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Le remorqueur d'intervention, d'assistance et de sauvetage Abeille Liberté est intervenu pour récupérer l'ancien pétrolier russe Varzuga, à la dérive en Manche. Lundi 3 mai en soirée, la coque transitait dans le détroit et se trouvait en entrée de voie montante du dispositif de séparation des trafics (DST) des Casquets quand elle a rompu sa remorque avec le Christos XXIV, qui la tractait. Parti de Mourmansk, ce vieux remorqueur de l'armement grec Spanopoulos, datant de 1971 et long de 49.47 mètres, convoyait le vieux pétrolier vers le chantier de démolition d’Aliaga, en Turquie. Il semble que la remorque ait cédé en raison des mauvaises conditions météo sur zone.

 

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© BENJAMIN PAPIN - MARINE NATIONALE

Au Cross Jobourg. (© MARINE NATIONALE- BENJAMIN PAPIN)

 

Le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross) de Jobourg a été alerté par le Christos XXIV à 21h46, alors que les deux navires se trouvaient à environ 40 milles au nord-ouest de Cherbourg, affrontant des conditions de mer difficiles (état de mer 6 sur l’échelle de Douaglas, vents de 40 nœuds avec des rafales à 60 nœuds). Le navire se trouvait alors dans la zone d’intervention britannique mais il n’était pas possible de passer une nouvelle remorque.

 

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© MARC OTTINI

Le Chistos XXIV, à Salamine en Grèce (© MARC OTTINI)

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© LUMIR LUGUE - MARINE NATIONALE

(© MARINE NATIONALE - LUMIR LUGUE)

 

Le lendemain matin, le navire ayant dérivé vers l’Est, il est entré en zone de responsabilité française. En début de matinée, la préfecture maritime, à Cherbourg, a décidé, sur proposition du Cross, de déployer une équipe d’évaluation et d’intervention (EEI) pour analyser la situation à bord du Varzuga et conduire une intervention si besoin. L’EEI était composée de sept personnes : un officier en provenance du centre opérationnel de la Marine - COMNORD (chef EEI et expert énergie / propulsion), quatre officiers mariniers de la base navale de Cherbourg (experts manœuvriers), un officier des affaires maritimes (inspecteur de sécurité des navires) et le second de l'Abeille Liberté (expert remorquage), sans compter un reporter d'images, indique la Préfecture maritime de la Manche et de la mer du nord, à Mer et Marine. L'équipe a embarqué sur le RIAS Abeille Liberté, à l'exception de l'inspecteur de la sécurité des navires récupéré à Caen par l'hélicoptère Caïman Marine basé à Maupertus. Il a ensuite pris le reste de l'équipe à bord de l’Abeille Liberté, pour les transférer sur le Varzuga, à 16h.

Par ailleurs, la préfecture maritime a adressé une mise en demeure aux sociétés dont dépendent le remorqueur Christos XXIV et la coque du Varzuga, de remorquer le navire en difficulté avant 18 heures, pour les mettre face à leurs responsabilités de mettre un terme au danger. Cette mise en demeure, permet, en cas d'inaction ou d'action insuffisante, à l'Etat d'intervenir aux frais et risques de l'armateur. A 18 heures, décision a finalement été prise de remorquer le pétrolier. Alors qu'il se trouvait à 30 milles au nord-ouest de Fécamp, le Varzuga a été pris en remorque à 19h15 par l'Abeille Liberté et mis à l’abri sous le vent à Barfleur pour réparer l'attelage.

 

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© LUMIR LUGUE - MARINE NATIONALE

(© MARINE NATIONALE - LUMIR LUGUE)

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© LUMIR LUGUE - MARINE NATIONALE

(© MARINE NATIONALE - LUMIR LUGUE)

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© LUMIR LUGUE - MARINE NATIONALE

(© MARINE NATIONALE - LUMIR LUGUE)

 

Un navire innovant à son époque

Le Varzuga a eu une histoire étonnante et mouvementée. Long de 164 mètres pour une largeur de 22 et un port en lourd d'environ 16.000 tonnes, ce navire, d’abord baptisé Uikku (grèbe en français, un oiseau), a été livré en 1970 par le chantier Nobiskrug de Rendsburg, en Allemagne. Il faisait partie d’une série de quatre navires pour Neste Oyj (Finlande). Il a été conçu pour naviguer de manière autonome en Baltique. L’étrave, très inclinée, avait donc été pensée pour pouvoir briser la glace et les franc-bords sont également inclinés. Le navire a été modernisé en 1993 lorsqu’il a été repris par un autre Finlandais, Nemarc Shipping Oyj, pour pouvoir naviguer dans l’Arctique. Il a alors été l’un des premiers navires équipé d’un propulseur azimutal électrique Azipod, en 1993. En 1997, le pétrolier a emprunté la route maritime du Nord, devenant le premier navire non soviétique à franchir cette route, semble-t-il. Finalement, il a continué à naviguer dans les glaces en passant sous pavillon russe après avoir été racheté par Murmansk Shipping Company, en même temps que le Lunni, l’un de ses sisterships, et renommé Varzuga, du nom d’une rivière.

 

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© MARC OTTINI

(© MARC OTTINI)

 

A deux reprises, ce vieux navire s’est trouvé pris dans des accidents. En 2010, il est entré en collision avec l’Indiga (ex-Lunni) sur la route maritime du Nord. Par chance, les deux navires chargés de gasoil n'ont causé aucune pollution. Il y a un an, en mars 2020, le Varzuga avait connu une panne d'Azipod à l’est de la péninsule de Yamal (Sibérie), dans des eaux peu profondes n’excédant pas 15 mètres. Incapable de se diriger, deux brise-glaces à propulsion nucléaire s’étaient porté à son secours : les 50 Let Podeby et le Vaigach. Le Vaigach l’avait alors remorqué à travers la mer de Kara, jusqu’aux eaux libres de la mer de Barents pour l’emmener à Mourmansk.

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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