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Situé en bord de Loire, dans le bas-Chantenay, le chantier nantais de l’Esclain fête ce mois-ci son trentième anniversaire. Une entreprise qui poursuit tranquillement et discrètement son développement, cachée derrière les maisons et ex-usines d’un ancien quartier industriel et ouvrier qui fut autrefois un haut lieu de la construction navale et des conserveries. C’est là notamment que sont nés les chantiers Dubigeon, dont une ancienne cale, aujourd’hui exploitée par l’Esclain, a notamment vu le lancement du trois-mâts Belem en 1896. D’autres parties du site ont été reconverties, comme l’ancienne salle à tracer de Dubigeon, réhabilitée pour accueillir des bureaux, alors que l’antique grue des chantiers, inactive depuis bien longtemps mais qui témoigne de ce patrimoine industriel, trône toujours au bord du fleuve.   

 

 

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© MER ET MARINE- VINCENT GROIZELEAU

Le site à la fin des années 2000 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

« Nous avons toujours eu une mixité entre des bateaux professionnels et la plaisance »

Aujourd’hui, on ne construit plus ici de navires, mais il y en a encore beaucoup dans la zone exploitée par l’Esclain, qui travaille sur la réparation, l’entretien ou le gardiennage de bateaux professionnels et de plaisance. Une entreprise née en 1991, alors que le site, après le transfert des activités de Dubigeon vers l’île de Nantes, était en friche depuis plusieurs décennies. Quentin Vigneau en a pris la barre il y a 12 ans après le décès de son père, qui avait fondé la société. « On ne fait aucune fabrication, que du refit, et nous avons toujours eu une mixité entre des bateaux professionnels et la plaisance, des voiliers, des vedettes, des péniches ou encore des remorqueurs, beaucoup de fluvial mais aussi du maritime, chacun trouve sa place ici. Un quart de notre activité c’est le port à sec, un autre quart les cales sèches de grosses péniches, un quart des bateaux professionnels comme les bateaux nantais et les navettes fluviales de la TAN (régie de transports en commun de la métropole de Nantes, ndlr) et le reste des interventions en déplacements au profit par exemple de mairies et de ports de plaisance », explique à Mer et Marine Quentin Vigneau.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Travaux sur un navire en refit dans la cale (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Arrêt technique d’un navire de travail, restauration de l’Espadon, conversion de péniches…

Alors que la cale couverte est actuellement occupée par le refit d’un navire de travail, le chantier déploie jusqu’en juin une équipe à Saint-Nazaire dans le cadre de la restauration du sous-marin musée Espadon. C’est, pour mémoire, à l’Esclain également qu’a été rénové le Kreiz, ancien courrier de Groix, parti pour Madagascar en 2019. Aujourd’hui, deux grosses péniches de 20 mètres sont attendues pour être transformées en habitations. Et puis il y a le Pôle Nautique Loire Estuaire, un port à sec si bien dissimulé derrière le quartier que même les Nantais ignorent pour la plupart son existence.

 

 

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Le port à sec du Pôle nautique Loire Estuaire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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Le port à sec du Pôle nautique Loire Estuaire (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Plus de 130 bateaux au port à sec, dont des curiosités

Ici stationnent plus de 130 bateaux, essentiellement de plaisance, dont le Black Joke, le plus ancien voilier sous pavillon français, construit il y a 131 ans et auquel son nouveau propriétaire offre une cure de jouvence.

 

 

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© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le Black Joke (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Autre découverte étonnante dans ce grand parc à bateaux : un ancien tender initialement destiné à l’un des deux paquebots de Princess Cruises (Coral ou Island) livrés en 2002 et 2003 par les Chantiers de l’Atlantique. Conçue initialement pour le transport des croisiéristes lors des escales au mouillage, et pouvant aussi servir de canot de sauvetage, l’embarcation en composite n’est jamais partie avec les navires et resta des années en attente à Saint-Nazaire. Elle fut acquise au tout début des années 2010 dans le cadre du défunt projet de compagnie nazairienne Serenity Cruises et réaménagée en petit salon de réception flottant. Puis elle est restée plusieurs années à l’abandon suite à la liquidation de la société. Vendu aux enchères, le tender est racheté par le repreneur du Kreiz, qui souhaitait alors le convertir en barge de débarquement pour son projet malgache. Sauf que l’embarcation s'est révélée trop grande pour être transportée dans la cale du Kreiz, l'armateur jetant l'éponge et la laissant à Nantes. Au final, c’est un menuisier travaillant au chantier de l'Escalin qui a racheté le tender, dont la partie supérieure a disparu, et le transforme actuellement en logement flottant.  

 

 

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L'ancien tender en cours de transformation (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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L'ancien tender en cours de transformation (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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L'ancien tender début 2013 aux couleurs de Serenity Cruises (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Une activité qui repart après le creux de la crise sanitaire

Globalement, le chantier de l’Esclain, qui compte 10 salariés auxquels s’ajoutent des intérimaires en saison (pour un effectif de 13 à 15 personnes) a vu son activité touchée depuis un an par la crise sanitaire. « Il y a eu un trou suite au premier confinement, avec des projets arrêtés ou reportés, puis nous avons eu un hiver très calme, en particulier entre décembre et février. Nous n’avons cependant pas eu recours au chômage puisque nous avons profité de cette période pour nettoyer la cale et remettre nos ateliers au clair ». Avec l’arrivée des beaux jours, les travaux non réalisés l’an dernier et la perspective d’une amélioration de la situation sanitaire cet été, les affaires reprennent, même s’il a encore fallu compter avec un troisième confinement ce mois-ci. « Nous attendons jusqu’à 150 bateaux sur le port à sec car les gens veulent sortir, sont privés de sport et n’ont pas pu beaucoup naviguer l’année dernière, c’est en plus un mode de vacances en solo ou en famille qui se prête bien au contexte sanitaire. Nous devrions donc avoir une belle saison nautique », estime Quentin Vigneau.  

Modernisation des équipements

L’entreprise investit également pour moderniser ses équipements et infrastructures. « L’objectif est d’améliorer la qualité de service et de disposer de plus importantes capacités et de moyens plus modernes. Nous avons par exemple fait l’acquisition d’un gros karcher qui envoie 500 bars d’eau chaude, ce qui va nous permettre de réduire sensiblement les opérations de sablage et nous permettre de monter en gamme dans le traitement des coques », dit le président d’Esclain Entreprise. En bord de Loire, les antiques appontements flottants, en fin de vie, sont en cours de remplacement. Cela, grâce au rachat des anciens pontons de pêche de Concarneau. « Nous en avons racheté un linéaire de 60 mètres et 30 autres s’y ajouteront en 2022. Ils sont larges de 3 mètres et très robustes, ce qui va nous permettre d’accoster de gros bateaux ». Avec ces nouveaux appontements, le Pôle Nautique va notamment pouvoir développer sa capacité de port de plaisance à flot.

 

 

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Les nouveaux appontements (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

La plateforme en bord de Loire a par ailleurs été refaite afin de pouvoir supporter une charge de 50 tonnes, ce qui permet à la grue mobile du chantier de venir à l’aplomb du fleuve pour mettre au sec ou remettre à l’eau des bateaux, dont le poids va généralement jusqu’à 12 tonnes. Les gros navires venant en refit sont quant à eux tirés au sec dans l’ancienne cale de construction inclinée qui est couverte pour faciliter le travail. Le chantier dispose de plusieurs ateliers, dont un de mécanique et un autre pour le bois, et d’un espace réservé aux engins sur remorques, comme des semi-rigides.

 

 

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(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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(© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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La cale, ici fin 2017 (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Armateur de vedettes touristiques

Mais l’une des grandes évolutions de l’entreprise, c’est qu’en plus d’être un chantier et un port, elle devient également armateur. Une activité débutée à l’été 2020, quand elle a commencé à armer le Passe-partout, une vedette touristique proposant des visites guidées d’une heure autour de l’île de Nantes et jusqu’à Chantenay, à la découverte de la Loire et de la ville, des activités d’hier et de celles d’aujourd’hui. Ces navigations vont reprendre cet été, normalement de mai/juin jusqu’à septembre, avec l’objectif d’armer un second bateau. Une activité dont le développement est soutenu par la ville et l’intercommunalité, puisque l’entreprise fait partie des lauréats 2021 de l’appel à projets FLOTS, initié par Nantes Métropole pour favoriser les déplacements et services sur la Loire. Cela, alors que le quartier de Chantenay est en pleine mutation et fait l’objet de projets majeurs d’urbanisme pour être redynamisé, développer de nouvelles activités et accueillir de nouveaux habitants, tout en préservant ou en réhabilitant des pans du patrimoine industriel. « Cette diversification de notre activité vers le tourisme et le métier d’armateur s’inscrit dans une dynamique au travers de laquelle nous pensons qu’il faut accompagner le mouvement de Nantes et être acteur du changement, plutôt que le subir ».  

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

 

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Une navette fluviale de la TAN et derrière le chantier (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

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