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Intermarché : « Nous stopperons un gros bateau en cas de Brexit dur »
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Interview

Intermarché : « Nous stopperons un gros bateau en cas de Brexit dur »

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Quand le commerçant Intermarché est aussi pêcheur via la Scapêche et industriel via Agromousquetaires, il lui faut ajuster sa stratégie aux grands bouleversements qui traversent la pêche, l’agriculture et le commerce. Thierry Cotillard, président d’Intermarché et Yves Audo, président d’Agromousquetaires détaillent leur feuille de route*.


En cas de Brexit dur et donc de fermeture des eaux anglaises, quel est l’avenir, de votre armement à la pêche Scapêche, celui de vos usines de transformation Capitaine Houat et de vos poissonneries ?

Yves Audo. Nous sommes dans une position d’attente. On a cherché des solutions B pour dévier nos navires et trouver d’autres zones de pêche. On verra une fois que l’Europe aura pris acte du Brexit. Il y a aura aussi des négociations avec le gouvernement anglais… En cas de Brexit dur, nous serons obligés d’arrêter un de nos plus gros bateaux tout de suite. Ce qui représentera un arrêt sec de 25 % de nos approvisionnements. Il y aura des répercussions immédiates à terre pendant un temps donné. Après, cela dépendra du montant des taxes sur les importations de poissons anglais vers l’Europe. On achètera sans doute à des mareyeurs… On n’a pas du tout l’intention de vendre l’armement. On a déjà commencé à développer la pêche côtière via d’autres bateaux à Boulogne, avec la Scopale notamment, et à Lorient, dans le cadre de notre plan de pêche durable 2025. Pour l’instant, ça reste difficile de faire des supputations.

Mieux rémunérer les agriculteurs, tout en contenant l’inflation pour le consommateur, c’est le devoir que vous impose la nouvelle Loi Egalim. Y parvenez-vous ?

 

Thierry Cotillard. J’avais déclaré l’an dernier ne pas croire au ruissellement de la hausse des prix des produits jusqu’aux agriculteurs. Je n’avais pas complètement tort. Nous y sommes parvenus dans les filières où les industriels jouent la transparence. Et là où il y avait de vrais besoins d’augmenter la rémunération des agriculteurs, comme dans la filière lait. On a pu passer des accords avec des industriels, dont Bel et Sodiaal, grâce à des contrats tripartites avec les producteurs qui sécurisent aussi nos approvisionnements. L’idée est de généraliser ces accords à d’autres filières en partant du prix de la production. Mais cela n’a pas été simple avec des industriels qui ont vu dans la loi une aubaine pour demander des augmentations fortes. De 5 et 10 %, par exemple, pour les céréales du petit-déjeuner ou les pains de mie. Quand on a demandé des garanties que le producteur sera mieux payé, on a découvert que le blé venait d’Italie… Pour le consommateur, nous avons fait notre job, l’inflation est limitée à 0,3 %. On a augmenté certains prix mais on les a baissés sur 5 000 des produits que nous fabriquons nous-mêmes.

Et concernant le porc dont les prix sont plus bas en France que dans les pays voisins, malgré la forte demande internationale ?

 

T.C. Depuis les négociations de fin février, la peste porcine a fait monter les prix de 1,17 à 1,45 euro le kg et la perspective est de 1,80 au cadran de Plérin. Si on ne bougeait pas, d’ici un an on retrouvait des morts chez les industriels et notamment dans les PME qui ne pourront pas répercuter le prix d’achat sur leur jambon… Nous-mêmes sommes concernés par nos unités d’abattage et par notre filiale en charcuterie Monique Ranou de Saint-Evarzec (29). Nous avons donc passé des consignes à tous nos acheteurs. Des rendez-vous vont être pris avec une centaine d’industriels, afin qu’ils présentent leurs augmentations justifiées sur les produits commandés il y a deux mois. Avec Herta et Hénaff, c’est déjà conclu.

 

Nous sommes préoccupés par le recrutement. Dans l’Ouest, nous avons de gros besoins en main-d’œuvre difficiles à satisfaire.
(Photo Le Télégramme)


Votre filiale Agromousquetaires est très présente en Bretagne. Quels sont vos projets ?

T.C. et Y.A. Nous avons 62 usines sur le territoire français dont 27 en Bretagne qui représentent l’essentiel de notre production. Nous continuons nos investissements : 15 M€ sur l’abattoir Gâtines Viandes (porc) à La Guerche-de-Bretagne ; 15 M€ auront été investis d’ici fin 2020 pour moderniser le site de Josselin Porc Abattage ; nous venons de finir les investissements de 12 M€ à Ploërmel sur les Celluloses de Brocéliande qui fabriquent des protections féminines en plus des couches. On continue au rythme annuel de 100 à 150 M€ pour Agromousquetaires. Nous sommes préoccupés par le recrutement. Dans l’Ouest, nous avons de gros besoins en main-d’œuvre difficiles à satisfaire.

 

* La Convention Annuelle d’Agromousquetaires se tiendra le 4 juin à Lorient

Un article de la rédaction du Télégramme