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La nouvelle était attendue de longue date au Maritime College de l’Université de l’État de New York, qui forme notamment les officiers de la marine marchande américaine. Elle s’est concrétisée avec un projet de loi de dépenses gouvernementales signé par le président Donald Trump vendredi dernier. Sur un plan de 1.3 milliard de dollars, 300 millions sont orientés vers la réalisation d’un navire de formation en mer. D’un nouveau type, il disposera par ailleurs d’importantes capacités cargo lui permettant d’être à même d’opérer dans des missions de secours aux populations en cas de crise humanitaire liée par exemple à une catastrophe naturelle. Ce navire est désigné National Security Multi-Mission Vessel (NSMV) et doit remplacer un vieux bateau de formation âgé de 57 ans, l’Empire State VI. Ce dernier est au service du Maritime College à New York.

Le nouveau NSMV sera construit obligatoirement aux USA dans un chantier qui n’a pas encore été révélé. L’entrée en service est escomptée pour 2022. Une deuxième unité identique pourrait être commandée à l’avenir afin de remplacer un autre vétéran, le Kennedy (1967), utilisé par la Massachusetts Maritime Academy située dans la banlieue de Boston.

 

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© SUNY MARITIME COLLEGE

Image de synthèse du futur NSMV ( © SUNY MARITIME COLLEGE)

 

Remplacer un navire devenu désuet

Les États-Unis ont six grandes écoles d’enseignement public maritime réparties dans plusieurs États. Celle de New York, basée dans le Bronx, fait partie de SUNY (State University of New York)), une Université publique de ce même État. Actuellement, pour l’enseignement en mer, l’établissement met en œuvre l’Empire State VI (détenu par l'US Maritime Administration, MARAD). C’est un ancien cargo reconverti en 1989. Il a été construit au chantier Newport News en 1961. Mesurant 172 mètres et déplaçant 17.000 tonnes, il n’est plus du tout adapté à sa mission.

 

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© SUNY MARITIME COLLEGE

L'Empire State VI (qui n'apparait pas sur sa coque), est à bout de souffle. Son rempalcement est souhaité depuis de nombreuses années ( © SUNY MARITIME COLLEGE)

 

Un design conçu dès le départ pour la formation

Son remplaçant est quant à lui directement conçu pour être une plateforme idéale pour la formation en mer. Financé par la MARAD, il doit apporter à la fois le confort des navires modernes et la technologie embarquée que l’on y trouve. Il mesurera 160 mètres pour 27 de large et pourra embarquer jusqu’à 760 personnes, dont 600 cadets en mission de formation. Le côté fonctionnel a été privilégié par les concepteurs, Herbert Engineering Corp. Les élèves pourront avoir cours dans huit grandes salles éclairées et agencées comme dans n’importe quel lycée à terre. On notera aussi la présence de laboratoires, d’ateliers, de simulateurs, et aussi d’une timonerie annexe spécialement dédiée aux entraînements des futurs officiers. De même pour les dortoirs, les chambres ont été dessinées pour apporter le plus de confort et d’intimité possible, à l’inverse de ce qui se faisait dans la marine des années 60.

 

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© HEC - MARAD

Plan du navire où l'on remarque le dédoublement des compartiments machines, de même que le propulseur d'appoint à l'avant ( © HEC - MARAD)

 

On retrouve aussi un choix de propulsion qui n’est pas anodin. Ainsi, la vitesse n’était pas du tout un critère pour le navire, mais plutôt sa capacité à consommer peu. De fait, on retrouve une propulsion diesel électrique avec quatre générateurs totalisant 15.680 kW et deux moteurs électriques (4.500 kW chacun) de propulsion principale actionnant un arbre d’hélice. Sa vitesse de croisière sera limitée à 12 nœuds avec une consommation de 26 tonnes de fuel par jour à cette allure. L’autonomie sera de 11.000 milles.

Détail intéressant, les générateurs principaux seront regroupés dans deux compartiments séparés pour plus de sécurité, mais aussi pour assurer des enseignements pratiques sur l’un des groupes moteurs, sans arrêter ou gêner la marche du second.

 

 

Un navire multifonction apte aux missions humanitaires

Si la formation est la mission première du navire, il reste que celui-ci est aussi tourné vers d’autres utilisations que lui permet son design. Les autorités ont jugé que les bateaux-écoles ne prenaient pas forcément souvent la mer et pouvaient être amenés à prêter main-forte lors de certaines catastrophes naturelles. Les États-Unis sont souvent victimes de phénomènes brutaux ayant lieu près des côtes, comme les ouragans dans le golfe du Mexique. Dans ces cas, la FEMA, l’agence fédérale américaine chargée de gérer les situations d’urgence, a besoin de pouvoir mobiliser des moyens navals.

 

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© HEC - MARAD

La plage arrière permet d'opérer un hélicotpère. On distingue très nettement la grue qui rend le navire autonome pour les déchargements ( © HEC - MARAD)

 

De fait, la conception s’est aussi portée, comme indique son nom d’ailleurs, National Security Multi-Mission Vessel, sur une grande polyvalence. Par rapport à son prédécesseur, le nouveau bateau va disposer d’importantes capacités de fret et de transport de passagers (jusqu’à 1000 personnes dans cette configuration). Une plage arrière dégagée permet d’accueillir un hélicoptère et des conteneurs. Une grue pouvant lever 35 tonnes à 24 mètres donnera la possibilité de s’affranchir des installations à terre, qui sont souvent impraticables après le passage d’une catastrophe naturelle. Dessous, on trouve un pont Roll on/Roll off qui est accessible par une rampe de chargement sur tribord. Près d’une cinquantaine de véhicules légers comme des 4×4, des ambulances mais aussi des engins de travaux publics pourront y être transportés. Enfin, l’hôpital du bord est dimensionné pour des missions humanitaires.

 

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© HEC - MARAD

Le pont arrière en version cargo avec la rampe de chargement RoRo bien visible ( © HEC - MARAD)

 

Dans l’optique d’être indépendant pour ses manœuvres, le bateau aura des propulseurs horizontaux en tunnel. Celui présent près du bulbe d’étrave peut se transformer en propulseur azimutal et permettre au bâtiment de revenir au port en cas d’avarie majeure.

 

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© HEC - MARAD

Le propulseur d'étrave peut sortir de son carénage pour devenir un propulseur azimutal ( © HEC - MARAD)

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