Construction Navale

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Neopolia : Du réseau d’entreprises à la nouvelle filière navale

Construction Navale

L’univers français de la construction navale aura été marqué, ces deux dernières années, par l’émergence en tant que nouvel acteur de Neopolia. Héritier du Pôle Marine créé en 1999 par des sous-traitants des chantiers de Saint-Nazaire, ce cluster, qui regroupe aujourd’hui une quarantaine d’entreprises impliquées dans la navale, permet à ses acteurs de mutualiser leurs moyens et savoir-faire. Une approche collaborative, tant au niveau des études que de la production, visant à innover et décrocher ensemble de nouveaux marchés. « L’idée était de se regrouper pour mener des projets plus complexes à plusieurs. Nous avions notamment répondu avec STX France (en 2012, ndlr) au projet de Viking River Cruises, qui envisageait de faire construire des bateaux fluviaux à Saint-Nazaire. Ce projet n’a finalement pas abouti mais c’est ce qui a donné naissance à notre envie d’aller plus loin et c’est suite à ça que CroisiEurope est venu nous trouver », explique Hervé Germain, patron de Mapac Panel et vice-président de Neopolia.

 

Le Loire Princesse (© NEOPOLIA - BERNARD BIGER)

 

Le déclic avec CroisiEurope 

Découvrant que les entreprises travaillant autour des chantiers de Saint-Nazaire étaient capables de réaliser des navires fluviaux, CroisiEurope leur confie donc, en 2014, un premier projet. Ce fut le Loire Princesse, un navire de 88.8 mètres et 48 cabines qui a fait ses débuts au printemps dernier sur le fleuve dont il porte le nom. Neopolia a ensuite enchainé avec l’Elbe Princesse, un navire de 95 mètres et 40 cabines caractérisé, comme son aîné, par une propulsion innovante basée sur une version moderne des roues à aube. Mis à l’eau le mois dernier, il sera livré en février, tout comme une péniche de 45 mètres et 40 cabines également commandée par CroisiEurope. Pour la suite, l’armateur alsacien et Neopolia travaillent sur de nouveaux projets, dont un navire de 110 mètres et 58 cabines, dont la commande est en cours de finalisation en vue d’une livraison en 2018.

 

(© NEOPOLIA - BERNARD BIGER)

 

Une organisation désormais bien huilée

Grâce au leader français des croisières fluviales, Neopolia Marine prend donc une nouvelle dimension et voit émerger une nouvelle filière pérenne. « Avant CroisiEurope, nous avions eu des collaborations autour de la construction de bateaux, mais toujours en travaillant pour des chantiers. La grande différence, cette fois, c’est que c’est nous le chantier ». Et le succès est au rendez-vous : « C’est une réelle réussite. Avec le second navire, nous avons pu améliorer notre fonctionnement, nous avons trouvé nos marques, sommes encore mieux rôdés et l’état d’esprit est excellent, notamment avec l’armateur, qui est ravi », se félicite Hervé Germain.

 

Construction de coque chez Mecasoud (© NEOPOLIA - BERNARD BIGER)

 

« Sans nous regrouper, cela n’aurait pas été possible »

Pour l’Elbe Princesse, les multiples compétences des membres de Neopilia ont été cruciales. Le bureau d’architecture nantais Stirling Design International a assuré les études, en collaboration avec Arco Marine, Ship ST et Hydrocean. Mecasoud a réalisé la coque et l’intégration du système propulsif alors qu’Acco a produit les superstructures et roues à aubes. Shipelec s’est chargé de l’électricité, Gestal des réseaux, Cofely-Axima de la partie climatisation/ventilation, Polyesim Composites de la fourniture des blocs sanitaires, Mapac Panel des panneaux de cloisons et Myg Design des emménagements. « Sans nous regrouper, cela n’aurait pas été possible car les entreprises sont trop petites et n’ont pas toutes les compétences pour assurer seules ce type de projet », confie le vice-président de Neopolia.

 

Mise à l'eau de l'Elbe Princesse (© NEOPOLIA - BERNARD BIGER)

 

Fortement soutenu par la région des Pays de la Loire, le réseau a apporté à ses membres une structuration, la possibilité de mener des projets collaboratifs et aussi de mener des actions de lobbying auprès des administrations et politiques. « Ensemble, nous avons de la visibilité et nous pesons plus que les actions dispersées que chacun d’entre nous pourrait avoir. La mayonnaise a pris entre les entreprises et les pouvoirs publics. La région a marché à fond à nos côtés et nous a soutenus, avec une aide structurelle pour le fonctionnement de Neopolia et des financements en matière de R&D. Par contre, il faut souligner que nous n’avons touché aucune aide pour les navires de CrosiEurope ».

Prochaine étape : la livraison clés en main

Fortes de ce succès, les entreprises de Neopolia Marine comptent fortifier leur partenariat à long terme avec l’armateur alsacien et prendre de plus en plus de responsabilités. « Aujourd’hui, le client est à la fois maître d’œuvre et maître d’ouvrage. A l’avenir, nous aimerions aller plus loin, vers une capacité encore plus organisée. L’idée est en fait de fournir des projets clé en main, via par exemple un groupement industriel dont l’un des partenaires est mandataire du contrat. Ce sera l’étape suivante. Mais, quoiqu’il arrive, il ne s’agit pas d’être concurrent des chantiers, qu’il s’agisse de STX France, de DCNS, de Piriou, de CMN, d’Ocea… pour lesquels nos entreprises travaillent également. L’idée est de se développer sur des marchés où il n’y aura pas de confrontation ».

 

Assemblage de l'Elbe Princesse (© NEOPOLIA - BERNARD BIGER)

 

D’autres types de navires en vue

Pour l’avenir, en plus de la croisière fluviale, les acteurs de Neopolia ambitionnent de réaliser d’autres types de navires. Les membres du réseau, qui déborde largement du bassin nazairien, travaillent en particulier sur plusieurs projets innovants. C’est le cas du Neoliner, un cargo à voiles de 120 mètres dont l’objectif est de transporter sur des routes océaniques 5700 tonnes de fret en utilisant l’énergie du vent sur 90% du temps de transit.  La société nantaise Neoline, qui porte cette idée, a confié les études de conception et de réalisation à Neopolia.

 

Le projet de cargo Neoliner (© NEOLINE)

 

Dans le même esprit, le projet du Martiniquais Seafret Caraïbes porte sur un bateau de 35 mètres destiné à offrir un service de cabotage à propulsion vélique inter-îles dans les Caraïbes. Les études de conception sont réalisées par l’architecte naval nantais François Lucas.

En attendant que ces bateaux voient le jour, les membres de Neopolia sont impliqués dans d’autres projets de navires respectueux de l’environnement. C’est le cas de Bureau Mauric, qui a conçu le chalutier de 24 mètres Arpège réalisé à Boulogne par Socarenam et travaille sur le projet FILHyPyNE de bateau de pêche de 12 mètres doté d’une propulsion à l’hydrogène et dont le démonstrateur devrait être à l’eau à partir de 2017/2018.

On citera également l’exemple de la première navette fluviale à propulsion hydrogène qui sera mise en service à Nantes à l’été 2016. Ship ST et SDI sont impliqués dans la conception, SymbioFcell pour la propulsion et Navalu pour la construction de ce Navibus.

 

(© ALSTOM)

 

Et aussi les énergies marines

Enfin, via son pôle EMR, Neopolia, qui fédère dans sa globalité 180 entreprises industrielles représentant 18.000 emplois, s’intéresse aussi aux énergies marines, qui ont le vent en poupe dans les Pays de la Loire. Comme pour la navale, le but du réseau est d’accompagner le développement des grands donneurs d’ordres et de se structurer pour répondre aux besoins de cette industrie. Dans cette perspective, Neopolia a lancé cet été NEOLAB, un programme d’actions permettant de proposer une organisation industrielle adaptée et compétitive pour la fabrication de composants et de sous-ensembles mécano-soudés. Cela passe par exemple par des certifications collectives, des ressources mutualisées et des études communes. Côté business, un groupement industriel a signé en mai son premier contrat avec Alstom. Il s’agit de réaliser cinq berceaux de transport pour les nacelles de l’éolienne offshore Haliade 150, produite par la nouvelle usine d’Alstom à Montoir-de-Bretagne, près de Saint-Nazaire. Gestal et ADF Côte Ouest (spécialisé en chaudronnerie, tuyauterie et maintenance industrielle) ont créé pour l’occasion un Groupement Momentané d’Entreprises Solidaires (GMES) dont ADF est leader. Plusieurs entreprises du réseau Neopolia sont également impliquées sur des phases de sous-traitance du projet.