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Entre les pêcheurs pélagiques et Bruxelles, la tension est montée autour du bar. Mais entre professionnels eux-mêmes, le désaccord est patent en Bretagne sur la façon de gérer la ressource. Des tensions que l'on ne peut comprendre que si on connaît le mode de vie singulier du poisson-roi des côtes bretonnes.

Ce poisson-là a tout pour plaire. Il a la chair savoureuse et ferme, un tempérament sportif et combatif quand il est au bout de l'hameçon. Mais le bar, si emblématique de la Bretagne, a aussi un style de vie singulier qui le distingue des espèces grégaires. En haute mer, Il nage en surface et se met soudain à plonger à 80 mètres ; il se déplace seul ou en bande, se fait tantôt nomade tantôt sédentaire et vaque au gré de ses humeurs. La preuve avec ce marquage effectué par Ifremer et le Parc marin d'Iroise qui avaient relâché des bars au même endroit en mer d'Iroise. Quelques mois plus tard, on en avait repêché un dans le Golfe de Gascogne et un autre à Omaha Beach, l'une des plages du Débarquement en Normandie. Ces destinations opposées confirmaient que ce poisson est un individualiste qui ne suit que ses envies.

 

Pas de quotas

Le comportement du bar reste d'autant plus méconnu que l'espèce n'est pas sous quota de l'Union européenne. Il ne fait donc pas l'objet d'un suivi à grande échelle, comme les espèces contrôlées, et garde sa part de mystère. Mais il n'en est pas moins menacé tant il a attiré tous les engins de pêche, notamment le long des côtes bretonnes. Avec, d'abord, les ligneurs du raz de Sein, aristocrates de cette pêche qui évoluent sur des territoires profilés comme des champs de mines. Et puis, il y a les fileyeurs qui posent leurs mailles et viennent les relever à intervalles réguliers ainsi que les chalutiers traditionnels. S'ajoutent les bolincheurs et leur filet tournant qui ont fait une entrée fracassante sur la scène médiatique, il y a quelques années, avec une pêche « miraculeuse » qui fut qualifiée d'accidentelle : 23 tonnes de bars grainés pêchés en une seule prise juste au moment de la ponte près des côtes de la mer d'Iroise. L'incident donna lieu à une explication sévère entre pêcheurs de différents métiers. Comme à quelque chose malheur est bon, il fut convenu de généraliser le repos biologique que certains respectaient déjà, avec interdiction de la pêche entre le 1e r février et le 15 mars pour permettre à l'espèce de se reproduire. 

 

L'arrivée des pélagiques 

La situation s'est compliquée, au tournant du siècle, avec l'arrivée, près des zones côtières, des chalutiers pélagiques, habitués de la haute mer, mais touchés par la raréfaction de certaines espèces et poussés à trouver de nouveaux territoires de chasse. C'est eux que la Commission européenne a dans le collimateur. Elle veut leur interdire la pêche au bar, de janvier à avril, pour permettre un repos biologique que les pélagiques ne respectent pas. Et pour cause. Ils pêchent quand le bar, poisson au comportement imprévisible, se décide à se mettre en bancs serrés. À quelle époque ? Celle de la reproduction bien sûr, où les bars se rassemblent massivement sur des frayères fréquentées de générations en générations. La pêche au pélagique en période de reproduction ? Bruxelles a fini par prôner l'interdiction, comme l'ont déjà fait certains pays, au grand dam des pêcheurs. Mais pas tous, loin de là. L'association des ligneurs professionnels de la pointe de Bretagne n'a pas tardé à réagir en demandant pourquoi la France est la seule à avoir autorisé et encouragé le développement de cette flottille pélagique opérant sur la ressource « bar » uniquement en période de reproduction ? Les autres États, ajoutent-ils, ont tout fait pour brider cette activité, allant jusqu'à l'interdire à leurs ressortissants. Ils estiment que la cogestion à la française n'a pas marché parce que les représentants du segment de pêche le plus productiviste ont phagocyté les instances décisionnelles en bloquant toute décision courageuse pour une pêche durable. Mais les pêcheurs ne sont pas les seuls, loin de là, sur cette ressource puisque l'on considère que les prélèvements pour la pêche de loisir correspondent approximativement au tonnage des professionnels. D'où l'éternel conflit d'usage que certaines sociétés de plaisanciers veulent freiner en généralisant le bar unique par jour et par pêcheur. On n'est encore qu'au stade de l'expérimentation mais là aussi, ça tousse !

Un article de la rédaction du Télégramme

 

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