Disp POPIN non abonne!
Défense

Actualité

Toutes les FREMM françaises seront équipées de missiles de croisière

Défense

Toutes les frégates multi-missions commandées pour la Marine nationale seront finalement équipées de missiles de croisière navals (MdCN), y compris les deux bâtiments aux capacités renforcées en matière de défense aérienne (FREMM DA). Initialement, seules les FREMM de la série Aquitaine, dont six exemplaires doivent être livrés à la flotte française par DCNS d’ici la fin 2018, devaient embarquer le MdCN. A cet effet, elles sont dotées de deux lanceurs Sylver A70, pouvant accueillir 16 munitions, auxquels s’ajoutent deux lanceurs Sylver A43, soit 16 autres cellules pour missiles surface-air Aster 15.

Du fait de l’abandon au milieu des années 2000 de la construction des troisième et quatrième frégates de défense aérienne du type Horizon, jugées trop onéreuses, il avait été décidé, en plus des Aquitaine, de développer sur cette base une version adaptée à la lutte antiaérienne. Objectif : remplacer les Cassard et Jean Bart (type F70 AA), mises en service en 1988 et 1991 et dont la succession n’était plus assurée suite à l’annulation des Horizon 3 et 4.

 

La FREMM Aquitaine (© MARINE NATIONALE)

La FREMM Aquitaine (© MARINE NATIONALE)

 

Lanceur commun pour Aster 30 et MdCN

Connu sous le nom de FREDA, le projet des FREMM de défense aérienne a évolué au fil des années, une solution « à minima » étant finalement retenue pour cause de contraintes budgétaires. Ces bâtiments, que l’on appelle désormais FREMM DA, devraient simplement voir la puissance de leur radar Herakles augmentée et leur système de combat adapté aux missions de défense aérienne. En matière d’armement, il était prévu de remplacer les A70 et A43 par des lanceurs A50 afin de pouvoir mettre en œuvre des Aster 30, à la portée plus importante que les Aster 15. Jusqu’à ce qu’émerge l’idée de développer un nouveau lanceur polyvalent, qui pourrait à la fois accueillir des MdCN et des Aster 30. De cette manière, les FREMM DA pourront non seulement assurer une solide protection antimissile et contre les attaques aériennes, mais aussi effectuer des frappes en profondeur sur des objectifs terrestres. Cela, sans augmenter le nombre de lanceurs, qui reste fixé à quatre pour une dotation globale de 32 missiles à lancement vertical, constitués d’un panachage d’Aster 30 et de MdCN. On notera en outre que les FREMM DA disposeront comme les Aquitaine d’un sonar remorqué, conservant ainsi de puissantes capacités de lutte anti-sous-marine.

Réalisées dans la foulée des six premières FREMM, ces deux frégates devraient être livrées en 2021 et 2022, dates correspondant au calendrier prévisionnel de retrait du service des Cassard et Jean Bart.

 

La frégate antiaérienne Jean Bart (© MARINE NATIONALE)

La frégate antiaérienne Jean Bart (© MARINE NATIONALE)

 

Premier tir sur frégate attendu au printemps

Concernant le MdCN, en attendant le développement du lanceur polyvalent, le tout premier missile de croisière naval européen devrait entrer en service cette année. Après son dernier tir de qualification, en octobre dernier, il ne reste plus à cette arme, pour être opérationnelle, qu’un lancement depuis une FREMM. Initialement, il était prévu que ce tir en mer soit réalisé parla Normandie. Toutefois, comme ce bâtiment vient d'être vendu à l’Egypte, c’est l’Aquitaine, sortie de son premier arrêt technique, qui devrait être chargée de cette besogne. En principe, le premier tir de MdCN depuis une frégate devrait intervenir au printemps, le calendrier étant en cours de calage en fonction des disponibilités des plateformes et des Centres d’essais de la DGA.

 

SNA du type Barracuda (© DCNS)

SNA du type Barracuda (© DCNS)

 

150 missiles commandés pour les FREMM et Barracuda

En dehors des FREMM, le MdCN équipera également les six nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque du type Barracuda, livrables entre 2017 et 2029. En tout, 150 missiles de croisière ont été commandés à MBDA, soit 100 pour les frégates et 50 pour les SNA. C’est nettement moins que la cible initiale, qui était de 250 MdCN, mais la flotte française va disposer malgré tout d’une capacité de frappe considérable, sans équivalent en Europe.

Développé par MBDA à partir du missile aéroporté Scalp EG, en service notamment sur les Rafale de l’armée de l’Air et de l’aéronautique navale, le MdCN présente une portée plus importante. Conçu  pour la destruction de cibles terrestres durcies, le nouveau missile de la flotte française pourra neutraliser des objectifs situés à un millier de kilomètres du bâtiment porteur. Une allonge suffisante pour traiter, depuis la mer, les trois quarts des cibles potentielles à travers le monde.

 

Tir d'essai d'un MdCN (© DGA)

Tir d'essai d'un MdCN (© DGA)

 

Une nouvelle dimension stratégique

La France et sa marine vont donc se doter d’un nouvel outil « stratégique » à l’intérêt militaire et diplomatique bien supérieur à ce qu’offre un missile de croisière aéroporté. Ce dernier conservera évidemment toute son utilité pour des raids aériens à longue distance, mais ses porteurs ne disposent ni de l’endurance ni de la capacité de projection des unités de la Marine nationale (à l'exception évidemment des Rafale Marine qui bénéficient de ces atouts offerts par le Charles de Gaulle). Le MdCN offrira en fait une nouvelle dimension dans la palette des outils militaires proposés au pouvoir politique. Embarqué sur des bâtiments de combat évoluant, de façon prolongée, à distance de sécurité dans les eaux internationales, le MdCN pourra être positionné au plus près des zones d’intérêt et ce de différentes manières. Soit ostensiblement sur une frégate, soit plus discrètement, ou secrètement, à bord des sous-marins. Avec une grande flexibilité dans la capacité d’action et le message politique envoyé, y compris via le nombre de plateformes déployées près d’une zone de tension ou de crise.

Avec au moins 14 frégates et sous-marins équipés (11 FREMM ont été commandées mais le sort des trois dernières est incertain), la France pourra donc, si elle le souhaite, disposer en permanence de cette arme redoutable aux quatre coins du monde. Une capacité inédite en Europe (les Britanniques disposent du Tomahawk américain mais uniquement sur leurs SNA, au nombre de 7).  

Marine nationale