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Sous l’impulsion du ministère de la Mer, une importante mission de recherche va être lancée dans les jours qui viennent pour tenter de retrouver l’épave du Ravenel. Fin janvier 1962, ce chalutier de Saint-Pierre et Miquelon, parti pêcher la morue sur les Grands Bancs de Terre-Neuve, disparaissait mystérieusement avec ses 14 membres d’équipage et un photographe amateur venu suivre la marée. Un drame qui provoqua un choc considérable dans l’archipel français de l’Atlantique nord et, bientôt cinquante ans après les faits, les familles des victimes attendent toujours de savoir ce qu’il s’est passé et où a coulé le bateau, dont l’épave n’a jamais été découverte.

A partir de la fin de cette semaine et jusqu’à la mi-juillet, la plus importante opération de recherche du Ravenel conduite jusqu’ici par les autorités françaises va être menée en mer, avec le concours de la société iXblue qui déploie sur zone l’un de ses drones hydrographiques DriX, ainsi que différentes administrations, dont la Marine nationale et les Affaires maritimes, qui mobilisent notamment le patrouilleur Fulmar, le baliseur P’tit Saint-Pierre et la vedette Charente. L’opération est pilotée par le Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines (DRASSM), qui au sein du ministère de la Culture est en charge du patrimoine immergé dans les eaux françaises. En plus de ses équipes, le DRASSM va quant à lui déployer un robot sous-marin télé-opéré pour inspecter les zones d’intérêt qui seront détectées par le DriX.

 

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Le Ravenel. Image d'archive publiée par Saint-Pierre et Miquelon La1ere dans son dossier spécial sur le chalutier disparu

 

La dernière marée du chalutier

Chalutier de grande pêche construit en 1960 à Saint-Malo, le Ravenel était quasiment neuf au moment de sa disparition. Bateau en acier de 32.7 mètres de long pour 7.6 mètres de large, 3.8 mètres de creux et 222 tonneaux, il était armé par la Société de Pêche et de Congélation (SPEC) de Saint-Pierre. « Le naufrage du Ravenel est sans doute celui qui a le plus intimement marqué l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon. Placé sous les ordres du capitaine Adrien Fily, le Ravenel a appareillé le samedi 20 janvier 1962 de Saint-Pierre pour une campagne de pêche dans le sud-ouest du Grand Banc de Terre-Neuve, à 150 nautiques de Saint-Pierre. Le samedi 27 janvier, lors d’une liaison radio avec la SPEC, Adrien Fily a signalé ne disposer que de 40 tonnes de poisson à bord et annoncé son intention de prolonger sa campagne par quelques traits de chaluts sur le banc de Saint-Pierre avant de rentrer à sa base pour y livrer comme convenu son poisson le 29 au matin. Le dimanche 28, à 9h30, les Saint-Pierrais à l’écoute des liaisons radio entre chalutiers ont entendu le Ravenel qui tentait de joindre le chalutier Galantry… Sans réponse de ce dernier, la liaison a été interrompue. Nul après cette date n’a eu de nouvelle du Ravenel puisque le 29 le chalutier ne s’est pas présenté à Saint-Pierre. Aussitôt lancées pour retrouver le navire, les recherches franco-canadiennes nautiques et aériennes sont demeurées vaines, de sorte que le 3 février les investigations ont été interrompues et le navire déclaré perdu corps et biens avec les quinze hommes qui se trouvaient à bord. Identifiés comme provenant du Ravenel ou appartenant à des marins de ce chalutier, une porte de timonerie, un panneau inférieur de porte, un soulier, une botte, une bouée couronne marquée du nom du chalutier, une brassière de sauvetage, des éléments d’étagères et peut-être une hampe d’aviron ont notamment été recueillis en mer ainsi que sur la grève de Lories, à Terre-Neuve, les 31 janvier et 1er février. Le navire n’a en revanche jamais été retrouvé et aucun corps n’a été repêché », raconte Michel L’Hour, directeur du DRASSM. L’archéologue, qui avait pris la mesure de l’impact local de ce naufrage lors d’une première visite à Saint-Pierre et Miquelon en 1974, est revenu dans l’archipel en 2016 et, explique-t-il à Mer et Marine, avait alors promis aux familles des victimes qu’il relancerait l’enquête. Avec comme objectif de recoller toutes les archives disponibles et mener une campagne de recherche avec l’appoint de moyens modernes.

 

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Le DRASSM reprend l’enquête

Alors qu’un certain nombre de campagnes ont été conduites depuis un demi-siècle, notamment autour de l’île Verte en 1964 et dans le secteur de Bob’s Rock en 2004, d’autres prospections ont été réalisées de 2009 à 2014 par une équipe menée par Bernard Decré qui recherchait l’épave de l’Oiseau Blanc, l’avion de Roland Nungesser et François Coli disparu dans le secteur en 1927. Mais là encore, aucune trace du Ravenel n’a été détectée, pas plus que lors de campagnes océanographiques ou autres opérations sous-marines menées entretemps. C’est en 2016 que le DRASSM débute ses travaux pour tenter de percer le mystère. Cela, en se basant sur un raisonnement scientifique rigoureux pour définir une zone de recherche où les probabilités de découvrir des vestiges du chalutier perdu seraient les plus importantes. « Cette nouvelle étude a posé pour principe de ne retenir pour base de réflexion des recherches que les éléments qui semblaient incontestablement prouvés. Or, à cette occasion, il est vite apparu qu’en dehors d’une liaison radio établie par le Ravenel le samedi 27 janvier 1962 au matin, depuis un point situé par 44°50 Nord et 54° Ouest, puis d’une seconde et vaine tentative de communication établie par ce même chalutier le dimanche vers 9h30, heure locale, et au-delà du principe d’un retour à Saint-Pierre du Ravenel programmé pour le lundi 29 janvier au matin, les seuls points tangibles résidaient dans le lieu et la chronologie des découvertes opérées sur la côte canadienne proche de Lories, dans la péninsule de Burin. Ces faits semblaient ainsi les seuls sur lesquels on puisse s’appuyer pour fonder un raisonnement scientifique rigoureux propre à contribuer à mieux circonscrire la zone où le Ravenel a disparu », détaille Michel L’Hour.

Dans cette perspective, une nouvelle étude est lancée fin 2019. Les travaux s’appuient sur une synthèse critique de la documentation recueillie par les deux associations regroupant les descendants des disparus du Ravenel, effectuée par Cécile Sauvage du DRASSM, qui a déjà dressé un inventaire des épaves historiques contemporaines autour de l’archipel au travers de campagnes effectuées en 2018 et 2019. Des recherches sont également entreprises dans les archives canadiennes, avec l’espoir d’y trouver des éléments nouveaux, mais rien n’en sort.  

 

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Les analyses déterminantes de Météo France grâce à son modèle de dérive MOTHY

Une étude est ensuite confiée au printemps 2020 à Météo France, pour permettre, à partir des connaissances sur les lieux et dates de découverte des objets liés au Ravenel, de déterminer la zone de recherche la plus plausible en utilisant le modèle de calcul de dérive en mer MOTHY (Modèle Océanique de Transport d'HYdrocarbures). Créé en 1994 et internationalement reconnu pour sa précision, ce dernier a été initialement imaginé pour suivre le déplacement des nappes d’hydrocarbures en cas de pollution maritime, mais il sert aussi à prévoir le déplacement de bateaux ou d’objets flottants à la dérive. Pour ce qui est du Ravenel, la première étude ne tenait compte que des effets de dérive liés aux courants dus au vent. Il a fallu la compléter par une seconde mission, toujours confiée à Météo France, en intégrant cette fois l’effet des courants de marées et non plus seulement du vent sur les vestiges en dérive. Les résultats sont arrivés le mois dernier, permettant de déterminer une zone de recherche encore très vaste, mais normalement plus fiable car mieux étayée, souligne le directeur du DRASSM. « La prise en compte des courants de marées a semblé souhaitable dans le cas de la recherche du Ravenel car même si le naufrage est survenu en période de mortes eaux, les courants de marée restent relativement sensibles dans une bonne part des zones potentielles de recherche, notamment entre l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon et la péninsule de Burin. Les données utilisées à cette occasion par Météo France sont parfaitement cohérentes avec celles observées autour de l’archipel ainsi que le prouve leur confrontation avec la modélisation courantologique obtenue en 2006 par l’Association de recherche et de développement pour l’aquaculture (ARDA). En outre, plusieurs jeux de données supplémentaires ont été utilisés pour forcer le logiciel MOTHY afin que le modèle prenne en compte le relief sous-marin et les conditions de vent et de marée propres à l’archipel. La zone finale de recherche établie grâce au logiciel MOTHY est donc la plus fiable possible dans l’état de la connaissance. Elle tient aussi compte des différents degrés de fiabilité relatifs à ce que l’on sait des vestiges du chalutier parvenus à la côte de Lories. Toute modélisation comportant un certain degré d’incertitude, la zone de recherche identifiée par Météo France a enfin été élargie en direction de la péninsule de Burin, sur la base d’échanges avec plusieurs marins de l’archipel, qui pour certains se trouvaient en mer au moment du drame ».

Une zone de plus de 400 km² dans les eaux françaises et canadiennes

Grâce à ces nouvelles données, il a été décidé de lancer une importante campagne de prospection géophysique dans la zone de recherche établie grâce aux études de Météo France. Les opérations doivent se dérouler sur une surface de plus de 400 km², soit environ 160 km² dans les eaux françaises et 250 km² côté canadien, ce qui a nécessité l’aval des autorités fédérales d’Ottawa et de la province de Terre-Neuve-et-Labrador, les autorisations ayant été demandées par le ministère des Affaires étrangères. Ce sera d’ailleurs aussi l’occasion d’une coopération entre les services d’archéologie sous-marine des deux pays, qui se connaissent bien : « Nous avons de très bonnes relations avec les Canadiens et nous leur fourniront toutes nos données ». Une partie de ces zones a déjà fait l’objet de premières recherches, par le passé, mais le DRASSM, qui a l’habitude de découvrir des épaves historiques dans des zones pourtant bien connues, considère qu’il faut y repasser avec des moyens adaptés et des personnels spécialisés capables de débusquer des indices dans les données collectées. « L’analyse de détail des procédures de détection mises en œuvre lors de ces prospections révèle qu’une analyse plus fine est souhaitable, sinon nécessaire si l’on ne veut pas prendre le risque de laisser dans l’ombre des anomalies géophysiques demeurées inaperçues par suite des méthodes ou des grilles de levés utilisées. Dans un souci d’exhaustivité, il a donc été jugé pertinent de prospecter exhaustivement en 2021 certaines de ces premières aires de recherche ».

 

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Coup d’accélérateur grâce à Annick Girardin et la disponibilité du drone d’iXblue

Initialement, le DRASSM avait prévu de se rendre à Saint-Pierre et Miquelon avec son nouveau navire, l’Alfred Merlin, à l’horizon 2023. Mais un concours de circonstances favorable a permis, ces derniers mois, d’accélérer considérablement le calendrier. Cela, sous l’impulsion de la ministre de la Mer, Annick Girardin, impliquée depuis longtemps dans ce dossier. C’est d’ailleurs l’ancienne députée de Saint-Pierre et Miquelon, dont le père a navigué sur les chalutiers saint-pierrais à l’époque du Ravenel, qui a pris l’initiative, en 2019, de soutenir le projet de recherche alors qu’elle était ministre des Outre-mer. Le DRASSM, de son côté, s’est renseigné auprès d’iXblue, dont le chantier de La Ciotat construit l’Alfred Merlin, sur la possibilité d’employer pour une telle campagne son drone de surface DriX, spécialement conçus pour les missions hydrographiques et capable de collecter des données jusqu’à une vitesse de 14 nœuds. Compte tenu de la zone importante à inspecter et d’une campagne devant se dérouler dans des délais raisonnables, cet engin, capable de couvrir rapidement de grandes surfaces, paraissait bien plus approprié qu’un navire remorquant un sondeur et un magnétomètre, ce qui aurait pris beaucoup plus de temps et aurait été bien plus coûteux. C’est là que le facteur chance a pleinement joué. Car iXblue a justement signé un contrat pour déployer l’un de ses DriX au Canada à partir de cet été et pour un an. Les équipes se sont donc coordonnées très rapidement pour faire en sorte que le drone soit convoyé plus tôt que prévu de l’autre côté de l’Atlantique et puisse ainsi, avant de débuter son contrat au Canada, être employé à partir de Saint-Pierre et Miquelon pour rechercher l’épave du Ravenel.

Parti de La Ciotat en avril, le drone, transporté par cargo dans un conteneur de 40 pieds, est arrivé en fin de semaine dernière à Halifax à bord du porte-conteneurs roulier Atlantic Sky, qui l’avait chargé à Anvers après son convoyage par la route depuis les Bouches-du-Rhône. Il a été ensuite transbordé sur le navire qui effectue la liaison entre le port canadien et Saint-Pierre, où il doit arriver demain ou après-demain. Une équipe de trois spécialistes d’iXblue, arrivée ce week-end, l’attend sur place et assurera sa manutention, son pilotage et son soutien.

 

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© IXBLUE

Le drone DriX (© : MARINE NATIONALE)

 

Une nouvelle mission pour DriX

Long de 7.7 mètres et pesant 1.4 tonne, avec une quille regroupant les systèmes scientifiques, le DriX est équipé d’un sondeur multifaisceaux Kongsberg EM2040 de dernière génération doté d’une résolution angulaire de 0.4°, couplé à un magnétomètre. Il permettra de couvrir en un temps réduit, à une vitesse de transit de 5 à 8 noeuds, les vastes surfaces de prospection précédemment sélectionnées. Après sa mise à l’eau, le drone doit débuter sa campagne d’acquisition de données le 21 mai et sillonner la zone de recherche jusqu’à la mi-juin. Il sera accompagné dans un premier temps par le Fulmar, patrouilleur de 39 mètres de la Marine nationale basé dans l’archipel et qui servira de navire support dans une première phase, prévue pour durer une huitaine de jours. Alors que le Fulmar voguera ensuite vers d’autres activités, le relais nautique auprès du DriX sera pris par le baliseur P’tit Saint-Pierre (23 mètres), le moyen local de l’Armement des Phares et Balises.  

 

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© MARINE NATIONALE

Le patrouilleur Fulmar (© : MARINE NATIONALE)

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© APB

Le p'tit Saint-Pierre, de l'Armement des Phares et Balises (© : APB)

 

Piloté à distance ou oeuvrant en mode autonome sur la base de missions préétablies, le DriX, équipé d’un moteur diesel de 38 cv avec une réserve de carburant de 250 litres, va donc œuvrer sur zone durant trois à quatre semaines. « La mission consistera en des levés MBES (sondeur multifaisceaux, ndlr) et magnétiques sur des zones de 10 à 190 mètres de profondeurs. Les opérations seront effectuées sur des périodes de 4 à 5 jours consécutifs en mode 24h/24. Tous les 4 à 5 jours, le DriX rentrera au port pour le refueling. Il s’agit ici de recherches effectuées à très haute vitesse dans le but de couvrir le plus de zone possible de la manière la plus efficace possible. D’où le choix du DriX. Ce dernier a en effet la capacité d’effectuer des levés bathymétriques jusqu’à 14 nœuds, et donc de couvrir un maximum de surface en un minimum de temps », explique-t-on à Mer et Marine chez iXblue.

Le DRASSM inspectera les sites d’intérêt avec un robot sous-marin

Les données collectées par le drone seront transmises directement et pourront ainsi être analysées dans la foulée par les archéologues du DRASSM. A partir de la mi-juin, ces derniers prendront le relais avec d’autres moyens afin d’investiguer les sites les plus prometteurs, en fonction des anomalies géophysiques détectées par le DriX. Cette seconde partie de la campagne, qui doit s’étendre jusqu’à la mi-juillet, sera réalisée au moyen d’un robot télé-opéré (ROV). Pour cette mission, le DRASSM a acquis un engin léger du type BlueROV2, sur lequel il intègre ses propres équipements acoustiques et optiques. Le robot, équipé de quatre moteurs, va ainsi embarquer des systèmes de prise de vue, une caméra acoustique et sera doté d’un système de positionnement sous-marin de type USBL.

 

Diaporama orphelin : container

 

Il sera déployé à partir de la Charente, vedette de 11 mètres des Affaires maritimes basée à Saint-Pierre et Miquelon. Les moyens nautiques de la Gendarmerie nationale pourront également être mobilisés, faisant de cette opération un bel exemple de travail conjoint entre administrations.

« Coopération exemplaires entre les services de l’Etat et avec les locaux »

Et les équipes vont aussi pouvoir compter sur le soutien des deux associations de l’archipel, « Les Disparus du Ravenel » et « Recherche du Ravenel 2019-2020 », présidées par Sybil Olano et André Autin, respectivement fils et frère de marins disparus avec le chalutier, qui réclament depuis des années qu’une importante campagne soit lancée pour tenter de retrouver l’épave. « La coopération est exemplaire entre les services de l’Etat et avec les locaux, c’est une mobilisation générale rare et remarquable avec une opération qui s’est mise en place très rapidement grâce au volontarisme d’Annick Girardin. Le tout se passe de manière fluide et efficace, je crois qu’au fond c’est un bel exemple de solidarité entre gens de mer », souligne Michel L’Hour.

Optimisme mais prudence

Le directeur du DRASSM se veut optimiste mais reste prudent. « Les campagnes de prospection, malgré tous les moyens que l’on peut mettre en œuvre, sont toujours quelque chose d’aléatoire, on peut passer des années à chercher sans trouver ou faire une découverte en deux jours. Ici, on va sans doute trouver des choses, reste maintenant à savoir si, parmi elles, se trouvera le Ravenel. Il y a beaucoup d’espoir et d’émotion autour de cette opération et c’est bien naturel, mais il faut raison garder. Cela dit, si nous le faisons, c’est que nous avons une analyse forte de Météo France et une route potentielle des vestiges. Cela nous a convaincu que ça valait la peine de tenter le coup. On n’y va donc pas avec un pendule et notre espoir est bien de percer ce qui demeure l’un des grands mystères maritimes français ».

L’espoir de localiser l’épave et connaitre les raisons du naufrage

La découverte de l’épave permettrait aux proches et descendants des victimes de savoir, enfin, où se trouve cette sépulture sous-marine. Mais aussi, peut-être, d’en savoir plus sur les raisons ayant conduit au naufrage. Pour cela, il faudrait inspecter les vestiges sous-marins, en espérant que leur état soit suffisamment bon et comporte des éléments susceptibles d’étayer l’une des nombreuses hypothèses formulées depuis la disparition du Ravenel. En janvier 1962, les conditions hivernales étaient comme souvent très dures dans l’Atlantique nord. Le chalutier, qui présentait apparemment quelques défauts, dont une sur-motorisation susceptible de modifier légèrement son assiette, a-t-il été déséquilibré par d’énormes vagues alors que ses cales à poisson étaient partiellement vides et ses soutes à combustible remplies au plus juste ? A-t-il été coulé sous le poids de la glace s’étant accumulé sur ses superstructures ? A-t-il été frappé par un iceberg ou est-il dans une mer très forte entré en collision avec des rochers qui l’auraient très vite disloqué ? A ce stade, Michel L’Hour aurait tendance à pencher pour cette dernière hypothèse : « Mon sentiment, avec toute la prudence qu’il convient d’avoir faute de preuves pour le moment, est que la piste d’un bateau couché par une lame ne correspond pas. J’ai plutôt tendance à penser, au regard des éléments dont nous disposons, qu’il s’est cassé immédiatement, peut-être en talonnant sur des rochers, cela expliquerait les éléments internes, comme l’étagère et une porte intérieure, que l’on a retrouvé à la côte deux jours après seulement ». Seule la découverte de l’épave du Ravenel, et au-delà la présence d’éléments probants sur ses vestiges, pourraient peut-être permettre de déterminer les causes du naufrage et de résoudre cette énigme.

Pour mieux comprendre ce sujet, nous vous invitons à découvrir le dossier réalisé par nos confrères de Saint-Pierre et Miquelon La1ere, qui ont notamment réalisé une longue émission sur le Ravenel. 

© Un article de la rédaction de Mer et Marine. Reproduction interdite sans consentement du ou des auteurs.

 

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