Aller au contenu principal

Dans quelques semaines, le plus grand navire autoélévateur au monde conçu pour la pose d’éoliennes offshore entrera en flotte chez l’armateur belge Jan de Nul. Le Voltaire est construit chez COSCO en Chine mais l’un de ses principaux systèmes, le plus critique en réalité, est fourni par une société française. Il s’agit de son dispositif de levage, basé sur quatre gigantesques jambes, hautes de 131 mètres, qui se posent sur le fond marin et permettent grâce à un puissant système de pignons et de crémaillères de soulever le navire de manière synchronisée. Il est ainsi parfaitement stable et peut effectuer de délicates opérations de manutention avec son énorme grue, capable de soulever des charges de 3000 tonnes et qui culmine à une altitude plus haute que celle de la tour Eiffel.   

Ce système « jack-up » est conçu par NOV-BLM, une entreprise basée dans l’agglomération de Nantes qui s’est imposée comme l’un des leaders mondiaux du secteur, d’abord sur les plateformes de forage pour l’industrie pétrolière, et maintenant sur les navires de pose d’éoliennes.

 

© JAN DE NUL

Le navire de pose d'éoliennes Voltaire lors des essais de son système jack-up. 

 

© JAN DE NUL

Le navire de pose d'éoliennes Voltaire lors des essais de son système jack-up. 

 

Une société discrète fondée en 1841

NOV-BLM, qui est aussi spécialisée dans les systèmes d’ancrage d’unités offshore et d’amarrage de navires, ou encore de grues, a récemment ouvert ses portes à Mer et Marine. L’occasion de découvrir une entreprise plutôt discrète et assez méconnue, même localement, malgré son savoir-faire très pointu et ses réalisations hors-normes. Il faut dire que ses locaux, même imposants, sont bien cachés au cœur d’une vaste zone industrielle de Carquefou, au nord-est de Nantes. La société est pourtant très ancienne puisqu’elle a été fondée il y a plus de 150 ans, en 1841, et s’appuie sur un glorieux passé industriel.

 

Les trains, des voitures et même des avions

BLM, qui signifie Brissonneau et Lotz Marine, est née de la fusion des activités de deux familles de la région nantaise qui ont débuté dans la construction navale, l’industrie sucrière, les machines à vapeur agricoles et le ferroviaire en produisant les premières locomotives du Grand Ouest dès 1849, puis en développant à partir des années 1930 la motorisation diesel-électrique des trains. Brissonneau et Lotz, qui en plus de son siège nantais s’implante à Creil (Oise) en 1920 puis rachète une usine à Aytré (Charente) en 1956, a aussi produit des tramways et métros pour de grandes villes françaises (dont Paris, Lyon et Lille) et étrangères (Le Caire, Caracas). Le groupe a également eu une belle histoire avec l’automobile, produisant des cabriolets à partir des années 50. Il a même fabriqué des avions quand, à l’aube de la seconde guerre mondiale, ses usines sont mobilisées pour produire les fuselages du bombardier LeO 451 de l’avionneur Lioré et Olivier.

 

Recentrage sur les activités maritimes dans les années 70

Mais dans les années 70, Brissonneau et Lotz est contraint de se restructurer. En 1972, les activités ferroviaires sont vendues à Alstom et celles liées à l’automobile au groupe Chausson. L’année suivante, l’entreprise quitte son site historique de Doulon, pour s’installer à Carquefou. La société se recentre alors sur le secteur maritime et profite de l’essor considérable de l’industrie pétrolière offshore pour en devenir un important équipementier. « Pour résumer l’activité de BLM, nos anciens ont coutume de dire qu’on pousse, on tire et on lève avec la mer autour ! Historiquement, l’entreprise n’avait rien à voir avec le forage mais elle a toujours eu des activités dans le milieu marin, notamment les systèmes d’amarrage et de mouillage, ou encore les grues, des savoir-faire très intéressants pour l’industrie offshore. C’est à partir de là que la société a développé dans les années 70 et 80 des solutions de jacking », explique à Mer et Marine Pierre Rousselot, directeur-général de NOV-BLM.

 

© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Pierre Rousselot, directeur-général de NOV-BLM. 

© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Maquette de l'une des plateformes de forage jack-up équipées par NOV-BLM. 

 

Intégration au groupe américain de forage pétrolier NOV en 2002

Le NOV qui précède aujourd’hui le nom originel de BLM vient du groupe américain National Oilwell Varco, spécialisé dans les opérations de forages pétroliers terrestres et maritimes, qui a racheté en 2002 l’entreprise nantaise. Celle-ci compte environ 250 salariés, en grande partie des ouvriers, techniciens et ingénieurs. « Nous sommes dans un groupe, auquel nous sommes liés sur les aspects financiers et les ressources humaines, mais pour le reste nous avons tout gardé d’une PME. L’entreprise est complète et autonome puisqu’elle dispose de son bureau d’études, d’un service commercial et pilote toute la partie réalisation, mais aussi l’installation, la mise en service des équipements et le service après-vente ».

 

© MER ET MARINE - VINCENT GROIZELEAU

Le site de l'entreprise à Carquefou. 

 

Des projets innovants comme le LARS des Chantiers de l’Atlantique

C’est ce qui lui permet notamment de pouvoir participer à différents projets de R&D, sans être corsetée par sa maison-mère. Ce fut par exemple le cas pour le développement d’un système innovant de mise à l’eau et de récupération (LARS) de drones et d’embarcations imaginé par les Chantiers de l’Atlantique pour le marché civil et militaire. « Ils ont imaginé le concept et nous avons développé les solutions techniques en nous basant sur nos savoir-faire pour les adapter à ce système très ingénieux. Cela a permis d’aboutir à la réalisation d’un prototype qui a été testé avec succès en mer cette année. Cela a été un super travail collaboratif pour lequel NOV nous a laissé carte blanche ».

Aller plus loin

Rubriques
Offshore Energies marines Construction navale
Dossiers
EMR : éolien offshore posé et flottant