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MCO : DCNS fait sa petite révolution

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MCO : DCNS fait sa petite révolution

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Le groupe naval français est en train de réorganiser profondément sa direction Services. Avec, pour objectif, d’optimiser le maintien en condition opérationnel des bâtiments des marines clientes, maîtriser le soutien des unités de nouvelle génération et développer par le biais de cette activité sa présence à l’international.

« Nous avons besoin de faire évoluer notre modèle d’organisation dans les services pour plusieurs raisons. D’abord, le contexte budgétaire est toujours tendu en France et il faut continuer d’améliorer notre efficacité, même si nos performances sont déjà excellentes, avec des niveaux de disponibilité plus élevés et des coûts inférieurs à ce que l’on constate chez des marines étrangères équivalentes. Dans le même temps, nous devons faire évoluer nos métiers et compétences car nous passons, par exemple sur les frégates, du MCO de bâtiments âgés d’une trentaine d’années à celui de FREMM ultramodernes, ce qui implique d’importants changements. Enfin, DCNS doit s’internationaliser et nous devons développer des stratégies avec des partenaires locaux pour assurer le support des navires que nous vendons à des marines étrangères sur tout leur cycle de vie », explique Nathalie Smirnov. A la tête de la direction Services depuis l’an dernier, cette ingénieure de formation, passée notamment par Alcatel et Thales avant de rallier DCNS, est une adepte du pragmatisme. Et elle mise beaucoup sur l’expertise et le retour des équipes de terrain pour améliorer les prestations de MCO.

 

Nathalie Smirnov (© DCNS)

Nathalie Smirnov (© DCNS)

 

Généralisation des chantiers dédiés

La nouvelle organisation de l’activité Services de DCNS passe notamment par une généralisation des « chantiers dédiés ». Ce concept est né en 2011 avec le dernier contrat de MCO des cinq frégates du type La Fayette de la Marine nationale. D’une durée de 60 mois, ce marché, prolongé jusqu’à la fin 2016, a vu DCNS mobiliser à Toulon des ressources consacrées uniquement à l’entretien de ces bâtiments. Bureaux, ingénierie pour les études détaillées, ateliers, stockage de pièces, supply chain dédiée… Autour du bassin de l’îlot Castigneau, où les bateaux se succèdent en cale sèche, un véritable chantier spécialisé a été créé, avec une vingtaine de personnels dédiés travaillant de concert avec les équipages et sous-traitants. « Les collaborateurs connaissent de manière intime chaque bateau, ce qui est un véritable atout. Ce modèle a fait ses preuves car nous avons gagné en efficacité, en productivité et en satisfaction des équipages », se félicite Nathalie Smirnov.

 

Le chantier dédié FLF à Toulon (© DCNS)

Le chantier dédié FLF à Toulon (© DCNS)

 

Mise en place pour les SNA…

Fort de ce succès, DCNS a décidé, en lien étroit avec le Service de Soutien de la Flotte, avec lequel le groupe travaille notamment sur l’optimisation de cycles de maintenance, de déployer ce concept aux autres bâtiments de la marine. A commencer par les six sous-marins nucléaires d’attaque français du type Rubis, dont le contrat quinquennal de MCO a été renouvelé au printemps. Un chantier dédié a, dans cette perspective, été mis en place cet été dans la zone toulonnaise de Missiessy. « Auparavant, nous avions une organisation par métiers, très transversale et matricielle. Elle a permis de spécialiser des ateliers et uniformiser les processus sur toutes nos implantations. Nous avons capitalisé sur ces améliorations pour mettre en place un schéma organisationnel encore plus performant. Aujourd’hui, nous n’avons plus une approche par métiers mais par installations et disposons d’un chantier dédié pour l’ensemble des entretiens courants. Tout est disponible sur place, avec des ateliers de proximité et des équipes multi-compétences qui travaillent sur les grands ensembles, comme la  partie énergie/propulsion et le système d’armes. Pour chaque sous-marin, il y a un chef de chantier, ce qui facilite les relations avec les marins et permet de connaître parfaitement le bâtiment, sachant que chaque SNA est différent  ». En tout, 120 collaborateurs de DCNS se consacrent désormais exclusivement aux Rubis.

 

SNA du type Rubis au bassin  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

SNA du type Rubis au bassin  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

…Et les autres bâtiments de la flotte

Après les SNA, cette organisation a été mise en place en septembre, à Brest et Toulon, pour les chasseurs de mines et les bâtiments de projection et de commandement (BPC). Et il sera opérationnel début 2016 aux bassins Vauban pour les frégates lourdes (Horizon, F70 et FREMM à partir de 2016) basées à Toulon ainsi que pour les FREMM à Brest. Quant aux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), leur entretien fonctionnait déjà quasiment en chantier dédié à l’Ile Longue mais l’organisation du MCO a également été revu sur le même mode, avec une approche par installations et la désignation pour chaque sous-marin d’un chef de chantier, afin de disposer d’un interlocuteur, décisionnaire et responsable unique.  

 

Maintenance sur une FLF  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

Maintenance sur une FLF  (© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Evolution des compétences

Alors que la Marine nationale vit un tournant opérationnel et humain majeur, avec le renouvellement de ses principaux bâtiments par des unités de nouvelle génération, FREMM pour les frégates et bientôt Barracuda pour les sous-marins, DCNS connait le même challenge en matière de MCO. « Les frégates des années 80 n’ont rien à voir avec une FREMM. Nous voyons arriver des bateaux numériques avec en particulier des problématiques de gestion de configurations, d’automates et de cyberdéfense sur les systèmes de combat et de plateformes. Nous devons par conséquent faire évoluer nos compétences pour assurer le soutien de ces bateaux, sachant que dans quelques années nous n’aurons plus que des FREMM, des Horizon et des FLF. Les chantiers dédiés y contribuent car dans les ateliers les savoir-faire se transmettent et se développent non plus par métiers mais par installations. C’est une révolution interne », note Nathalie Smirnov.

 

BPC en arrêt technique  (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

BPC en arrêt technique  (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Un back office pour gérer l’ensemble

Les ressources humaines et matérielles des chantiers dédiés servent de base pour les arrêts techniques majeurs, où les équipes et moyens doivent monter en puissance. En plus des personnels habituels, les grands ateliers spécialisés des experts interviennent sur des domaines très pointus. Peu nombreuses, certaines compétences, rares et considérées comme critiques, sont amenées à être déployés en France mais aussi à l’étranger. Avec, en arrière-plan, un back office commun à tous les chantiers dédiés. « Le back office est aujourd’hui transversal et rassemble tous les métiers stratégiques. Il assure le pilotage global des ressources et plans de charge, ainsi que les décisions d’intervention. On y gère le système de combat, la supply chain et l’ingénierie de maintenance en plus de l’ingénierie détaillée réalisée par les chantiers dédiés. Le back office s’occupe également des simulateurs d’entrainement et de la formation à la maintenance, avec en toile de fond la nécessité de maintenir et développer les compétences tout en anticipant leurs évolutions à moyen et long termes ».

 

(© DCNS)

(© DCNS)

 

Des « bases avant » en France et à l’étranger

Les implantations de Toulon et Brest sont chez DCNS devenues des « bases avant ». Et cela va également être le cas à l’étranger, où le groupe veut développer ce modèle. La première initiative se déroule en Malaisie, où DCNS assure depuis cinq ans, au sein d’une société commune avec Boustead, l’entretien sur la base de Kota Kinabalu des deux Scorpene livrés en 2009 et 2010 à la marine malaisienne. Cette joint-venture, possédée à 40% par DCNS et 60% par son partenaire local, vient d’engranger un contrat pour réaliser l’arrêt technique majeur du premier sous-marin, le Tunku Abdul Rhaman, qui va durer quelques 18 mois. Les équipes de DCNS, qui comptent sur place une quinzaine d’expatriés, vont rapidement passer à une quarantaine de collaborateurs, le chantier allant mobiliser environ 200 personnes. Avec un important volet dédié à la formation, plus de 80 Malaisiens ayant été formés cette année afin de permettre un transfert de compétences et une maîtrise locale pour l’arrêt technique du Tun Razak, prévu en 2017.

 

Scorpene malaisien  (© DCNS)

Scorpene malaisien  (© DCNS)

 

Une nouvelle implantation à Alexandrie

DCNS va également se développer en Egypte, dont la marine a pris livraison en juin de la FREMM Tahya Misr, avec laquelle le groupe a d’ailleurs engrangé son premier contrat de MCO (5 ans) dès la livraison d’un bâtiment. En plus de cette frégate, la flotte égyptienne recevra cette année deux BPC puis, en 2017, la première d’une série de quatre corvettes du type Gowind 2500, en cours de construction à Lorient. « Nous travaillons avec la marine égyptienne et les chantiers d’Alexandrie pour créer une JV destinée à réaliser sur place la majeure partie des travaux de maintenance sur ces bâtiments, avec le support du back office de DCNS », précise Nathalie Smirnov.

La réorganisation de la division Services et la constitution de sociétés communes a notamment pour objectif de disposer, sur place, des compétences et du matériel nécessaire au MCO des bâtiments. « C’est l’une des raisons qui a aussi entrainé la réorganisation de l’activité services. Car, pour effectuer des prestations et un travail efficaces, il nous faut des ports bases bien outillés et disposant des compétences nécessaires, avec une gestion réalisée par le back office ». A cet effet, le groupe réfléchit en plus des JV à un système de labellisation d’industriels locaux qui pourront, une fois le savoir-faire acquis, devenir des prestataires reconnus pour les marines clientes.

 

Le premier Scorpene indien (© DCNS)

Le premier Scorpene indien (© DCNS)

 

En dehors de la Malaisie et de l’Egypte, on rappellera que DCNS est également très présent au Brésil et en Inde, où sont réalisés en transfert de technologie des Scorpene, qui nécessiteront bien entendu un solide programme de MCO après leur livraison. Dans le cadre du programme LEX et ERAV, l’industriel français participe en outre à la remise à niveau des frégates et ravitailleurs de la marine saoudienne. Les travaux ont débuté cette année à Djeddah. Enfin, le groupe assure aussi la maintenance de la FREMM marocaine Mohammed VI, livrée en 2013 et qui bénéficie d’un contrat de 3 ans.

 

FREMM (© MICHEL FLOCH)

FREMM (© MICHEL FLOCH)

 

FREMM : Une organisation globale pour toutes les marines clientes

Le cas des FREMM est justement intéressant car ces frégates de nouvelle génération vont bénéficier pour leur maintenance et les évolutions technologiques dont elle bénéficieront au cours de leur vie active d’une gestion internationale. Qu’il s’agisse de bâtiments français ou étrangers, le MCO de ces bâtiments est géré par une structure baptisée MCO FREMM Monde. « L'objectif est de faire bénéficier nos partenaires des synergies de maintenance inhérentes aux frégates FREMM livrées de par le monde : stocks mutualisés, plateformes de référence et évolutions logicielles synchronisées, ajustement et optimisation du plan de maintenance en fonction des retours opérationnels... Travailler de manière complétement décloisonnée et ainsi permettre un partage efficace du savoir ».

DCNS joue donc la carte d’une approche mutualisée et globale pour intervenir de manière cohérente sur l'ensemble des opérations de maintenance, de soutien logistique intégré et de modernisation des frégates multi-missions, jusqu'à la formation des marines clientes. « Nous pouvons désormais partager les meilleures pratiques et en faire profiter tous nos clients en leur apportant une plus-value unique. C'est un atout de taille pour nous développer à l’international ».

 

Le Charles de Gaulle lors d'un arrêt technique (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le Charles de Gaulle lors d'un arrêt technique (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

4000 collaborateurs et 30% du chiffre d’affaires

Les Services, qui sont donc en pleine évolution, constituent l’un des grands axes de développement de DCNS. Employant 4000 collaborateurs, soit environ un tiers des effectifs du groupe, ils représentent aujourd’hui 30% du chiffre d’affaires du groupe. Et ce niveau augmente. Moins connue que les programmes de constructions neuves, cette activité est en réalité aussi cruciale que stratégique. Car il ne s’agit pas uniquement de savoir concevoir et construire les meilleurs bâtiments de guerre, encore faut-il pouvoir apprendre aux clients à s’en servir, les maintenir en conditions et les moderniser sur une très longue période, afin qu’ils restent toujours opérationnels, y compris en fin de vie. Or, de cette garantie de disponibilité et d’assistance à long terme dépend souvent la décision d’acquisition. Sans oublier que le renforcement des implantations internationales de DCNS via les services permet aussi, par ce biais, d’entretenir et de développer des relations fortes avec les clients, de mieux connaître et anticiper leurs attentes. Et cela constitue là encore un creuset fertile pour développer l’activité et vendre des bateaux neufs quand vient l’heure, pour le client, d’en changer.  

 

Les bassins Vauban à Toulon  (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Les bassins Vauban à Toulon  (© MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

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