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Clément a 19 ans et vient d’avoir le bac. Pour le jeune marin-pêcheur, cet été ne sera pas celui de l’insouciance et des vacances mais l’occasion de démarrer concrètement dans ce métier, qu’il a choisi de longue date.

Sur son visage juvénile, on devine encore les traits de l’adolescence. Mais dans le regard du jeune homme de 19 ans s’affiche une volonté sans faille. Il y a un mois, Clément a franchi, pour la dernière fois, le portail du lycée maritime Pierre-Loti de Paimpol (Côtes-d’Armor), un bac professionnel CGEM en poche. Derrière ce sigle énigmatique, un cursus en conduite et gestion des entreprises maritimes, option pêche : une formation en trois ans au métier de marin-pêcheur. Cet été, le jeune homme ne passera pas beaucoup de temps à se prélasser sur la plage : il a embarqué, depuis début juillet, sur un fileyeur-caseyeur de Perros-Guirec. 

Pour Clément, cette orientation a toujours été une évidence : « Je me suis toujours vu faire ça. Mon père pratique ce métier. Il a un bateau à l’Île Grande, en face de Pleumeur-Bodou. Ils sont deux à bord et font de la pêche au filet, de la pêche au casier et même de la pêche à la canne, pour le lieu ou le bar. Quand j’étais petit, je l’accompagnais sur son bateau, ça me plaisait beaucoup. Alors, après la troisième, j’ai choisi de suivre la formation à Paimpol ».

Métier du père : marin-pêcheur

Dans ce lycée maritime se côtoient des jeunes en bac pro, d’autres en BTS et des adultes en formation continue. Les élèves viennent de tous horizons : « Environ un tiers des élèves sont dans le cas de Clément, explique Lionel Henry, qui fut son professeur principal. Ils viennent de familles de marins-pêcheurs et souhaitent rester dans ce secteur. D’autres viennent de milieux très éloignés de la pêche ». Après le bac pro, certains d’entre eux se spécialisent : c’est le cas d’Alexis, le copain de Clément, qui entamera, l’an prochain, une formation pour devenir chef-mécanicien maritime. Pour Clément, en revanche, pas de doute : « Je ne veux pas continuer en BTS. Je veux aller bosser ! », sourit-il bravement. 

Durant sa formation, Clément a testé plusieurs types de pêches : le côtier, avec un ou plusieurs jours en zone de pêche à proximité des côtes bretonnes, et le hauturier où l’on part environ dix jours en mer, en Manche ou en mer d’Irlande. « J’ai fait des stages plutôt en côtier, à l’Île Grande et aussi à Trébeurden. J’ai aussi fait de la pêche au large, à bord d’un fileyeur. On était cinq en tout dans l’équipage. On est partis pour une marée de dix jours en milieu de Manche, au nord d’Ouessant. Là-bas, on a pêché de la lotte, de la raie, ou de la barbue », raconte Clément. 

Le jeune garçon ne garde pas un mauvais souvenir de cette vie en mer, dans les intempéries du mois de mars. « J’ai été malade, bien sûr ! On est toujours malade au début mais, après, ça s’arrange. Les gars de l’équipage ne m’ont pas mis de côté. Ils ont pris le temps de m’apprendre. Mais je préfère la pêche côtière ». Lionel Henry, son prof, en convient : « Le hauturier, c’est dur ! On est très loin de chez soi, on n’a pas de vie de famille. Le côtier, c’est un métier qui se rapproche davantage de l’artisanat ». 

Lors de leur apprentissage, les jeunes ont été largement formés à la sécurité en mer. Ils ont aussi reçu une formation aux premiers secours et sont habilités à effectuer des soins médicaux de base : « On a appris à faire des points de suture ou à faire une piqûre de morphine. Tout ça, sous les instructions d’un médecin via la VHF, évidemment. Il faut qu’on sache se débrouiller tout seuls : parfois un hélico peut mettre du temps à arriver, ou un autre bateau doit être dérouté », raconte Clément, sans s’émouvoir.

Une grande maturité

Dans ce secteur professionnel, pas de chômage : les jeunes sont activement recherchés. Et pour cause : 60 % des patrons pêcheurs vont prendre leur retraite dans les cinq ans ! « Ces jeunes démarrent avec de bons salaires : 1,5 voire 2,5 fois le Smic ! Ils ont une vraie carte à jouer », rappelle Lionel Henry, l’enseignant. Un bon salaire ? Clément rétorque : « Oui, c’est vrai mais il faut savoir qu’on a un métier dur, dangereux, qu’on n’a pas d’horaires, qu’on démarre parfois en plein milieu de la nuit et qu’on ne sait jamais à quelle heure on va terminer ». 

Lui, ce qu’il aime, c’est la vie en plein air, la liberté, une grande autonomie. « Chez ces jeunes, la maturité arrive très vite ! Ici, les élèves savent ce qu’ils veulent faire. Ils aiment ce métier », sourit son prof. Et quand on demande à Clément s’il lui arrive de ressentir de la peur en mer, le jeune homme répond tranquillement : « De la peur, non. De la crainte, parfois, bien sûr ». Une grande maturité, assurément.

Un article de la rédaction du Télégramme

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