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Redécouvrir les méthodes anciennes de navigation et les allier avec la technologie moderne pour développer un concept de navire innovant et respectueux de l’environnement. Tel est le principe de Voile au Travail, une association fondée en 2015 à Trégunc (Finistère), qui compte sept membres actifs et une soixantaine d’adhérents. Leur objectif ? Mettre au point un catamaran à voile destiné à une exploitation professionnelle : pêche, missions scientifiques et techniques, nautisme, cabotage de fret ou de passagers. C’est le projet Listao.

 

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© ENZENGU

Le catamaran Listao ( © ENZENGU)

 

Une maquette doit voir le jour cet été, pour laquelle l’association cherche à obtenir des fonds avec un crowdfunding sur Ulule.

En parallèle de la conception de ce nouveau bateau, Voile au Travail entend « remettre au gout du jour une pêche durable, respectueuse de l’environnement, des hommes et des traditions ».

Un catamaran à propulsion vélique cat-boat

L’idée de base, on la doit à Emmanuel Bonnichon, skipper et pêcheur, aujourd’hui membre d’honneur de l’association. Au fil du temps, cela a fait tilt dans la tête de trois passionnés de la mer, Julien Marin, architecte naval, Anne-Julie Cavagna, océanologue et Alain Bothorel, ancien chef de projet chez IBM. Ils ont tous les trois fondé l’association il y a trois ans.

 

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© ENZENGU

Les différentes configurations possibles du Listao ( © ENZENGU)

 

Julien Marin, l’architecte, s’est chargé de l’étude du bateau. Il en ressort un design sous forme de catamaran avec deux gréements cat-boat laissant un espace dégagé sur l’arrière. En effet, grâce à cette disposition, une plateforme de travail de 50m2 peut être aménagée avec deux accès à l’eau. Elle sera à même d’emporter un conteneur de 20 pieds. Le concepteur table aussi sur un bon compris entre vitesse et stabilité du fait de la forme catamaran. Julien Marin décrit le bateau comme : « Une plateforme de travail moderne. Un outil pour demain, mais constructible aujourd’hui. Il est moderne dans sa conception en reprenant tous les éléments les plus aboutis en matière d’aérodynamique et d’hydrodynamique. Il profite d’une plateforme stable et modulable, mais aussi des matériaux de construction lui permettant un déplacement léger pour être le plus efficace sur l’eau ». En plus de la voile, une motorisation thermique en appoint sera possible.

Une maquette construite au chantier SLM Voile

Pour l’instant, les dimensions du prototype final ne sont pas encore arrêtées. Elles seront choisies après l’expérimentation d’une maquette à l’échelle 1:2 de 8 mètres de longueur. « Nous sommes une petite association aux moyens limités. Il était préférable pour nous de nous consacrer d’abord à la réalisation de la maquette. Les retours que nous aurons nous guideront dans les spécifications du prototype, qui pourrait aller de 12 à 15 mètres de longueur », résume David Burlot, chargé de communication. Le coût de ce démonstrateur est estimé à environ 50.000 euros. Une partie de cette somme pourrait être acquise grâce à une campagne de crowdfunding sur le site Ulule qui se termine le 13 avril prochain. Les organisateurs espèrent réunir 10.000 euros à cette occasion.

La semaine dernière, le choix du chantier naval pour le démonstrateur s’est porté sur SLM Voile à Rieuc-sur-Bélon, près de Pont-Aven. Celui-ci est déjà habitué aux petites séries de voiliers. Il est aussi à même de travailler avec des composites. Pour diminuer le coût de la maquette, il est en outre prévu que les salariés et bénévoles de l’association s’investissent physiquement dans la construction.

« Dans le domaine maritime, il faut être crédible. Avec cette première réalisation, nous aurons du concret à donner à voir. Elle aura beau être à l’échelle réduite, la maquette pourra tout de même embarquer cinq personnes sur la plage arrière. De quoi faire des présentations dynamiques », rappelle David Burlot.

Des études patrimoniales et marketing

Si le projet Listao doit permettre d’avoir un bateau multifonctions, à même d’être employé dans des secteurs très différents, il a d’abord été pensé à l’origine pour servir de chalutier. Et c’est dans cette optique que Voile au Travail s’intéresse à la recherche dans le secteur halieutique.

Pour concevoir ce nouveau bateau de pêche, il a très vite été évident pour Voile au Travail qu’il y avait deux choses à prendre en compte : les qualités nautiques de la plateforme, et son adéquation à des techniques de pêche respectant l’environnement. « C’est une idée fondamentale de notre projet. On travaille beaucoup sur le retour à des méthodes anciennes, valorisantes pour le marin, ou encore sur la redécouverte de techniques venues de l’étranger ». Le poisson choisi pour cette activité est le thon germon.

 

 

Le principe était dès lors de réunir l’avis des professionnels de la mer. Qu’ils soient anciens, actuels ou même futurs marins-pêcheurs. De s’intéresser aux méthodes traditionnelles, pour les examiner, les comparer. Et enfin de pouvoir mettre au point un modèle durable et responsable. De nombreux entretiens ethnographiques et marketing ont été réalisés, dont une trentaine l'an dernier. 

Le point culminant est intervenu lors d’une campagne de démonstration et de présentation sur le thonier à voile Biche à l’Île d’Yeu. Ont notamment été testées différentes techniques de capture du thon, mais aussi de mises à mort. « Il nous fallait trouver le moyen pour faire souffrir le moins possible l’animal et par la même occasion garantir un produit de la meilleure qualité ».

 

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© VOILE AU TRAVAIL

La campagne du Biche a été l'occasion d'échanger autour de la thématique du développement durable ( © VOILE AU TRAVAIL)

 

Lauréate de deux appels à projets en 2017

C’est dans le cadre de cette double approche patrimoine et marketing, que Voile au Travail a répondu et a été retenu pour deux appels à projets en 2017. Le premier a été initié par la Région Bretagne : « Pêcheurs d’hier, pêcheurs d’aujourd’hui, pêcheurs de demain » avec comme objectif « d’articuler l’héritage culturel de la pêche traditionnelle à la voile à l’invention de nouvelles pratiques de pêche durable en Bretagne ». Le second est l’œuvre de la Fondation Daniel et Nina Carrasso (Fondation de France) qui souhaite promouvoir une nouvelle filière de pêche dans le cadre d’une alimentation durable.

Le projet sera présenté au Grau-du-Roi en mai

L’association a déjà prévu de communiquer auprès du public sur son projet Listao au Défi des Ports de Pêche à Grau-du-Roi, en Camargue. L’événement a lieu du 7 au 13 mai 2018. « Une superbe opportunité pour nous », renchérit David Burlot. Voile au Travail devrait être présente sur d’autres événements dans le même but.

Entretemps, les recherches ethnographiques menées dans le cadre de l’appel à projets de la Région Bretagne seront en partie dévoilées le 4 avril. En effet, à cette date, les étudiants du Master Patrimoine de l’Université de Bretagne Occidentale de Quimper, partenaires du projet, effectueront leur soutenance. Il s’agira d’une exposition de tableaux à partir des données collectées lors des campagnes ethnographiques. Elle aura vocation à être itinérante par la suite.

Des perspectives intéressantes, mais pas à n’importe quel prix

Déjà, des personnes ont manifesté leur intérêt pour le catamaran Listao, dont certaines résidant à l’étranger. « Des Néerlandais s’étaient montrés intéressés. Mais nous avons compris qu’il nous fallait un démonstrateur pour espérer aller plus loin ». L’autre écueil est celui de l’utilisation finale du bateau. « Nous sommes vigilants sur les potentiels acquéreurs du catamaran. Notre démarche est avant tout éthique. Nous nous sommes posés la question : Si quelqu’un vient demain et pose une importe somme d’argent sur la table pour faire construire un dérivé du Listao destiné à de la pêche électrique, allons-nous dire oui ? La réponse est non. Pour nous, ce catamaran doit être au service d’un idéal commun qui est le développement durable ».

 

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