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Qui des marins de la Compagnie Générale Maritime ou des dockers havrais n’ont pas des souvenirs à raconter sur les Grieg, Sibelius et Borodine ?

Les deux premiers étaient des sister-ships construits en 1972 par le chantier AB Finnboda Vard de Stockholm principalement étudiés pour transporter des véhicules neufs entre Le Havre et des ports baltes. D’un port en lourd de 5618 tonnes, ces rouliers de 138,25 mètres de long par 20 de large ont été exploités par la Compagnie Générale TransBaltique, une filiale de la Compagnie Générale Maritime jusqu’en 1987. Tandis que le Grieg était directement vendu aux démolisseurs, le Sibelius devenait l’Edna sous pavillon chypriote pour Transeuropa Ferries. En mars 1993, il est devenu le Boundary pour l’armement sud-africain Unicorn jusqu’en février 1998 car c’est sous le vocable de Sea Dolphin qu’il a continué à naviguer jusqu’à son beachage à Aliaga le 8 septembre 1999 pour démolition.

Le troisième cité, le Borodine était d’un tonnage inférieur – 5287 tpl – et avait été conçu pour transporter des conteneurs sur remorques « Mafi » principalement ou des remorques routières. Certains osent dire que bon nombre de ces conteneurs renfermaient des produits hautement toxiques, voir radioactifs….

Sorti des Ateliers et Chantiers du Havre en 1971, le Borodine allait effectuer des centaines de rotations entre Le Havre et Riga (Port d’URSS aujourd’hui devenu la capitale de la Lettonie) durant les vingt années effectuées pour la grande compagnie française. Long de 106 mètres et large de 17,53 le Borodine a une propulsion composée par 2 Pielstick PC2V-400 développant au total 4413 Kw (6000 ch) qui lui permet de naviguer à 18 nœuds. D’une capacité de 112 conteneurs, son garage est accessible par une unique double porte-rampe arrière mais aussi à travers deux panneaux de cale à plat-pont de 16 mètres sur 5,20. Le pont extérieur peut être utilisé pour le transport de véhicules légers. Quant à sa conduite, elle est assurée par 15 Officiers et Marins.

 

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© PASCAL BREDEL

En juin 1979, le Borodine en escale au Havre arbore encore les marques de la Compagnie Générale TransBaltique avec Dunkerque pour port d’attache  (PASCAL BREDEL)

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© PASCAL BREDEL

En octobre 1990, le Borodine sous les couleurs de la Compagnie Générale Maritime dans ses cheminées est passé sous le pavillon birman avec Yangon comme port d’attache. (PASCAL BREDEL)

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© PASCAL BREDEL

Les marins du bord sont en train de peindre Pacific Link sur la poupe du navire. On peut également voir que les chantiers s’affairent autour de la grue nouvellement mise en place. Les marques de la CGM ont été effacées (PASCAL BREDEL)

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© PASCAL BREDEL

Immatriculé sous le pavillon de St Vincent & Grenadines, les cheminées du Pacific Link ont pris les couleurs de son nouvel armement. Du bleu, du blanc, du rouge….tiens donc…..étrange ressemblance avec les couleurs de la CGM….. (PASCAL BREDEL)

 

En proie à de grandes difficultés financières en 1988, la grande compagnie nationale transfère le Borodine sous un pavillon très original….et certainement très attractif, celui de la Birmanie * puisque son équipage se voit remplacer par du personnel de ce pays ayant peu de connaissances maritimes ! Qu’importe car la CGM espère gagner du temps pour sa survie. Mais que cela ne tienne puisque le Borodine arrive au Havre à l’automne 1991 pour être désarmé et placé sur la liste des actifs à vendre. C’est chose faite après quelques semaines passées au quai de la Réunion dans le quartier de l’Eure puisque fin décembre, il est acheté par la société Translink Navigation Ltd basée à Vanuatu et contrôlée par M. Ravel le fondateur et ancien propriétaire de la Sofrana. Des transformations, confiées aux chantiers de la cité Océane consistent à installer une grue de 45 tonnes entre les deux panneaux de cale. Rebaptisé Pacific Link, il est repeint aux couleurs de son nouvel armateur et affiche Translink sur ses flancs.

 

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© PASCAL BREDEL

Le Pacific Link est en attente au quai de la Réunion du Havre sous sa livrée de coque noire. (MARC OTTINI)

Le 11 août 1994 après de longs mois passés au Havre avec un équipage minimum abandonné sans salaire et obligé d’avoir recours à des dons pour se nourrir, le Pacific Link franchit les digues du port normand pour la dernière fois car il ne reviendra jamais en France. Il part naviguer aux antipodes puis est revendu à l’Argos Navegacao de Rio de Janeiro en septembre 1995. Il rejoint l’Amérique du Sud pour effectuer du cabotage le long de la côte brésilienne sous le nom de Viva America pendant neuf ans car totalement de blanc repeint, il reprend son nom d’origine et continue sa navigation côtière. D’après les informations connues à ce jour, le Borodine serait désarmé à Guanabara Bay, une baie du littoral brésilien de l'État de Rio de Janeiro qui s’enfonce d'une trentaine de kilomètres dans les terres depuis 2009. Celles données par l’AIS font état d’une position du navire à Porto Velho en août 2019 ! Mais cela ne paraît pas crédible puisque Porto Velho est une ville de 540.000 habitants située sur le Rio Madeira, un affluent de l’Amazone située près de la frontière bolivienne à presque 2000 kilomètres de l’embouchure de l’Amazone.

 

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© PASCAL BREDEL

Le 11 août 1994, après une très longue période passée au quai de la Réunion, le Pacific Link passe les jetées du Havre pour la dernière fois (PASCAL BREDEL)

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© PASCAL BREDEL

Tout de blanc vêtu et après avoir retrouvé son nom d’origine, le Borodine est désarmé dans la baie de Guanabara. (Rogerio Cordeiro)

Depuis cette date, plus aucune donnée de sa position AIS. Comment peut-on interpréter cette information ? Le navire est toujours désarmé dans la baie de Guanabara et son AIS a été transbordé sur un autre navire de rivière ? Le Borodine serait-il vraiment remonté jusqu’à Porto Velho ? Mais à ce jour, aucun site ne mentionne sa démolition.

Un appel est lancé pour obtenir des renseignements.

 (*) Outre le Borodine, les grands porte-conteneurs rouliers Rostand, Rodin, Rousseau, Gauguin et Renoir devenus respectivement un temps les PAD Australia, PAD America, PAD Canada, CGM California et CGM Columbia ont été transférés pendant quelques mois sous pavillon birman.

Texte de Marc Ottini

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