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À 85 ans, Jean-Maurice Besnard, figure emblématique de l'armement Jégo-Quéré, s'est décidé à publier ses mémoires. Des mémoires où l'intime côtoie l'officiel, où les petites histoires se mêlent à l'épopée de la pêche lorientaise. Pas vraiment surprenant de la part d'un homme dont les deux piliers sont la famille et le goût du risque.

« C'est quand j'ai écrit ce bouquin que je me suis rendu compte à quel point j'ai été précurseur », déclare celui pour qui il est impossible de passer inaperçu à Keroman. Et pourtant... le chalutage par l'arrière, les bases avancées au Royaume-Uni, la conteneurisation et la surgélation à bord, c'est lui. Jean-Maurice Besnard, Président-directeur général de la Société d'armement à la pêche Jégo-Quéré de 1958 à 1993, a transformé une entreprise familiale en groupe d'envergure internationale aux intérêts diversifiés et posé les bases de la pêche industrielle telle qu'on la connaît encore aujourd'hui.

 

« On me prenait pour un cinglé »

« À l'époque, on me prenait pour un cinglé », sourit-il. « Cinq équipages pour quatre navires... Ça paraissait dément ». Pourtant, un chalutier, « c'est fait pour pêcher, pas pour transporter sa pêche ». C'est comme ça que sont nées les rotations d'équipages, que le temps de trajet a pu être transformé en temps de pêche... « Le salaire était meilleur et le temps de repos plus long ». Jean-Maurice Besnard est un marin avant tout. Il a débuté à 16 ans comme mousse à bord du légendaire dundee Notre-Dame-de-l'Assomption. À 21 ans, il est officier sur les pétroliers. Entré à 25 ans comme capitaine d'armement dans l'entreprise de sa belle-famille, il abandonne la Marine marchande, les promesses d'Extrême-Orient pour s'amarrer à Lorient. Sans regret. « Une carrière à terre dans la pêche ? Pourquoi pas. L'aventure était exaltante. J'ai tout de suite été intéressé ».

 

Pour les hommes et les bateaux

L'homme a la plus grande confiance et le plus profond respect pour les patrons de pêche qu'il recrute. « Il faut beaucoup de qualités physiques et intellectuelles. Être un bon meneur d'hommes et avoir énormément d'instinct. Le développement des instruments de pêche et de navigation n'y a rien changé : ce sont les meilleurs qui ramènent le plus de poisson ». Et aussi « le souci permanent de la sécurité et du confort à bord ». Un homme d'hommes, Jean-Maurice Besnard. « Je n'ai jamais été félicité par mes actionnaires... Tous les bénéfices partaient en réinvestissement, pour les hommes et les bateaux. Quand on construisait un bateau pour quinze hommes, on apportait du travail directement et indirectement à 75 personnes ».

 

Cap sur la Laponie

Ses réussites, ses aventures (y compris celle de président du FCL de 1984 à 1989) mais aussi ses erreurs et ses déboires, Jean-Maurice Besnard s'en explique dans ses mémoires. Et notamment le démantèlement de Jégo-Quéré après son rachat par Pescanova. « Je l'ai mal vécu », reconnaît Jean-Maurice Besnard. « J'aurais préféré une solution française ». Mais « cela m'a aussi permis de me libérer ». Et de jeter en 1994 les bases d'une nouvelle aventure : l'importation de poisson de Laponie. La dernière intuition d'un grand bonhomme de la pêche. L'entreprise aujourd'hui florissante est menée par son fils et sa fille. Le flambeau est transmis.« Un petit gars de Gâvres - De Keroman au Cercle arctique » Mémoires de Jean-Maurice Besnard, parues aux éditions Palantines. 250 pages. 23 €.

Un article de la rédaction du Télégramme

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