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La Marine est prête à intervenir mais qui sont les belligérants ? Une violente « bataille navale » a opposé fin août pêcheurs normands et britanniques en baie de Seine. Afin de calmer les esprits, Stéphane Travert, le ministre en charge de la Pêche, a annoncé mardi que la Marine nationale interviendrait en cas de nouveaux heurts. « Il était temps que les gouvernements de part et d’autre de la Manche interviennent », ironisent les pêcheurs normands. Selon Dimitri Rogoff, président du Comité régional des pêches de Normandie, « l’administration française a totalement baissé les bras en attendant le Brexit. L’accord passé entre la France et la Grande-Bretagne pour le gisement de la baie de Seine ne prévoit rien pour les bateaux britanniques de moins de 15 m. Des navires de plus en plus nombreux qui viennent pêcher la coquille devant nos côtes, en ce moment, à la faveur de la réglementation européenne, quand les pêcheurs français, eux, ne le peuvent pas ».

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Un pacte détourné par les Britanniques qui exportent leurs coquilles. En France, la pêche à la coquille Saint-Jacques n’est autorisée que d’octobre à mai, afin de faciliter la reproduction du bivalve. En accord avec les scientifiques d’Ifremer, la pêche est très cadrée. Selon les gisements, les temps de prélèvement peuvent être très courts : de l’ordre de quelques jours parfois et seulement quelques heures par jour. La taille des anneaux de dragage pour le calibrage au fond de la mer au moment de la pêche est, elle aussi, réglementée. Tout comme la dimension de la coquille.

Rien de tel chez les Britanniques qui, non seulement utilisent des navires imposants, mais exportent en France la quasi-totalité de la Saint-Jacques guère prisée chez eux ! Depuis quelques années, un accord bilatéral (avec contreparties) encadre le prélèvement sur la ressource halieutique. Un accord que les Britanniques ont progressivement détourné, en armant de plus petits bateaux.

Des Bretons sur zone. La « zone de conflit » est réduite. Haute de 15 km et large de 40 km, elle se situe dans les 12 à 20 miles de la côte, au nord d’une ligne Barfleur-Le Havre. Juste au-dessus d’une zone classée où il faut disposer d’une licence et respecter des règles sur la puissance, la taille du navire, etc. « C’est la zone de travail des pêcheurs français de 3e catégorie. En baie de Seine, on compte potentiellement 300 navires de Normandie et des Hauts-de-France. Ces derniers ne dépassent pas les 25 à 30 unités. Et depuis quelques années, on a aussi des Bretons. Généralement au début de la campagne de la coquille pendant deux à trois mois » recense Dimitri Rogoff. Selon les années, 25 et 50 bateaux bretons pêchent en baie de Seine. Des Costarmoricains, des Bretilliens, mais aussi des Finistériens font le déplacement.

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Quelles sont les chances d’aboutir à un accord ? « À Londres, il n’y aura pas de ministres. Ce sont deux délégations de professionnels qui vont discuter un accord qui sera formalisé par les administrations des deux pays », explique le porte-parole des pêcheurs de baie de Seine. Aux côtés de Gérard Romiti, président du Comité national des pêches maritimes et des élevages marins (CNPMEM), et de Pascal Coquet, président de la commission coquillages du CNPMEM, Dimitri Rogoff a « bon espoir de trouver une solution qui ne pourra être que précaire en raison de l’imminence du Brexit ».

Si les Normands reconnaissent les « droits historiques » des Britanniques à venir pêcher devant les côtes françaises, ils souhaitent un cadre sur la taille des navires, leur nombre, les engins de pêche, etc. « Depuis cinq ans, on propose une zone de gestion commune, mais les Britanniques n’en veulent pas… ».

Un article de la rédaction du Télégramme

 

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