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A l’issue du One Ocean Summit qui s’est déroulé la semaine dernière à Brest, nous avons demandé à Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster Maritime Français, ce qu’il retenait de ce sommet. Un évènement au cours duquel a notamment été annoncée la création d’un Institut français pour la transition écoénergétique des ports et navires, et qui marque aussi un intérêt accru de l’Etat pour les questions maritimes.

MER ET MARINE : Quel bilan tirez-vous du One Ocean Summit ?

FREDERIC MONCANY DE SAINT-AIGNAN : Le premier résultat c’est d’abord que ce sommet a eu lieu et qu’il a permis d’accélérer une dynamique européenne et internationale autour de l’océan. J’ai été personnellement impressionné par le discours très volontariste du président de la République qui a fixé un calendrier très serré pour 2022 avec l’objectif d’obtenir des avancées majeures à la conférence de Lisbonne, sur le traité BBNJ ou encore sur la question de la pollution plastique. Au-delà de la partie française, on a senti une adhésion et une vraie dynamique de la part de tous les chefs d’états et de gouvernements qui ont participé, dont certains sont venus de très loin, ce qui est un signe.

Je retiens aussi qu’il y a eu, en dehors de ce segment politique, deux jours très riches de discussions au sein de la société civile, du monde scientifique, des entreprises… On a par exemple pu voir à Brest les quatre plus grands armateurs mondiaux du transport maritime conteneurisé parler d’une seule voix et s’engager ensemble à verdir leurs flottes et travailler à la décarbonation des navires. Toutes les initiatives, publiques comme privées, viennent s’agglomérer pour tracer la route, aller vers un objectif commun qui est la protection et l’exploitation durable de l’océan.

Des ONG ont également participé à ce sommet, certaines déplorant que les choses n’aillent pas assez vite et loin…

Il y a eu des échanges parfois très vifs entre ONG et acteurs économiques, mais tout le monde a pu s’exprimer et sur la base de toutes les rencontres qui se sont déroulées à Brest et du travail diplomatique qui a été réalisé en amont et va se poursuivre, des engagements et des rendez-vous importants ont été pris au niveau international, européen et français. Tout cela avance évidemment à un rythme qui peut parfois paraitre trop lent mais on connait les difficultés à obtenir des avancées dans les grandes négociations internationales. Le fait d’avoir pu mobiliser aussi largement alors que le contexte, notamment l’ambiance diplomatique actuelle, n’est pas forcément propice aux océans, montre que nous sommes sur le bon chemin et que l’on peut espérer des évolutions positives dans les mois qui viennent.

L’action diplomatique française menée ces derniers mois a donc été payante ?

Oui, il y a vraiment eu une mobilisation très forte du réseau diplomatique français pour que les chefs d’états et de gouvernement se mobilisent et viennent avec des engagements. Ceux-ci ont été plus ou moins concrets mais ce qui est important, c’est que ces décideurs ont montré leur volontarisme pour avancer sur les grandes négociations internationales. Ainsi, pour le BBNJ, qui traine depuis des années aux Nations Unies, on a pu conster une vraie volonté d’accélération. Même les Etats-Unis et la Chine, qui trainaient des pieds, se sont déclarés en faveur de cette accélération. Les choses sont donc en train de bouger et d’avancer.

Il y a également eu pour le Cluster Maritime Français le soutien d’Emmanuel Macron à la création d’un institut pour la transition écoénergétique des navires et des ports, qui fait suite à la coalition T2EM que vous avez lancée en 2019…

Oui, c’est une grande reconnaissance et cet institut sera je le crois un élément important pour aider à renforcer la structuration de la recherche française en matière de navires et de ports 0 émission. La filière des industries de la mer est déjà structurée par le Comité stratégique de filière (CSF) qui a d’ailleurs récemment signé un nouveau contrat de filière. Avec l’institut nous venons en soutien de ses actions par des apports scientifiques, des centres de recherche et un périmètre élargi à d’autres secteurs comme la pêche, les ports, la logistique etc… Il faut maintenant, plus que jamais, que nous travaillons tous ensemble, avec le CSF, le CORIMER, les services de l’Etat et toutes les entreprises et centres de recherche concernés. Avec la coalition T2EM et maintenant cet institut, le Cluster Maritime continue de jouer son rôle de rassembleur de l’ensemble des acteurs de l’économie maritime. Je ne sais pas si ce sera un succès, car il reste encore du travail pour bien ajuster cette initiative, mais on voit bien qu’elle permet de poursuivre la mobilisation de toutes les énergies, dans une indispensable dynamique public-privé avec un calendrier et des projets concrets permettant à la France de développer, construire et faire naviguer différents types de navires décarbonés.

Depuis la création du Cluster Maritime, en 2005, on a souvent entendu ses dirigeants, dont vous-mêmes, déplorer le manque d’intérêt de l’Etat pour le maritime. Alors que le quinquennat d’Emmanuel Macron s’achève, quel regard portez-vous sur son intérêt et son action dans ce domaine ?

Depuis cinq ans, le soutien d’Emmanuel Macron au secteur maritime est bien réel, je le vis de l’intérieur, je peux en témoigner. C’est le premier président de la République qui s’implique autant dans ces questions. Durant son mandat, il a multiplié les rassemblements, les évènements et les occasions de parler du monde maritime et d’agir en sa faveur, le One Ocean Summit en étant le dernier exemple en date. Il est venu deux fois aux Assises de l’Economie de la Mer, ce qui est une première pour un chef de l’Etat, il y a eu de nombreuses rencontres plus restreintes avec les acteurs de l’économie maritime, il a renforcé le rôle et les équipes du secrétariat général de la mer, recréé un ministère de la Mer, créé un poste d’ambassadeur des océans qui a magnifiquement construit le One Ocean Summit... Son intérêt est extrêmement fort pour ces questions et enjeux car il a bien compris, et il l’a dit, que le XXIème siècle sera maritime, que la diplomatie bleue peut maintenir un certain équilibre géostratégique sur la planète et que la France, avec ses Outre-mer notamment, a tous les atouts pour être au premier rang de la croissance bleue.

Propos recueillis par Vincent Groizeleau © Mer et Marine, février 2022

 

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