Construction Navale
STX France : Le nouvel âge d'or

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STX France : Le nouvel âge d'or

Construction Navale

Après une période difficile au début des années 2010, les chantiers de Saint-Nazaire connaissent un nouvel âge d’or. Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à observer l’effervescence qui règne autour des formes de construction et du bassin d’armement. Alors que les effectifs étaient tombés à moins de 4000 personnes en 2012, dont 2000 salariés de STX France, plus de 6000 sont aujourd’hui à pied d’œuvre et ils pourraient être jusqu’à 8000 dans les deux prochaines années.

 

(© : NSNP - ANDRE BOCQUEL)

(© : NSNP - ANDRE BOCQUEL)

 

Six paquebots en commande et trois en option

Il faut dire que le carnet de commandes s’est significativement rempli en l’espace de deux ans. Au printemps 2016, Saint-Nazaire livrera à la compagnie américaine Royal Caribbean International (filiale de RCCL) le plus grand paquebot du monde, l’Harmony of the Seas (362 mètres, 227.000 GT). Le géant sera suivi au printemps 2018 par un jumeau, déjà en construction et portant la série des Oasis de RCI à quatre unités.

Entretemps, la réalisation du premier d’une série de quatre gros paquebots pour l’armateur italo-suiss MSC Cruises a débuté cette année. Le MSC Meraviglia (315 mètres, 167.600 GT, 2250 cabines) sortira de l’estuaire de la Loire au printemps 2017. Il sera suivi par un premier jumeau en 2019, STX France attendant la confirmation de la commande pour les deux navires suivants, prévus en 2020 et 2022.

Autre contrat majeur du moment, le projet Edge (300 mètres, 117.000 GT, 1450 cabines) de Celebrity Cruises, filiale de RCCL positionnée sur le segment haut de gamme. La construction du prototype, dont les études sont en cours, débutera en fin d’année prochaine en vue d’une livraison à l’automne 2018, son premier sistership devant être achevé début 2020. Une option porte également sur un troisième navire pour 2022. Les Edge sont moins gros que les Harmony et Meraviglia mais dotés de standards très élevés et d’un certain nombre d’innovations, ce qui en fait des navires très intéressants pour le chantier.

 

L'Harmony of the Seas (© : RCI)

L'Harmony of the Seas (© : RCI)

 

Un slot disponible en 2021

Ce dernier travaille également pour remplir un slot permettant de livrer un gros paquebot en 2021. Alors que les places sont rares dans les chantiers européens, plusieurs armateurs pourraient être intéressés, comme RCI pour un éventuel cinquième Oasis ou un prototype, Norwegian Cruise Line qui compte mettre en service un nouveau type de paquebot à cet horizon ou encore MSC, qui pourrait être tenté d’anticiper la livraison de son quatrième Meraviglia.

Le marché des petits navires

Et puis il y a encore de l'espace pour de petits navires et, dans ce domaine, STX France regarde de près différents projets, en particulier dans le domaine des bateaux de luxe et d’expédition. Parmi eux, il y a évidemment les futures constructions neuves de Ponant, qui souhaite mettre en service jusqu’à cinq nouvelles unités de différentes tailles entre 2018 et 2022.

 

Le concept de corvette Defendseas (© : STX FRANCE)

Le concept de corvette Defendseas (© : STX FRANCE)

 

Sortir du mono-produit

Ces petits navires constituent un complément idéal pour renforcer le plan de charge et saturer l'outil de production, tout comme d’autres types de bateaux. « Nous sommes de moins en moins centrés sur le mono-produit gros paquebot. Nous fondons aussi l’avenir sur les petits navires de croisière et tous les navires complexes et sophistiqués sur lesquels nous pouvons nous positionner », explique Laurent Castaing, directeur général de STX France. Alors que les chantiers asiatiques semblent rencontrer actuellement un certain nombre de problèmes techniques avec les projets complexes, les Européens pourraient avoir des cartes à jouer dans des secteurs qu’on pensait perdus. En dehors des navires spécialisés hautement technologiques, STX France vise toujours le marché des ferries, en particulier ceux dotés d’une propulsion au GNL, mais aussi les bateaux gris. « Nous continuons d’être très actifs sur le marché militaire, en France avec les grands bâtiments et à l’international, notamment en Asie, sur les unités de moyen tonnage. Mais c’est un marché particulier où les décisions sont beaucoup plus longues à se prendre ». Parmi les produits proposés par STX France, on trouve une frégate de surveillance de nouvelle génération et le concept de corvette innovante Defendseas, dévoilé fin 2014 à l’occasion d’Euronaval et qui a suscité un certain intérêt. Quant au grosses plateformes, pour lesquelles il travaille avec DCNS, le constructeur nazairien, en dehors d'autres ventes éventuelles de BPC, compte bien emporter vers 2020 la commande des quatre futures unités logistiques de la Marine nationale. 

 

(© : STX FRANCE)

(© : STX FRANCE)

 

Le succès de la diversification vers les énergies marines

Mais l’avenir des chantiers nazairiens, ce ne sont pas que les bateaux. 2015 restera marquée par la mise en service d’Anemos, une toute nouvelle usine dédiée aux énergies marines. Et déjà, deux gros contrats ont été engrangés pour des sous-stations électriques destinées à des champs éoliens offshore en Europe du nord. D’une puissance de 500 MW, ces équipements imposants doivent être livrés en 2017 et 2018. Les deux contrats, d’une valeur cumulée de 200 millions d’euros, représentent un million d’heures de travail (à comparer aux 10 millions de l'Harmony et aux 6 millions pour le MSC Meraviglia). Une diversification de l’activité qui est donc couronnée de succès, d’autant que STX France a engrangé ses premières commandes à l’export, sur un marché extrêmement concurrentiel. « Les résultats sont remarquables. Nous avons réussi à faire notre entrée sur les énergies marines et sommes devenus un acteur reconnu en matière de sous-stations électriques. Nous sommes désormais systématiquement consultés pour les projets en Europe et pratiquement toujours finalistes », se félicite Laurent Castaing, qui prédit d’autres succès à venir malgré un récent trou d'air dans le secteur. « Nous avons eu un ralentissement des prises de commandes en Europe suite à l’évolution des dispositifs de soutien en Allemagne et au Royaume-Uni, les Allemands ayant eu en plus des difficultés avec la mise en place du réseau de câbles d’énergie. Le mouvement a donc été freiné mais reprend. Nous avons en ce moment beaucoup d’appels d’offres et nous espérons bien en décrocher quelques-uns ».

 

 

Les services pèsent de plus en plus lourd

En dehors des énergies marines, STX France s’est également développé dans les services. « C’est un vrai succès. Nous avons notamment consolidé notre position dans le domaine du maintien en condition opérationnelle de bâtiments de la Marine nationale, avec une satisfaction largement exprimée par le client ». STX France travaille ainsi, en collaboration avec DCNS, sur le MCO des trois bâtiments de projection et de commandement français (BPC) du type Mistral, ainsi que celui des six frégates de surveillance du type Floréal, la récente remise en service du Nivôse, gravement endommagé par un incendie en 2014, ayant été un véritable challenge. Mais l’activité Services de l’entreprise, qui représente aujourd’hui un chiffre d’affaires annuel de plus de 50 millions d’euros, en forte hausse, couvre aussi les navires civils. STX France est ainsi engagé dans l’intégration de scrubbers sur six bateaux de Brittany Ferries, qui l’a chargé des études et de la supervision des travaux en Espagne et en Pologne. Et le chantier nazairien a également été retenu par MSC Cruises pour le même type de travaux sur ses paquebots, dont le premier équipé, le MSC Fantasia, vient de reprendre du service après trois semaines d’arrêt technique à Palerme.

 

Le BPC Tonnerre en arrêt technique à Toulon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

Le BPC Tonnerre en arrêt technique à Toulon (© : MER ET MARINE - JEAN-LOUIS VENNE)

 

Les coûts significativement réduits ces dernières années

Le redressement spectaculaire de STX France est attribué à plusieurs facteurs, les accords de compétitivité conclus en 2014 venant parachever le plan de progrès quinquennal Horizon 2015. Lancé en 2010, ce dernier avait pour objectifs principaux de diversifier l’activité des chantiers, accroître les efforts en matière d’innovation et de R&D, moderniser l’outil industriel et améliorer les performances.

Concernant la réduction des coûts, l’objectif était ambitieux : gagner 15% sur le prix d’un prototype en 5 ans. « Nous avons atteint ce chiffre et cela nous permet de nous battre à armes égales avec nos concurrents. L’accord de compétitivité est l’une des pierres ayant contribué à cet objectif. Grâce aux accords avec les syndicats, à la réduction de nos coûts et à la confiance que nous portent nos clients, nous avons pu prendre des commandes. Il faut maintenir les efforts mais, aujourd’hui, la bataille ne se joue plus sur le prix », estime Laurent Castaing.

 

(© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

(© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

R&D et Innovation : un enjeu majeur

Le creuset des succès à venir se situe clairement, selon le patron de STX France, dans l’innovation. Un sujet extrêmement sensible qui mobilise toute l’attention de la direction, même si celle-ci reste très discrète, concurrence oblige. « Une commande ce n’est pas qu’une question d’argent et de financement. C’est aussi être capable d’innover et apporter au client de nouvelles idées. Dans certains cas, c'est même déterminant ». STX France, qui investit chaque année plus de 2.5 millions d’euros en R&D pure, c’est-à-dire hors conception des navires commandés, est très réputé pour ses capacités techniques, en particulier sur les performances énergétiques des bateaux et dans le domaine architectural. Autant d’atouts qui ont été renforcés ces dernières années et sur lesquels il va falloir poursuivre les investissements.

 

Le très grand portique soulève des charges de 1400 tonnes (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

Le très grand portique soulève des charges de 1400 tonnes (© : STX FRANCE - BERNARD BIGER)

 

Modernisation de l’outil industriel

Le dernier grand volet du plan Horizon 2015 fut la modernisation du chantier. En cinq ans, STX France a investi pas moins de 100 millions d’euros pour se doter de nouveaux outils. Parmi ceux-ci, il y a eu Anemos, mais aussi le très grand portique, d’un coût de 30 millions d’euros, ou encore la rénovation de l’ensemble des systèmes informatiques (CAO et logiciel de gestion entreprise) pour une somme équivalente. De nouvelles machines ont été acquises, par exemple pour la découpe des tôles, alors que la robotisation a fait son entrée dans les ateliers d’usinage. Dans le même temps, des procédés ont évolué, avec des unités dédiées au pré-armement et la mise en œuvre d’abris de pré-montage permettant de faciliter les travaux de peinture des blocs quelque soient les conditions météorologiques. Toutes ces évolutions ont permis à STX France de gagner en efficacité et en productivité, contribuant à atteindre l’objectif de réduire les coûts de 15% sur les navires prototypes. Et bien entendu de réaliser ensuite des gains appréciables sur les unités de série.

 

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

(© : MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU)

 

Un nouveau plan pour créer le chantier du futur

Après Horizon 2015, un nouveau plan de progrès vient d’être lancé. D’une durée de cinq ans comme son aîné, Smart Yard 2020 vise à mettre en place le chantier du futur. Avec de nouveaux efforts en matière de R&D et la poursuite de la modernisation de l’outil industriel. Nouveaux moyens de communication, nouveaux outils (dont une machine de soudage laser qui sera opérationnelle fin 2016), emploi de robots de nouvelle génération, introduction de la cobotique (assistance robotisée aux opérateurs), utilisation de maquettes numériques dans les ateliers et à bord des navires… Les initiatives vont être multiples et des réflexions majeures sont à l’étude, comme le développement d’une « usine à blocs » permettant de pousser encore plus loin le pré-armement avant l’assemblage des blocs dans les formes de construction.

Plus d’un siècle et demi après sa création, le constructeur nazairien va entrer dans une nouvelle ère et faire sa révolution numérique. Pour y parvenir, 100 millions d’euros vont encore être investis sur les cinq prochaines années. 

- Voir notre article complet sur Smart Yard 2020

 

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