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Fin de service pour le câble sous-marin TAT-14, qui reliait la France, les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Les travaux de relevage de sa portion « française » ont été effectués par les équipes d’Orange en décembre devant Saint-Valery-en-Caux.

« C’est le dernier d’une très vieille famille de câble transatlantique. Il avait 20 ans, aurait pu durer encore quelques années. Mais il a été rattrapé par les nouvelles technologies et il n’était plus rentable économiquement », explique Jean-Luc Vuillemin, directeur des réseaux et services internationaux d'Orange, à Mer et Marine. Le câble TAT-14 disposait, jusqu’à son arrêt en décembre 2020, d’une capacité de 9 terrabits/sec quand les câbles actuels, comme par exemple Dunant mis en service en janvier 2021, disposent de 30 terrabits/sec. « Le câble TAT-14 avait coûté près de 800 millions d’euros à l’époque, mais il est déjà dépassé tant par sa capacité que par sa configuration. Il faisait une boucle, ce qui ne se fait plus du tout actuellement. On préfère des câbles en Y, c’est-à-dire qui se séparent à l’arrivée entre deux destinations, en l’occurrence la France et l’Angleterre ici ». Le trafic qui transitait par TAT-14 a été basculé sur Dunant.

 

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© REMY HELOUIN - ORANGE

(© REMY HELOUIN - ORANGE) 

La fin de vie d’un câble peut être différente selon l’endroit où il se situe. « En haute mer, il n’y a aucune obligation de démonter un câble. Dans les eaux françaises, leur pose est encadrée par une convention d’autorisation d’utilisation du domaine public et donc il existe une obligation de démonter le câble. « Dans le cas du câble TAT-14, en accord avec les autres copropriétaires, nous nous sommes chargés de la partie française. Pour cela, nous avons affrété un supply et une barge ». Le câble a été sorti de sa souille, enroulé puis chargé sur la barge, le tout sous la surveillance des observateurs d’Orange. « Ces câbles ont une valeur marchande, notamment pour le cuivre et l’acier. En mer, un câble pèse une tonne au kilomètre, près des côtes cela peut monter à 10. Cela donne une idée de la quantité de matériau ». Dans certains cas cependant, le câble est laissé en mer, notamment quand il est devenu un support de faune marine.

 

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© REMY HELOUIN - ORANGE

(© REMY HELOUIN - ORANGE)

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© REMY HELOUIN - ORANGE

(© REMY HELOUIN - ORANGE)

 

L’arrêt, un peu plus tôt que prévu, d’un câble comme TAT-14 est révélateur du bond technologique et de la tension industrielle autour des câbles sous-marins qui, pour mémoire, sont désormais de plus en plus la propriété des GAFAM (géants de l’Internet, Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) et non des traditionnels opérateurs télécoms. « C’est un phénomène violent auquel nous assistons en matière de renouvellement des câbles, qui est par essence cyclique. La majorité des câbles historiques ont été posés en 2000 à la faveur de l’arrivée massive d’Internet. On a recommencé à installer des câbles, beaucoup plus performants, il y a deux ans. Tous les anciens câbles vont être rapidement démontés ». Si la technologie a fait un bond en termes de capacité de transport, elle va cependant se heurter rapidement à des limites physiques. « Il existe des critères liés au fait que le câble est un système contraint et fermé dans lequel il faut mettre de l’énergie : soit on concentre beaucoup d’énergie pour envoyer beaucoup de données sur un nombre limité de paires de fibres, soit on met moins d’énergie et on augmente le nombre de fibres. Mais quoiqu’il arrive nous en sommes actuellement à des câbles qui atteignent les limites physiques ».

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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