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Wind Ship publie, ce mardi 11 janvier, un livre blanc d’une centaine de pages sur la propulsion des navires par le vent. Rédigé avec le soutien de l’Ademe, le livre blanc est un premier état de l’art, tandis que l’association, qui rassemble les principaux acteurs français (18 membres) de cette filière émergente, envisage de creuser de manière plus approfondie certains sujets à l’avenir.

"Un tour à 360 degrés"

Après la création de l’association, « on s’est dit assez rapidement qu’on avait des informations qui existaient, mais qui étaient très éparses », explique à Mer et Marine Lise Detrimont, déléguée générale de Wind Ship. « C’était très difficile pour les décideurs - que ce soit des armateurs, des chargeurs, des membres du gouvernement, des administrations, des élus - de s’emparer du sujet ». Ce livre blanc a donc été rédigé pour « que les gens arrivent à se repérer et comprennent de quoi on parle ».  Ecrit de manière collaborative par les membres de Wind Ship, il est aussi le fruit de dizaines d’entretiens réalisés auprès d’acteurs publics comme privés. « On a essayé de faire un tour à 360 degrés autour de ce sujet de la propulsion par le vent », sans pour autant être un document de recherche scientifique, puisque « l’idée était qu’on puisse s’adresser à un large public », et de disposer de « ce premier document pour aller un peu plus loin ».

Le document paraît à l’approche du premier Sommet international sur les océans, le « One Ocean summit », dans lequel l’association espère que la propulsion par le vent aura sa place. D’autant que ce mode de propulsion pour des navires marchands devient de plus en plus concret. Déjà, une quinzaine de navires ont été équipés de systèmes permettant de profiter du vent pour se propulser, comme le Ville de Bordeaux avec le kite d’Airseas, et les premiers grands navires de charge, à l’image du projet Canopée, devraient voir le jour d’ici un an.

Se démarquer

Au fil des pages, Wind Ship présente en détail les atouts des systèmes de propulsion par le vent (disponibilité immédiate contrairement aux carburants alternatifs, possibilité de retrofit, absence de bruit…) examine les enjeux de la décarbonation, fait l’état de la réglementation, questionne l’assurance des flottes…

 

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© WIND SHIP

Impacts des différentes sources d'énergie pour propulser les navires (© WIND SHIP)

 

Non sans manquer de souligner que la France, avec pas moins de neuf développeurs sur une trentaine répertoriée dans le monde, fait figure de leader grâce à un écosystème spécifique, combinant les savoir-faire de l’aéronautique, du naval, du nautisme et du numérique. Ainsi, la France pourrait « jouer un rôle significatif et à l’échelle internationale dans l’émergence d’une flotte décarbonée en partie grâce au vent », insiste Wind Ship.

 

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© WIND SHIP

(© WIND SHIP)

 

Mais si les premiers projets se mettent en place en France, ils sont encore peu nombreux et d’autres progressent en Europe du Nord ou en Asie. « L’offre française doit donc se démarquer rapidement et fortement pour être créatrice d’emplois et contribuer significativement à un transport maritime plus propre », indique le livre blanc, qui déplore, par ailleurs, que : « Les plans d’innovation dans le secteur du transport maritime sont presque exclusivement tournés vers la recherche du carburant vert de demain qui alimentera les moteurs de nos navires dans un système business-as-usual. Cette ‘monoculture’ du moteur à combustion interne écarte de fait toute réflexion possible sur une source d’énergie alternative comme la propulsion par le vent. » Ainsi, aujourd’hui, « installer une aile et utiliser l’énergie du vent, ça reste encore quelque chose de plus difficile à appréhender de la part des armateurs car il y a moins de retour d’expérience que sur un moteur thermique », observe Lise Detrimont.

Propositions

Pour changer le regard, « il faut vraiment pouvoir équiper les premiers navires avec des systèmes à l’échelle et pouvoir les tester », estime-t-elle. Le livre blanc souligne l’importance de la certification des performances pour permettre aux armateurs de faire le meilleur choix et aux financeurs d’investir dans un niveau de risque clair. Le financement reste une question délicate, particulièrement pour les premiers de série. Si la valeur des coques n’est pas un problème, celle des « gréements de propulsion par le vent est difficile à faire reconnaître, car elle est à réinventer ».

Dans ce contexte, l’association dresse une liste de pistes pour structurer et accélérer le développement de la propulsion par le vent. Ainsi, pour « convaincre les usagers de la pertinence des solutions », elle propose notamment de valider les performances des navires avec « un cadre harmonisé d’évaluation ». Afin d’accélérer le retour sur investissement des premiers prototypes, le livre blanc suggère des aides au financement tels qu’ « un dispositif de subvention comme celui proposé par l’Allemagne, qui prend en charge jusqu’à 55 % du coût d’investissement et d’installation d’un système de propulsion par le vent ;  une amélioration du dispositif de suramortissement vert des navires pour le rendre applicable et efficace, et y inclure la propulsion auxiliaire par le vent de manière réellement incitative ». Dans l’objectif de soutenir le secteur des commandes ou des réglementations, le document propose aussi que les appels d’offres pour des marchés publics ou délégations de service public obligent ou permettent d’avoir recours à la propulsion par le vent, mais aussi de faciliter l’installation industrielle des équipementiers, de multiplier les propositions de lignes décarbonées depuis les ports métropolitains et d’outre-mer ou encore « d’encourager la création de nouvelles dessertes de proximité et la mise en réseau des ports volontaires. »

- Consulter le livre blanc de la propulsion des navires par le vent

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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