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3 h 30, ce mercredi, au port de pêche de Lorient Keroman. Eddy Morange (40 ans), le patron, et son frère Stéphane débarquent tour à tour. Ici, on pêche en famille. Le grand-père et un oncle, côté mère, avaient montré la voie salée. Les frangins la suivent en duo, sans sentimentalisme. « Est-ce qu'on s'engueule moins que d'autres ? Peut-être. Enfin, ça dépend... » Bienvenue à bord du Mercenaire, troisième du nom. Plus petit que ses aînés, car « moins de 10 mètres, c'est moins de contraintes ». Le navire a été construit par un chantier islandais, et mis à l'eau en mars 2011. Un bateau conçu pour être rapide, « mais on y va mollo pour économiser le gasoil ». Route pêche vers Etel : la mer est belle, seul le clapot berce mollement le bateau. À la passerelle, le patron programme sa route vers la zone de pêche, puis échange à la radio VHF avec les autres patrons, comme tous les matins. Pour avoir des nouvelles des pêcheurs, de la mer, et surtout de ce qui se passe en dessous. 
 
 
Du homard à la sole 
 
 
4 h 30, Eddy réveille son frère : l'heure est venue de mettre à l'eau deux longueurs de filets. Il y a deux ans, le Mercenaire était pourtant un caseyeur. « On pêchait le crabe et le homard, qu'on allait vendre ensuite en direct. Mais c'était pas super, et il y avait déjà assez de monde à Keroman sur ce marché ». Au large, le Mercenaire semble perdu dans la nuit, où plus rien ne bouge. Sauf la dérive du bateau sur l'écran GPS, seul repère du passager, avec les feux lointains de Gâvres et les quatre éclats du phare de Pen Men sur l'île de Groix. 8 h, Eddy et Stéphane enfilent leur ciré. Ils vont sortir 5 km de filets de la mer. Le poisson arrive sur le pont : beaucoup de maquereaux mais peu de soles. L'humeur du patron est sombre. « Y'a pas énorme en ce moment. En moyenne, on débarque entre 30 kg et 50 kg par marée. Et il se vend autour des 20 € le kilo. C'est correct ». 
 
 
Deuxième métier à Plouay 
 
 
14 h, retour au port de pêche. Pêche débarquée, bateau lavé et rangé, place à l'autre rituel : un petit café en terrasse bien mérité avenue de La Perrière, avant de faire route sieste. Stéphane à Ploemeur, Eddy à Plouay. Un second métier attend le patron, devenu éleveur auprès de toutes autres bestioles : chevaux, vaches, poney, lama et chèvres. « Ça va. Une fois qu'on leur a donné à manger, le boulot est terminé. Pas comme la pêche ». Pas comme ce premier métier qui roule « comme des vagues », et avec lequel « on ne sait jamais trop où on va ». Seule certitude, ce Mercenaire sera le dernier de la série. « J'irai jusqu'au bout avec, car j'ai plus envie de changer d'ici la retraite », dit le marin comme l'on pose sac à terre.
 
 

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