, en contradiction totale avec la libre circulation en vigueur en Europe (et) prive les ports de Douvres et de Calais de recettes significatives ». En contradiction avec la position de son homologue française, l’Autorité britannique de la concurrence aurait même, selon Eurotunnel, pris une décision contreproductive puisqu’en supprimant un opérateur sur le détroit du pas-de-Calais, il faudrait s’attendre « inévitablement par une hausse du prix de la traversée ». Même son de cloche chez MyFerryLink, où l’on parle de « conclusion injuste et choquante qui ne repose sur aucun fait concret mais uniquement sur des hypothèses virtuelles et infondées ».

 

 

Soutien du gouvernement français

 

 

Le gouvernement français a bien entendu régi, par la voix du ministre des Transports et de la Mer. Celui-ci regrette « que la méthode d'analyse adoptée par la Competition Commission ait accordé une importance exagérée à l'hypothèse selon laquelle le rachat des trois navires de l'ex-compagnie SeaFrance permettrait à Eurotunnel de réduire la concurrence que les armements de ferries font à son activité (…) Le maintien de trois compagnies maritimes sur le Détroit paraît bien au contraire la garantie d'une concurrence effective ». Et Frédéric Cuvillier d’affirmer que le gouvernement français « fera tout ce qui est en son pouvoir afin de maintenir les conditions d'une concurrence loyale sur le Détroit et défendre l'emploi des 533 employés de la Scop MyFerryLink, qui a réussi à conquérir en seulement 10 mois 9% de parts de marché en fret et 6% de parts de marché en passagers ». Alors que le ministre dit être attentif aux recours engagés par les opérateurs français, il a annoncé qu’il se rapprocherait des autorités britanniques pour examiner les possibilités d'une procédure commune d'arbitrage entre les décisions des deux autorités de la concurrence.

 

 

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