Aller au contenu principal

Sans attendre les subventions en cours de discussion entre la France et l’Espagne, l’armement espagnol confirme le renforcement de sa ligne transgascogne avec l’arrivée d’un second navire le mois prochain. Ainsi, dès le 19 janvier, Suardiaz proposera trois allers-retours par semaine entre Vigo et Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire. Déjà exploité sur ce service, le Suarvigo, navire de 149 mètres de long pour 21 mètres de large, mis en service en 2003 et capable de transporter 110 pièces de fret, sera secondé par un autre roulier de la compagnie espagnole. A priori, il devrait s’agir de l’Audace, unité de 142 mètres de long pour 21 mètres de large, livrée en 1999 et offrant une capacité de 105 remorques.

L’arrivée de ce second navire va donc permettre d’offrir une troisième rotation hebdomadaire à cette ligne historique, ouverte il y a 40 ans. Les départs dans les deux ports se feront le lundi, le mercredi et le samedi, le temps de traversée étant de 36 heures.  

Les bases historiques d'une future autoroute maritime

Le marché visé est, clairement, celui des transporteurs routiers. L’objectif est de capter une partie du trafic qui transite aujourd’hui par camions depuis et vers l’Espagne en empruntant notamment les autoroutes françaises. On retrouve en cela le fameux concept des autoroutes maritimes qui, via le report modal, doit permettre de désengorger les axes routiers et limiter la pollution. Or, comme on l’a vu ces dernières années, ces initiatives se sont, pour la plupart, soldées par des échecs, notamment la ligne transgascogne Montoir-Gijón qui, faute de voir ses subventions (30 millions d’euros sur 4 ans de la part des Etats français et espagnol) renouvelées, s’est arrêtée en septembre dernier après quatre ans d’existence. La ligne Montoir-Vigo a-t-elle plus de chances de réussir ? Sans doute car le contexte n’est pas le même.

Fond de cale assuré par les constructeurs automobiles 

D’abord, il ne s’agit pas d’une création mais du renforcement d’un service existant, lancé en 1974 dans les bassins de Saint-Nazaire et repositionné à Montoir deux ans plus tard. Le fond de commerce de Suardiaz n’est pas aujourd’hui constitué par les transporteurs routiers. L’armement s’est avant tout développé, historiquement, comme support logistique au profit de l’industrie automobile.  Ainsi, le Suarvigo transporte les véhicules neufs produits par les usines espagnoles de PSA (Picasso, Partner et Berlingo) pour le marché français et, dans l’autre sens, achemine les pièces détachées produites en France et assemblées en Espagne. Le navire sert également au transport de véhicules fabriqués par Renault en Turquie et acheminés vers l’Hexagone via Vigo. La compagnie dispose donc d’un solide fond de commerce à partir duquel elle peut se diversifier. C’est d’ailleurs déjà le cas puisqu’elle accueille diverses cargaisons roulantes, y compris des remorques de transporteurs routiers qui utilisent ce service au lieu de faire convoyer les marchandises par un chauffeur entre la France et l’Espagne.

 

96667 suardiaz galicia suarvigo
© GILBERT CAILLER

Un roulier de Suardiaz au terminal roulier de Montoir (© GILBERT CAILLER)

 

Une activité pérenne pour convaincre les transporteurs

 

L’une des spécificités de la ligne est, en effet, qu’elle n’accueille pas de passager, même des conducteurs de poids lourds. Les transporteurs qui utilisent ce service laissent les remorques à Montoir et Vigo, où elles sont embarquées sur le navire et déposées en bout de ligne, un autre chauffeur les prenant alors en charge pour la dernière partie du trajet. Ce système, qui va perdurer avec l’arrivée du second roulier, présente l’avantage d’être clair, à la différence d’un service où les chauffeurs embarquent, ce qui laisse toujours le choix aux transporteurs de pouvoir, pour une raison X ou Y, se reporter facilement sur la route. Pour Suardiaz, la portion maritime fait partie d’une logistique globale sur le long terme. C’est d’ailleurs de ce point de vue que le groupe espagnol dispose d’un argument décisif.  Le fait qu’il opère la ligne depuis 40 ans constitue une assurance pour les transporteurs, qui peuvent ainsi s’engager sur la durée et compter sur une liaison fiable et pérenne.

 

96063 suardiaz suarvigo
© FABIEN MONTREUIL

Le Suarvigo (© FABIEN MONTREUIL)

 

Montée en puissance soutenue par des aides publiques

 

En renforçant sa ligne, et donc en augmentant le cadencement, Suardiaz entend maintenant convaincre un nombre bien plus important de transporteurs et, ainsi, faire de l’acheminement de remorques une véritable diversification et non un simple complément à son fond de cale historique de voitures neuves. Cela, en surfant sur la volonté de l’Europe et des Etats français et espagnols de développer les autoroutes maritimes. Dans cette perspective, la montée en puissance de la ligne Montoir-Vigo devrait bénéficier d’aides publiques françaises et espagnoles, justifiées par le fait que le transport routier est aujourd'hui présenté comme moins coûteux que le bateau. Le principe en a été acté par les deux gouvernements, qui attendent désormais, selon Suardiaz et le Grand Port Maritime de Nantes Saint-Nazaire, le feu vert européen pour ces subventions, dont on ne connait pas encore le montant. Quant à l’Europe, elle sera aussi, peut-être, amenée à soutenir la liaison Montoir-Vigo, candidate depuis juillet 2013 à un financement dans le cadre du programme Marco Polo. 

Aller plus loin

Rubriques
Marine marchande
Dossiers
Port de Nantes Saint-Nazaire