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L’Organisation maritime internationale vient de publier l’intégralité de sa quatrième étude sur les gaz à effet de serre. Un document de 524 pages qui révèle, sans surprise, que les émissions du secteur maritime continuent de grimper et de prendre une part plus importante dans les émissions globales.

Ainsi, les émissions de gaz à effet de serre (incluant le dioxyde de carbone, le méthane et le protoxyde d’azote, réunis en équivalent CO2, ou CO2e) du secteur (incluant le transport domestique et international, ainsi que la pêche) sont passées de 977 millions de tonnes en 2012 à 1076 millions de tonnes en 2018, soit une hausse de 9.3%. La part du secteur dans les émissions anthropiques mondiales est, elle, passée de 2.76% en 2012 à 2.89% en 2018, principalement en raison de l'augmentation du commerce maritime global.

Plus encourageant, pour la première fois l’étude prend en compte l’intensité carbone (indicateur qui rapporte la quantité de CO2e à la production de l’entreprise) et il s’avère qu’elle s’est améliorée dans son ensemble entre 2008 et 2018. Selon la méthode de calcul (AER, coefficient de rendement annuel, et EEOI, indicateur opérationnel du rendement énergétique), l’intensité carbone globale du secteur s’est améliorée de 21 à 29%, par rapport à 2008. Bémol, cependant, ces progrès ont eu lieu surtout entre 2008 et 2012 (pendant la crise économique, période au cours de laquelle les armateurs, notamment au conteneurs, ont sensiblement réduit la vitesse des navires pour économiser sur les frais de soute) et ils ont ralenti pour ne plus gagner que de 1 à 2% en moyenne ces dernières années.

Pour rappel, l’OMI a arrêté une stratégie visant à réduire d’au moins 40% les émissions de gaz à effet de serre (à la tonne par kilomètre) par les navires d’ici 2030, tout en poursuivant l’action menée pour atteindre 70% d’ici à 2050. En volume des émissions, l’OMI s’est donnée pour objectif de les réduire de 50% en 2050, avec comme perspective, à terme, une décarbonation totale du transport maritime. Il s’agissait notamment de commencer à diminuer les émissions avant 2023. Or, dans son étude, l’OMI estime que les émissions du secteur du transport maritime international devraient se situer, selon les scénarios économiques envisagés, entre 90 et 130% des émissions de 2008, d’ici à 2050. Bien loin des objectifs fixés, donc. Ce qui fait dire au Secrétaire général de l'OMI, Kitack Lim, que des mesures de réduction de la vitesse des navires ou de technologies d'économie d'énergie ne suffiront pas et qu'il faudra utiliser des carburants alternatifs à faible teneur en carbone. Il a, par ailleurs, estimé que « l'OMI est la mieux placée pour continuer à développer un cadre réglementaire international solide pour le transport maritime permettant l'adoption dans le monde de carburants alternatifs à faible émission de carbone et à zéro émission de carbone ».

L’attitude de l’administration Biden pourrait-elle peser dans la balance ? Lors du sommet virtuel, la semaine dernière, durant lequel le président américain avait convié 40 dirigeants mondiaux, il a confirmé le retour des Etats-Unis dans l’accord de Paris. Dans une fiche descriptive communiquée à l’occasion de cet événement, la Maison Blanche a consacré un point au transport maritime international. Elle indique que les États-Unis veulent désormais travailler avec les pays de l’OMI pour « un objectif de zéro émission d’ici 2050 et adopter des mesures ambitieuses » afin de remplir cet objectif.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

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